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Atlas-manuel des maladies de l'oreille

Le nom de Politzer, professeur d’otologie à l’Université de Vienne, domine toute l’otologie contemporaine; ses travaux, son enseignement et ses découvertes ont contribué dans une immense mesure à vulgariser cette science et, par son traité magistral, il l’a fixée.

Aussi, prié de présenter au public médical français l’ atlas-manuel des maladies de l’oreille de Poützer- Bruhl je me suis appliqué h le traduire aussi fidèlement que possible dans ses passages essentiels, de façon à exprimer le reflet, assurément très pâle, des idées du maître Viennois. Certaines pages constituent une simple adaptation. Enfin j’ai tenté d’apporter une note personnelle à la partie chirurgicale, exposant complètement la technique opératoire de la trépanation de l’apophyse et de l’évidement pétro-mastoïdien ainsi que les principales complications cranio-cérébrales des otites : abcès du cerveau et du cervelet, phlébite des sinus, méningite séreuse et purulente, etc.

Actuellement, otologie, rhinologie et larvngologie sont à la mode. Spécialité attrayante en effet, qui passe même pour élégante au point de vue mondain, quant à la pratique des maladies de la gorge... et des cordes vocales; qui n’exige, semble-t-il, que des connaissances locales, peu approfondies, dont le miroir, le pinceau et le badigeon forment toute la technique, dont la curette, le polypotome et le cautère font les

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frais chirurgicaux...; il n’en a pas fallu davantage pour créer des néophytes à la nouvelle religion.

Or c’est là précisément l’écueil et la grande erreur, car il n’est pas de spécialité qui confiné à plus de branches de la médecine et qui n’ait recours journellement à la neuropathologie, à la dermatologie, à la médecine générale, à l’ophtalmologie et à la chirurgie générale. Certes, point n’est besoin d’être un Pic de la Mirandole et un encyclopédiste vivant. En médecine le trust est impossible. Si le nombre des couches de la rétine ou de la substance grise nous importe peu, il est des connaissances générales et nécessaires que tout otologiste pourrait posséder. Quand un vertigineux aura subi, par exemple, toutes les épreuves . des diapasons et l’examen le plus approfondi de l’oreille interne, ce sera parfait, mais le diagnostic ne sera nullement établi, car c’est bien souvent l’étude de son état général, la recherche du syndrome de la neurasthénie, d’une dyspepsie ancienne, d’une affection du système nerveux ou cardio-pulmonaire qui mettra sur la piste, indiquera le diagnostic et le traitement. Pour faire correctement la chirurgie du temporal il ne suffit pas d’ouvrir proprement une apophyse et de nettoyer une à une toutes ses cellules : l’opération doit être menée depuis le début, c’est-à-dire l’indication à intervenir jusqu’à la fin, c’est-à-dire la guérison. Que de fois, par exemple, avons-nous vu, au cours des pansements de mastoïdites, l’irritation des lèvres de la plaie opératoire prise pour un érythème iodoformé, un phlegmon, une rétention purulente sous-jacente, et par suite soumise à des badigeonnages, des curettages, des cautérisations ; alors que la plaie était simplement mal tenue, sale et entourée d’une zone de lymphangite, nécessitant un pansement humide aseptique fréquent. Moins d’otologie et un peu plus de connaissances médico-chirurgicales eussent suffi pour éclairer et tirer d’embarras.

PREFACE

Il en est de même pour l’otite aiguë. Un peu moins de célérité à paracentéser le tympan, moins de douches d’air, de rares pansements, une manu moins avmata et les otites aiguës n’en guérissent pas plus mal.

L’otologie peut être envisagée sous trois modes distincts, et l’on pourrait dire jusqu’à un certain point que les maladies d’oreille comportent une phase médicale, une spéciale purement otologique, une dernière chirurgicale.

il va une otologie médicale, c’est-à-dire un ensemble de connaissances et de notions que tout étudiant et praticien devrait acquérir. Cette pratique peu complexe se bornerait à reconnaître une affection de l’appareil auditif et à poser une indication thérapeutique. Tout médecin devrait savoir l’importance d’un traitement opportun qui serait la meilleure prophylaxie de l’otorrhée et de la surdité. L’attention des malades serait mise en éveil et l’on ne verrait plus des désastres, exceptionnels il est vrai, analogues à celui qu’il nous a été permis d’observer : un furoncle de l’oreille conduisant à l’abcès du cerveau en passant par une otite et une mastoïdite comme, étapes intermédiaires.

L 'otologie spéciale, réservée aux auristes, exige une technique compliquée et la connaissance anatomique physiologique et pathologique de tout l’appareil auditif.

L 'otologie chirurgicale est celle dans laquelle s’engage avec avidité l’otologie contemporaine et qui est sa voie d’avenir. La chirurgie mastoïdo-crûnienne possède actuellement une technique parfaitement réglée, aussi bien dans la trépanation de l’apophyse et de la caisse que dans l’ouverture du crâne, des sinus veineux de la dure-mère et l’exploration du cerveau et du cervelet. Le traitement opératoire des abcès intracrâniens et delà phlébite des sinus donne parfois d’heureux résultats ; il est permis d’espérer que certaines

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complications encéphaliques, telles que la méningite, ne seront peut-être pas toujours marquées d’un pronostic inexorable et vouées à un sort fatal; le succès couronnera sans doute un jour les tentatives hardies mais légitimes de la chirurgie des méninges et des enveloppes cérébrales.

