II. ANESTHÉSIE GÉNÉRALE
Sous ce titre on comprend l’état pendant lequel sont suspendues les fonctions du système nerveux central, par opposition à l’anesthésie locale, qui n’agit que sur le système nerveux périphérique. Pour obtenir cette perte de connaissance on emploie des substances volatiles, facilement assimilables par le sang et aussi facilement éliminées-par lui. Parmi ces corps, il faut mentionner le protoxyde d'azote, le bromure d'étliyle, le chloroforme et l’éther.
Le protoxyde d’azote, gaz hilarant, fut le corps le plus employé pour les usages dentaires. C’est un gaz incolore, d’odeur douceâtre, que l’on fabrique au moyen de l’azotate d’ammoniaque. Tout d’abord, on en fait pénétrer 15 à 20 litres, quantité nécessaire pour une anesthésie de courte durée, dans un gazomètre dont la cloche plonge dans l’eau. Le gaz est inhalé par le patient au moyen d’un masque mis en communication avec le gazomètre par un tuyau de caoutchouc ; le masque possède une soupape, qui assure la sortie de l’air expiré.
Au bout de 1 à 2 minutes la perte de connaissance est complète ; le réveil se fait de lui-môme, sans aucun trouble et les patients trouvent ce sommeil très agréable. Parmi le nombre considérable d’anesthésies faites au protoxyde d’azote, on n’a cité qu’un nombre infime de cas de mort, ce qui nous donne l’assurance que ce genre de narcose est un des plus inofïensifs. Il ne convient toutefois que
pour les opérations de courte durée, telles que l’extraction d’une ou de plusieurs dents.
Le bromure d'étliyle est plus commode à employer, car il ne nécessite qu’un masque ordinaire à chloroforme, ou même, plus simplement, un mouchoir sur lequel on verse le liquide. Le bromure d’éthyle se décomposant rapidement au contact de l’air, il faut bien appliquer le masque contre la figure et le recouvrir d’un morceau d’étoffe imperméable.
La quantité nécessaire est de 10 à 30 grammes que l’on verse en une seule fois sur le masque. La narcose débute au bout de peu de minutes; elle ne dure également que peu de temps, mais elle peut être renouvelée par de nouvelles inhalations pendant 10 à 15 minutes ; une anesthésie plus prolongée serait dangereuse.
Comme le réflexe cornéen ne disparaît pas, il faut un autre signe indiquant la perte de connaissance ; il consiste dans la paralysie du bras qui retombe sans résistance quand on le soulève; on peut aussi faire compter le patient à voix haute, mais ce dernier procédé a l’inconvénient d’empêcher la bonne occlusion de la bouche, nécessaire pour la narcose.
Pendant l’anesthésie, le patient perd entièrement connaissance, bien que ses muscles réagissent encore à l’excitation et qu’il pousse quelquefois des cris violents pendant l’extraction.
Le réveil est habituellement soudain et se fait comme celui d’un sommeil naturel. Les patients décrivent généralement l’anesthésie comme un rêve agité. Ils entendent continuellement, disent-ils, le téléphone ou le tramway, ou bien se croient en chemin de fer.
Au début de la narcose, la respiration est souvent irrégulière, aussi faut-il recommander des inhalations profondes et réglées. Plus tard la respiration se régularise et l’anesthésie complète s’accompagne fréquemment de ronflement. La pression sanguine et le pouls restent normaux, et cependant au début celui-ci peut augmenter de fréquence jusqu’à 450 pulsations par minute, mais le cœur fonctionne ae nouveau normalement dès que l’anesthésie s’établit.
Le bromure d’éthyle est éliminé surtout par les poumons, et un peu par les urines ; l’air expiré possède encore une odeur aliacée désagréable au bout de 2 à 3 jours.