‹ Atlas manuel des maladies externes de l'oeil [electronic resource]Chapitre 45 sur 78 · V. — Tumeurs · texte numérisé non relu

V. — Tumeurs

a) La plus fréquente parmi les tumeurs bénignes est le dermoïde (Pl. Xï a et b). Il peut siéger encore plus en avant sur la cornée et avoir souvent un plus grand volume que dans les deux cas représentés. C'est une néoplasie congénitale dont la croissance lente incommode le porteur, surtoutà causede sonaspectdisgracieux ; elle survient ordinairement au niveau de la partie externe ou inférieure du limbe, et n'est autre chose qu'un débris erratique de la peau. Sa structure est identique à celle de la peau, aussi possède-t-elle à sa surface quelques poils fins ou grossiers et des glandes sébacées et sudoripares. La tumeur est parfois accompagnée d'autres déformations (colobome des paupières ou de l'iris, etc.).

L'ablation doit se faire avec beaucoup de prudence, afin d'éviter une perforation cornéenne.

[Le lipome sous-conjonctival a lui aussi une origine congénitale et peut coexister sur le même œil avec le dermoïde scléro-cornéen. Une figure de Fuchs donne des deux affections coexistantes un tableau identique à celui que nous avons observé chez un petit garçon de onze ans. Dans un autre cas, chez le père d'un de nos confrères, le lipome sous-conjonctival occupant en croissant tout l'angle externe, s'avance sous forme d une masse charnue d'aspect ridé et cutané et adhère sur tout le quadrant inféro-externe de la cornée; cette partie est même munie de poils rudes. Toutefois, le lipome sousconjonctival est plus fréquent dans le sexe féminin, et nous en avons vu cinq cas chez la femme et chez des petites filles. 11 faut signaler aussi Yostéome.

Les kystes conjonctivaux peuvent occuper la conjonctive pal- Haab. — Mal. externes de l'œil. 11

MALADIES DE LA CONJONCTIVE

pébrale et celle du cul-de-sac (glandes acino-larsales et acineuses du cul-de-sac), ou la conjonctive bulbaire. En dehors des cas traumatiques (par invagination d'un repli muqueux), les kystes peuvent se présenter sous forme de dilatations monilif ormes (en chapelet surtout surla conjonctive bulbaire externe), formant plutôt des ectasies que des kystes, et sous forme de kystes de volume variable, remplis d'un liquide séreux paraissant lymphatique, et pouvant être aussi gros qu'une noisette.

On voit aussi quelquefois des nsevi brunâtres congénitaux très pigmentés qui peuvent subir plus tard la dégénérescence épithéliomateuse. Nous avons observé ce fait chez un sujet dont la mère était morte d'un cancer de l'estomac. A. T.]

Les polypes simples (petits fibromes) sont rares et siègent de préférence dans l'angle interne. On y voit aussi quelquefois le papillome [et des angiomes].

b) Comme tumeurs malignes, nous signalerons particulièrement le carcinome (épithélioma) et le sarcome.

Ils prennent tous deux le plus souvent leur origine au niveau du limbe. L'épithélioma constitue au début une petite bosselure, peu apparente, non pigmentée, étalée, ressemblant parfois à une pustule eczémateuse, restant pendant longtemps superficielle, aussi bien dans la conjonctive que sur la cornée, mais pouvant peu à peu former un nodule plus volumineux (Pl. XVII b) qui envahit bientôt profondément les tissus. Tandis que le

Planche XVI II.

a. Pustule eczémateuse du limbe datant de trois jours, chez un enfant scrofuleux âgé de douze ans.

6, Épithélioma de la conjonctive et de la cornée. Le malade, âgé de trente-six ans, a remarqué depuis trois ans Ja croissance lente et indolore de la néoplasie, qui n'a provoqué que dans ces derniers temps des picotements, des démangeaisons et une diminution de la vision. La tumeur n'est pas sensible à la pression. La cornée voisine est trouble, rugueuse, dépolie et épaissie ; le reste de la cornée est aussi trouble et fortement vascularisé, de sorte qu'on ne peut voir le fond de l'œil et que la vue se réduit à la perception des mouvements de la main à une faible distance. Énucléation. L'examen histologique démontre que la cornée est déjà fortement envahie par la néoplasie et que la tumeur a aussi déjà pénétré dans la sclérotique.

Tab. 18.

TUMEURS

carcinome s'étend en largeur et particulièrement à la surface, le sarcome croît ordinairement rapidement en hauteur et forme une sorte de champignon qui recouvre seulement parfois la cornée sans la pénétrer. Cette néoplasie est généralement pigmentée.

Ces deux variétés de tumeurs sont fort malignes, surtout le sarcome : aussi une extirpation complète et aussi précoce que possible s'impose aussi bien pour conserver la vue que pour conserver la vie du malade. Si la tumeur a déjà pénétré profondément dans les membranes de l'œil, l'énucléation devra aussi être pratiquée.

[11 est juste de dire que cette pénétration (Lagrange) est très exceptionnelle au début, et que, même en faisant l'énucléation, on sera obligé de sacrifier une énorme quantité de conjonctive qui est bien plus malade que le globe lui-même. Les procédés partiels peuvent donner des résultats durables, et nous suivons depuis plus de cinq ans l'observation d'une femme atteinte d'un épithélioma du limbe, très pigmenté, et examiné histologiquement, chez laquelle la guérison persiste, après ablation, curettage et thermo-cautérisation, répétés deux fois à cause d'une récidive ; mais il y a plus de trois ans actuellement que cet œil, qui jouit d'une, très bonne vision, ne garde de son épithélioma qu'une cicatrice blanchâtre. A côté de ces cas et avec des opérations en apparence aussi complètes, et même avec la cautérisation ignée, on peut observer des récidives quelquefois très espacées.

Le sarcome est surtout dangereux par ses métastases ganglionnaires et viscérales, souvent indépendantes de l'extirpation du foyer primitif. A. T.]

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