La chirurgie de l’oreille et de ses annexes : rocher, sinus et encéphale comprend :

1° L’indication opératoire, souvent facile quand le processus pathologique se limite à la mastoïde. Mais que de difficultés quand l’otite est compliquée d’une affection méningo-encéphalique sans localisation précise; c’est que bien souvent en effet les symptômes sont diffus, vagues et non en foyer, les fils conducteurs manquent : il faut /aire de la télégraphie sans fil. C’est ici alors que les lumières du neuro-pathologiste viendront au secours d’une gouge timide ou impatiente.

2“ La technique. - — La chirurgie du rocher est une fine chirurgie osseuse qui doit être : a) simple et dégagée des minuties de la spécialité; il faut ramener à l’unité, ou presque, la multiplicité des procédés, des manœuvres opératoires, des pansements et de mille impedimenta encombrants. 11 faut en somme oublier d’être auriste pour être avant tout chirurgien; h) bien réglée. Elle l’est comme nous l’avons vu précédemment, avec un plan opératoire bien tracé d’avance, et méthodiquement exécuté. Grâce à ces deux moyens la trépanation mastoïdienne peut être rapide et brillante. Ces épithètes ne s’appliquent pas évidemment aux opérateurs qui en quatre coups de gouge ou avec une fraise électrique veulent effondrer la corticale et faire apparaître le pus. Mais je tiens qu’avec de bons aides, une expérience de la chirurgie osseuse, en se donnant un large champ opératoire, en opérant à ciel ouvert avec un éclairage parfait, en ne faisant pas de manoeu-

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vres inutiles, en allant droit à l’antre, en ne s’attardant pas à des bagatelles, et surtout en sachant faire l’hémostase, qui est le véritable secret de la trépanation du rocher, on peut exécuter, correctement et rapidement, cette opération. Malgré tout, cette chirurgie, de par les dangers qu’elle comporte, n’aura jamais le brio d’une opération abdominale, de l’extirpation d’un goitre, etc.

Le praticien trouvera dans ce petit traité otologique qui résume toutes les notions indispensables, deux parties : un manuel, un atlas.

Le « mode de présentation » du manuel est original et a été conçu par les auteurs sous la forme suivante.

•Un premier chapitre représente un véritable traité d’anatomie topographique de l’oreille. Sa lecture pourra paraître sèche et aride en son extrême concision, mais ce défaut est en parti racheté qjar les nombreuses déductions cliniques, opératoires et anatomopathologiques qui en émaillent le texte. L’étude approfondie du labyrinthe, de l’organe de Corti n’a jamais passé pour très séduisante non seulement aux étudiants, aux médecins... mais même aux otologistes, tandis que l’anatomie topographique du conduit auditif, les connexions de ses parois avec les régions voisines, la description du tympan, de la caisse et de l’apophyse mastoïde comportent évidemment une utilité et un but pratique plus immédiats.

Un autre chapitre est consacré uniquement à l’étude type, idéale,, d’un malade atteint d’une affection auriculaire. C’est une méthode d’examen, un moule en quelque sorte dans lequel doit être coulée l’observation de toute otopathie : il représente d’une façon absolument complète la manière de la rédiger. Politzer nous apprend le véritable mode d’examen, depuis la simple inspection et le palper de l’oreille externe en passant par l’otoscopie, les épreuves acoustiques, l’examen des

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cavités naso-pharyngées et même la radiographie du rocher jusqu’à la recherche de la simulation. Cela fait, on peut dire que le malade est « débrouillé ».

Une troisième partie est affectée : 1° à une étude séméiologique du syndrome auriculaire; 2° à des considérations générales sur les procédés thérapeutiques auxquèls on a recours en otologie (désinfection, pansements, etc.); 3° à la description et au traitement des maladies de l’oreille externe, moyenne et interne.

De nombreuses figures intercalées dans le texte représentent les instruments, les manœuvres, les procédés opératoires usités en otologie. Beaucoup sont très intéressantes et tout à fait originales, montrant par exemple : la radiographie du rocher, le schéma de l’appareil nerveux central de l’audition, de la conductibilité aéro-osseuse, etc. La technique de l’ablation des osselets est donnée sous forme de deux reproductions phototypiques. Le temporal est représenté avec tous les principaux points de repère de la trépanation. La chirurgie auriculaire enfin trouvera quelques utiles indications dans le schéma clc la ponction lombaire et dans une figure montrant la face externe des circonvolutions avec les centres de localisation cérébrale.

Un atlas termine l’ouvrage. Les planches chromolithographiées qui le composent fournissent la reproduction de l’anatomie normale, histologique, pathologique et opératoire de l’oreille; la plupart, d’un dessin et d’une exécution parfaits retraceront mieux que toute description didactique la partie technique, en faciliteront la compréhension et mettront en lumière aux yeux du lecteur les points qui peuvent lui paraître obscurs.

Dr Georges Laurens.

1er avril 1902.

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