Attendez-moi sous l'orme, dissertation sur un ancien proverbe
Vers la fin du xvri* siècle, nos pères chantaient cette chansoù , probablement plus ancienne» et basée sur un proverbe qui l'était certainement* :
Vous qui par héritage N^avei que vos appas , L'argent ny l'équipage Ne vous manqueront pas..
Malgré votre réforme , La veuve y pourvoira ; Attendex-moy sous l'orme»
Peut-estre elle y viendra..
La fille du vaiage.
Ne donne à l'officier Qu'un amour de passage; C'est le droit du guerrier.
Mais le contrat en forme »
C'est le lot du fermier.
Attendez-moy sous l'orme, Monsieur Taventurier *.
Regnard, d'autres disent Dufresny, composa sur ce thème une comédie en prose et en un acte, avec un divertissement, qui fut
' Corbinelli écrit au président de Mouiceau , le »4 novembre 1 687 : « Le cardinal Petrucci les attend sous l'orme (les inquisiteurs), et ils n'osent l'attaquer, parce quil a de l'esprit et du savoir, joints à une grande dignité.» [Lettres de M^' de Sévigné, édit. de Hachette . t. VIII. p. i38.)
' La Clejdes chansonniers, oa recueil des vaudevilles depuis cent ans et plus, no^ tés et recueillis poiu' la première fois par J. B. Christophe Baliard, Paris, »7i7, 2 volumes in-i 3, t. II, p. 228,
représentée pour la première fois le 9 mai 169a. Sous le même titre , nous rechercherons I origine du proverbe.
I/orme semble avoir été l'un des arbres les plus affectionnés dé nos ancêtres ^ celui qu'ils plantaient le plus volontiers dans les lieux habités et pour servir de point de réunion. Troubadours et trouvères en signalent à la porte des manoirs :
Vecvos a Rossiiho Tengut Folcon , E dissendet al olm , fors ai peiro.
(Gérard de RossiUon, p. 5i. Cf. j>. i85, a 56.)
Entrai en Rossillon par pont voltis, E descend! à Torme desor la viz . . . .
[Le Roman de Gérard de Rossillon, édît. de Francisque Michrl, p. 333.)
Là descendent soz un ormel.
Sor un peron sist li frans hom Cui devoit estre la maison.
{De la Maie Dame, v. 8G. — Fabliaux et Contes, édition de Mëon, t. IV, p. 368.)
Une ancienne charte du cartulaire de la Chapelle -Aude, au diocèse de Bourges, mentionne également un orme dans une situation semblable ^, et Le Grand d'Aussy, écrivant une note sur le Lai de Lan val, dit, à propos des degrés du perron de marbre qui était près de la porte et qui l'occupe tout d'abord : « Pour rendre les perrons plus commodes par leur ombrage, on y plan-
' Cette essence abondait, ù ce qu^il paraît, dans les environs de Paris. Au commencement du xiii* siècle, la soustraction d'un certain nombre de pieds de cet arbre, jointe à d'autres griefs, donna lieu à un grave débat entre Tabbé de Saint-Denis et Matthieu de Montmorency. Simon de Montfort, choisi pour arbitre du différend, décida que les ormes en litige, ou leur valeur, seraient rapportés au lieu où ils avaient été pris , et ' cinq arbitres furent nommés pour décider à qui ils devaient revenir. [Catt, S. Dionys. Arch. de l'Empire, LL. 1 1 67, p. 38.9, ^^^' ^ ^^ ^' Fcbr. 1207.)
* Gloss. med. et inf,latinitatis, t. V, p. 278 , col. a, sub verbis Placita tenere, — Fragments da cartulaire de la Chupelle-Àudr, etc. Moulins, 1860, in-8"', p. i44>
tait un arbre, or. iaairement un orme, et, dans plu9ieurs coutumes, cet orme faisait partie de la portion des fiefs réservée par préciput à Tainé^» Nous ajouterons, d'après la coutume d^Âssenede, quMl était désigné sous le nom d'orme d'abri^.
