‹ Atsume gusaChapitre 86 sur 111 · TCHANG-JIN · texte numérisé non relu

TCHANG-JIN

au contraire, que le royaume de Sin-lo s'étendait du côté de l’orient jusqu'à la mer. Cette relation de tchang-jin, ou géants coréens, dont le Ouen-hien-tongkao ne nous indique pas la source, paraît donc empruntée à quelque tradition remontant très-haut. La peur grandit facilement -les objets, et ce n'est pas scule-

ment aux frontières du Sin-lo que des

géants ont été signalés par les écrivains

Chinois. Ainsi le San-tsaï-tou-hoeï, ouvrage composé sous les Ming, parle éga-

lement d'une île des mers du Sud, où la

tempête aurait poussé des marins de Ming-tcheou, aujourd'hui Ning-po, et qui était habitée par des tchang-jin.

Peut-être ‘la tradition légendaire que rapporte ici Ma-touan-lin est-elle relative à quelques débris des plus anciens habitants de la Corée, refoulés aux extrémités montagneuses du Sin-lo par les Chin-han, comme les indigènes de la vieille Chine (Miao-tse) le furent par le Peuple aux cheveux noirs, dans les ré-

gions les plus abruptes de l’Empire du

Milieu.

ss

Tsiouen-tcheou'. (Plus près des côtes du Fo-kien), il existe aussi

1 Dans les numéros du Journal asiatique d'août-septembre 1874 et de maijuin 1875, je me suis attaché à démontrer que la notice insérée ici sous le nom

de Lieou-kieou se rapporte, en réalité, à

Formose, toutes les îles formées par la .

chaîne de montagnes sous-marines qui s'étend du Zo-kien au Japon (Formose, les Madjikosima, les îles Lieoukieou proprement dites) ayant été collec-

tivement désignées par les Chinois sous le

nom commun de Lieou-kieou, jusqu’au xvre siècle de notre ère, et l'expédition de l’an 606, relatée plus loin, ayant abordé à la plus importante de ces îles, la grande Lieou-kieou qui n'était autre que Formose. Il me paraît inutile de revenir sur tout l'ensemble des preuves qui rendent ce fait incontestable, à mon avis; je me bornerai donc à placer dans ces notes courantes quelques indications partielles

que le texte exigera. — L'orthographe

LIELOU-KIEOU.

des iles appelées Peng-hou*, d'où l'on aperçoit les feux et la fumée

des habitations situées sur les rivages de Licou-kieou. En naviguant

Cinq jours on arrive à ce royaume, qui est rempli de montagnes ct

d’antres profonds.

1) XK, que J'ai conservée, cst celle de la première édition de Ma-touan-lin; la seconde édition et les géographies chi- - > noises modernes écrivent Hi FR. — Klaproth qui a confondu et mélé, dans ses notices sur Formose ct sur les îles Lieou-kieou, les documents relatifs à chacun de ces deux pays, donne toutefois des renseignements intéressants quant à l'étymologie et aux formes diverses du nom de ZLieou-kieou. « Ce nom. dit-il, que les Japonais prononcent Riu-kiu, semble n’avoir aucun sens particulier, car Lieou seul ne signifie rien; uni à kieou, cette expression peut désigner une boule " de verre ou un grain de verroterie. Les Européens ont fait de ce nom, tantôt Likiou, tantôt Lexio et Lequeo; les Anglais, dans leurs dernières relations, l'ont modifié en Loo-choo (plus récemment encore en Lew-chew). Les habitants prononcent Dou-tchou. Les Chinois donnent aussi à

cet archipel le nom de Long-kieou, qui ATSUME GUSA. 1. 76

veut dire dragon cornu, et que les Japonais prononcent Rio-kiu. Le vrai nom indigène est Oghii, dont les Japonais ont fait Voki, que l'on peut traduire par mauvais diables. » Ce dernier nom ne s'applique peut-être qu'aux véritables Lieou-kieou. — Tsiouen-tcheou est un port du Z0-kien; latitude 24° 56, longitude 116° 31°.

? Iles pescadores, ou des pêcheurs.

3 Le mot fa tong, antre, auquel je laisse ici sa valeur littérale, par la diffculté de la traduire d'une manière plus exacte, signifie tout à la fois un antre, une caverne, une gorge, une vallée profonde. Ma-touan-lin l'emploie dans la section des peuples méridionaux pour désigner les territoires particuliers de chaque horde ou tribu des indigènes de l'ancienne Chine. Il fut aussi, sous les Ming, le nom d'une certaine circons-

cription territoriale. Il paraît avoir, dans

l'article Licou-kieou, tantôt le sens d'un

Le nom de famille du roi de Lieou-kieou est Hoan-sse*, et son nom personnel est Ao-la-teou*. On ne connait pas l’histoire de ses ancêtres, mais on sait qu'ils se sont transmis héréditairement la royauté depuis plusieurs générations. Ses sujets l’appellent Ko-laoyang; ils appellent la Reine to-pa-tcha', et la résidence royale polo-tan®. L antre est défendu par trois enceintes de fossés pleins d'eau courante, garnis de palissades faites d’un bois épineux. L’habitation du Roi est spacieuse; elle contient seize pièces, où l’on voit des sculptures représentant plusieurs sortes d'animaux.

Le pays renferme beaucoup d'arbres feou-leou-chou* qui ressemblent à l'espèce d'oranger appelé Xiu!°, mais dont les feuilles sont plus épaisses et dont les branches minces tombent par touftes

comme des cheveux.

Il y a, dans ce royaume, quatre ou cinq grands chefs qui gou-

vernent tous les antres. Chaque antre a d'ailleurs son petit roi, et

antre véritable, entouré de fossés et de palissades comme une forteresse, et tantot le sens d’une réunion d'hommes et de villages occupant un espace limité par des obstacles naturels, ou formant une tribu groupée autour de l'antre fortifié qui la gouverne.

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