L'EMPIRE ROMAIN A LA MORT D'AUGUSTE
Pour bien comprendre la géographie administrative de l'empire romain, il faut savoir ce qu'étaient : 1° les pouvoirs de l'empereur, 2° la hiérarchie des magistratures et des fonctions publiques de l'empire.
Pouvoirs de l'empereur. L'autorité de l'empereur provenait de deux sources : 1° de la lex regia et 2° du cumuldes magistratures républicaines.
I. La lex regia était une loi portée par le sénat à l'avènement d'un empereur et qui lui déléguait, au nom du peuple, dont le sénat était lui-même le représentant, le pouvoir absolu. On conserve au Capitole le texte original de cette loi célèbre. Il s'agit des pouvoirs conférés à Vespasien; or nous savons par Tacite qu'on renouvela seulement en faveur de ce prince tous les pouvoirs qu'on avait coutume d'accorder à chaque empereur à son avènement : « Tum senatus cuncta principibus solita Vespasiano decrevit. » Or la lexregia donnait à l'empereur le droit: 1° de faire la guerre et les alliances, 2° de convoquer le sénat, d'y faire des propositions, de le proroger, d'y faire rendre des senatus-consultes ; 3° de proposer des candidats à toutes les charges publiques; 4° d'étendre ou de reculer lePomœrium (enceinte sacrée de Rome) ; 5" de faire tout ce qu'il jugerait conforme à l'intérêt de la République , à la majesté des choses divines et humaines, publiques et privées; 6° de n'être poin t enchaîné par les
lois et les plébiscites précédents; 7° de voir légaliser tous les actes impériaux antérieurs à la loi, comme si cela avait été ordonné par le peuple assemblé en comices.
II. Cumul des magistratures républicaines. L'empereur avait : 1° Yimperium, c'est-à-dire le commandement militaire de toutes les forces de l'empire; légions, avec les cohortes auxiliaires, dans les provinces; cohortes prétoriennes, urbaines, et de Vigiles, à Rome ; flottes de Misène et de Ravenne, en Italie : 2" la puissance proconsulaire , c'est-à-dire l'administration civile, judiciaire et militaire de toutes les provinces dont il avait abandonné une partie au sénat et dont il administrait les autres par ses légats ou lieutenants ; 3° le grand pontificat, qui lui donnait la haute direction de la religion; 4° la puissance tribunitienne, qui, lui communiquant l'inviolabilité attachée à la personne des tribuns sous la république, et rendant sa personne sacrosainte, donna naissance aux lois de lèse-majesté. Cette prérogative précieuse fut renouvelée exactement tous les ans pour chaque empereur, ce qui fait que l'on peut compter les années d'un règne, du moins à partir de l'association au titre de César, sur les monnaies des empereurs où les puissances tribunitiennes sont exprimées par un chiffre.
L'empereur n'avait point le consulat, mais il en disposait en vertu de la lex regia, et il en avait la
GÉOGRAPHIE ANCIENNE. — K° SI. L'empir© romain sous Auguste. 845
puissance renfermée dans le proconsulat qui lui donnait en outre le pouvoir censorial. Lorsqu'on étudie le texte de cette loi, on peut croire qu'elle seule eût suffi à donner la puissance absolue; aussi l'adoption et la conservation par les empereurs des magistratures républicaines représentent-elles une concession faite au passé, et qui donna à l'empire l'apparence d'une monarcbie démocratique et à l'empereur le caractère d'un magistrat du peuple.
Quant au titre à'imperator, qui ne résulta jamais dans aucun temps de l'imperium, il était donné, à titre de récompense, sous la république, seulement au général qui avait remporté une victoire. Ce titre fit partie, sous l'empire, des noms mêmes des souverains etil occupa la place d'un prénom; mais il conserva également son ancienne acception et fut renouvelé à chaque victoire de l'empereur ou de ses lieutenants. Les renouvellements de ce titre, figurés par des chiffres sur les monuments sont, dits salutations impériales.
Magistratures: hiérarchie administrative. — De récents travaux permettent de reconstruire l'ordre administratif de l'empire romain, c'est-à-dire la hiérarchie des magistratures et -des fonctions publiques auxquelles elles donnaient accès. On possède aujourd'hui le cursus honorum d'un grand nombre de personnages, et l'on peut rétablir, en quelque sorte, à l'aide de leurs états de service, l'ordre fixe du tableau administratif, militaire, financier et judiciaire. Or ces services publics ne formaient pas à Rome, comme chez nous, des carrières différentes : le même citoyen pouvait être tour à tour militaire, prêtre, juge et administrateur civil. 11 y avait cependant, sous l'empire, deux carrières distinctes et parallèles ayant leur ordre d'avancement séparé et n'empiétant que par exception l'une sur l'autre : c'étaient la carrière sénatoriale et la carrière équestre. Les saceidoces n'avaient point de place fixe dans la hiérarchie.
1» TABLEAU HIÉRARCHIQUE DES MAGISTRATURES ET DES FONCTIONS SÉNATORIALES