Comme le fait remarquer M. Léopold Delisle, maintes paroisses ou villages renfermaient un orme , auquel les populations devaient attacher quelques idées symboliques, et qui, à certains égards, pourrait être comparé à ces peupliers que nous avons vu pèanter sur nos places et à nos carrefours. Nous signalerons, avec le docte académicien , des ormes de cette espèce à Écardenville , Troarn, Touffreville, près de Troarn, Robehomme, Breteuil et Genêts', sans oublier TOrmeteau ferré de Gisors, appelé aussi YOrmel des conférences, à l'ombre duquel Philippe- Auguste et Henri II en avaient tenu plus d'une*, et qui paya cher un pareil
^ Fabliaux oa Contes, éàii, de Renouat'd, t. J, p. 194.* — «Lamote, dit Easëbe de Laurière , est le chef ou le principal lieu 4e la seigneurie ^ la place de la forteresse ou du chasteau qui tombe dans le préciput des nobles. La coutume de Troyes dit (tit. II, ai't. i4) : «Le préciput est le principal chastel ou maison, fort, mote, ou place Je maison seigneuriale,* et ainsi dans d*autres coutumes. Voyez la coutume de Chaumont , art. 8 ; Auvei^ne , c. xii , art. 3 1 , et Gang, in Gloss. v" Mota,i> (Glossaire du, droit francois , édit. de MDCcrv, art. Mote, t. JI , p. 1 26.)
' cDes maisons, des arbres montants bors d'atteinte par la tige, avec les deux mains, des troncs, des cateux, des choses prestées, d'ustancilles laissées sur quelques fonds, d*argenterie , d'argent monnoyé, de bagues, joyaux, de meubles meublants, d'arcs, de pioques, de bastons et autres munitions, de chevaux, d'harnois , de glaises , de pierres qui sont découvertes , le survivant en prend la moitié, et les héritiers l'autre, quoiqu'ils fussent ou vinssent de la part du défunct, ou mesme sur ses fiefs ou héritages; exceptez l'orme d*ahry, et le meilleur manoir ou maison sur les fiefs et qui doivent suivre les fiefs ... et le survivant, prenant et retenant les bastiments et les arbres sur le rempart fermant à pont-levis, ne pourra prendre d'autre meilleur manoir ny avoir Yorme d'ahry du mesme fief.» (Goût. d'Àssenede, rubr. xTiii, art. 4' Nouveau Cpulumier général , t. I, 2* partie, p. 8i5, col. 1.)
^ Etudes sur la condition Je la classe agricole et l'étal de l'agriculture en Normandie au moyen âne, Évreux, i85i , in-8% p. 357*.
* Recueil des historiens des Gaules et de lu France, t. XVII, p. 69, A; i48 et suiv., 483, G; 480, £; 63], B. — M. Louis Passy, qui prépare une histoire de Gisors, nous écrit que i'Ormeteau ferré, ainsi nommé des barres de fer dont on avait enceint son tronc pour le soutenir, était situé au bout du faubourg Cap-
honneur, ni i'ormè d'Epinay, sous lequel Tabbé de Saint-Denis et Matthieu de Montmorency se réunirent en i2o5 ^
Toute la contrée environnante était peuplée d'ormes notables, objets de la vénération publique. Dans la plaine entre Saint-Denis et Paris, il y avait FOrme du Lendit, mentionné, ainsi que TOnnè Gautier, par le cordelier confesseur de la reine Marguerite, femme de saint Louis. Le même écrivain nous apprend qu'au temps où Ion rapporta de Tunis les ossements de ce prince , il existait , sur le grand chemin qui va de Boissy-Saint-Léger à Greteil, un orme que Ton appelait YOrme de Bonnet, c'est*à-dire de Bonneuil ^.
Nous ne citerons plus maintenant que les ormes qui se trouvent dans le département de TOise.
Arrondissement de Beau vais.
L'Orme de Frocourt, canton d'Auneuil;
L'Ormeau Villers, à Marissel, canton deBeauvais;
Le Grand-Orme, à Bouconvillers, canton de Chaumont;
viiie, sar la route de Trie, à Tembranchenient de ceiie de Flavacourt. « Il eiiste, ajoute-t-il , dans le champ qui aboutit à l^angle de ces deux routes , une excavation circulaire qui passe pour avoir été creusée lors de sa destruction. • Il est fort probable que la tradition ne remonte pas jusqu'à Tonne des conférences de Philippe- Auguste et de Henri H, mais seulement à un autre qui Favait remplacé. On n'en saurait douter en lisant la suite de la note de M. Passy : c£n ce temps-là , dit^il , les Anglais occupaient la forteresse de GÏBors , et les Français celle de Chaumont, située à deux lieues dans le Vexin français. A la suite d'un défi , les Français en garnison à Chaumont vinrent combattre les Anglais sur le champ de TOrmeteau , et les Français vainqueurs abattirent Tarbre. » Il existait aussi un orme, appelé l'Orme de ta justice, à Boury, à une lieue et demie de Gisors. Il mesurait 8 mètres 35 centimètres de circonférence, et fut arraché par l'eflet d'une trombe en 1791. Les fourches patibulaires de la commune étaient situées tout auprès.
V Voyez deux, actes du Cartulaire de Saint^Denis (Archives de l'Empire, LL. 1 167, p. 387, col. 2 , ch.'v, anu. D. 1380; et p. 388, col. 2 , ch. viii, ann. D. i2o5) ra{^)ortés par André du Chesne, dans son Histoire ^n^alogique de la maison de Montmorency rt de Laval, elc. preuves du livre IIF, p. 73 et 75. Cf. Lehcuf,//w(oire de h ville et de tout le dioche de Paris, t. III, p. 343.
' Miracles de saint Louis, à la suite de l'Histoire de ce prince, par Jehan, sire de JoinviHe, édit. du Louvre, p. 436, 5oo et 807 (20*, Sa* et 56* miracles). CPf Lebeuf, HisUimlv la ville et de tout Ir dinchc de Paris, t. XIII, p. 39,
L'Ormeteau Bâillon, à Délincourt, canton de Chaumoni;
L'Orme Saînt-Laurent, à Fresnes-Léguillon, canton de Ghau* mont;
L'Ormeteau, à Liancourt-Saint-Pierre, canton de Chaumont;
L'Ormeteau aux Chats, à Parnes, canton de Chaumont;
L'Ormeteau au Leu , à Sérans, canton de Chaumont;
L'Orme de la Folie, à Trie -la -Ville, canton de Chaumont ;
L'Orme, à Cuigny, canton du Coudray-Saint- Germer;
L'Orme de Montagny, sur le tertre qui porte le hameau du même nom, à Saint -Germer, canton du Coudray- Saint -Germer;
L'Orme à Cornet, où Ton faisait le guet pendant la guerre des Anglais, à Boutavant- la -Grange, canton de Formerie, arbre qui nous rappelle l'Orme -aux -Soldats, localité sur Tancienne route d'étapes de Bourges à la Charité, par Bengy;
L'Ormelet, à Beaudéduit, canton de Grandvilliers;
L'Orme d'Ivry et l'Ormeteau Saint-Sauveur, à Hénon ville, canton de Méru;
L'Ormelet, à Tillé, canton de Nivillers;
L'Ormeau Cormet, à Hermès, canton de Noailles.
Arrondissement de Clermont.
L'Ormel des Croix, à Bonneuil -les -Eaux, canton de Breteuil; L'Orme de Cohen ou des Essaies, qui a plus de quatre cents ans de notoriété connue, àEtouy, canton de Clermont;
L'Ormelet, à Auchy- la-Montagne, canton de Crèvecœur;
L'Ormelet, à CourceHes-Epayelles, canton de Maignelay ;
L'Ormelet, à Heiiles, canton de Mouy ;
L'Ormelet, à Saint-Félix, canton de Mouy;
L'Ormelet, à Cuignières, canton de Saint- Just-en-Chaussée;
Le Gros-Ormeau , à Cambronne-lès-Clermont , canton de Mouy.
Arrondissement de Gompiègne.
L'Ormelet de Nampcel, canton d'Attichy; L'Ormelet de Choi$y*au-Bac, canton de Compiègne; L'Ormelet de Jaux, canton de Compiègne;
L'Ormelet de Jonquières, canton d'Estrées-Saint^Denis; L'Onnelet du Meux, canton d'Estrées-Saint-Denis; L*Ormelet deRivecourt, canton d'Estrées-Saint-Denis; L'Ormeiet deLdbermont, canton de Guiscard; L'Ormelet d'Ognolles, canton de Guiscard; L'Ormelet de Mareuil-Lana.otte, canton de Lassigny ; L'Qrmelet de Mortemer, canton de Ressons; L'Ormeau Ponunart, à Ghevrières, canton d'Estrées^Saint-Denis; L'Orme Berton, à Mai^ny- aux -Cerises, canton de Lassigny; L'Ormelet du Calvaire, à Salency, canton de Noyon.
Arrondissement de Seniis.
L'Orme d'Erlubie , à Bouiilancy, canton de Betz ;
L'Orme de Godard, à Bouiiarre, canton de Betz;
L'Orme de Chantonnois, à Étavigny, canton de Betz;
L'Orme du Puits, à Levignen , canton de Betz ;
L'Orme du Plaideur, les Quatre -Ormes, à Rosoy-^en-Muitien, canton de Betz ;
L'Ormelet, à Rouvres, canton de Betz;
L'Orme de Betz, à Villers- Saint- Genest, canton de Betz;
L'Orme de Creil, à Gouvienx, canton de Creil ;
Le Grand-Orme et l'Orme Emeri, à Bonneuil- en -Valois, canton de Crépy;
L'Orme du Porche, à Bouillant, canton de Crépy, cité par Carlier comme siège de justice ^;
L'Orme du Porche à Mèremont , à Crépy, canton de Crépy ;
L'Orme de la Justice, à Besmont, canton de Crépy;
L'Orme, à Glaignes, canton de Crépy;
L'Orme à l'Autel, à Néry, canton de Crépy;
L'Orme de la Justice, les Ormes-Malins, à Russy-Montigny, canton de Crépy;
L'Orme de Heurtebise, à Chèvreville, canton de Nanteuil-le- Baudouin ;
^ Histoire da duché de Valois, etc. Paris, udcclziv, in-4'> t. I, p. 76. — L'aateor d<Hine les noms de plusieurs arbres c sous lesquels le juge de chaque canton plaçoit son siège pour rendre la justice. »
L'Orme à Moineau, à Ermenonville, canton de Nanteuil-le- Haudouin ;
L'Ormelet, à Lagny-le-Sec, canton de Nanteuii- le -Baudouin ;
L'Orme Beauval, à Ognes, canton de Nanteuil-le-Haudouin^
L'Orme au Cerf , à Rozières, canton deNanteuii-le-Haudouin;
L'Orme sur la place de Ver, canton de Nanteuii- le -Baudouin;
L'Ormeteau et TOrmeteau Cassette, au MesniKSaint-Denis, canton de Neuilly-en-Thelle;
L'Ormeau Noël, à UUy-Saint-Georges, canton de Neuilly-en- Thelle;
L'Ormeletde Verberie, ou l'arbre de Saint-Vaast, ancien siège de justice, à Saint-Vaast-de-Longmont, c®" de Pont^Sainte-Maxence;
L'Ormelet, à Ognon, canton de Senlis;
L'Orme de la place, à Montgrésin, Orry- la -Ville, canton de Senlis;
L'Orme Salmon, à Plaiily, canton de Senlis^.
On voyait encore des ormes aux portes des villes, qu'ils ne servaient pas seulement à ombrager, mais où ils jouaient un rôle judiciaire. Au xiv* siècle, les quatre principales entrées de Paris avaient chacune un orme, qui, dans une circonstance, servit de
^ Nous avons emprunté cette longue nomenclature à la Noûoe Qrchéohujique sur le département de l'Oise, etc. par M. Graves, a* édition, Beauvais, i856» in-S**, p. 66-73. (Extrait de TÂnnuaire du département de l'Oise pour i856.) — M. Gélestin Port, le savant archiviste du département de Maine-et-Loire, me signale plusieurs de ces vieux ormes existant encore en Anjou et ailleurs, nommément un fort beau à Saint-Michel , sur le chemin d*Orléans à Limoges , station de Ghabenei. cje parle, dit-il, d*ormes plantés devant Tégiise, avec banc de pierre, ou antre invitation à rendez-vous. Aujourd'hui même, oà ils existent, on y lit les proclamations, etc., et Ton a dû autrefois, en nombre d'endroits, y tenir les plaids, à Tissue de la grand'messe. J'ai vu tout récemment À Fontaine-Millon (Maine-et-Loire], sur la route et avant la première maison du vilii^e, un admirable ormeau, qu'on m'a indiqué comme un des derniers survivants des arbres de liberté de 1 789. Il est entouré d'un cercle de pierres fichées en terre comme un ancien témène, et paraît très-respecté. A trois mètres environ de terre, le feuillage s'arrondit en couronne formant un ombrage touifu que surmonte, à un ou deux mètres plus haut, une seconde couronne de feuillage. Le reste de l'arbre, dégarni et nu, mcmte droit jusqu'au faite, qui s'épanouit en gerbe verdoyante. » Citons encore fOrme-Rond, dausie faubourg Saint-Vincent, à Orléans.
gibet ^ « De cet usage de pendre aux ormes qui ombrageaient l*entrée des portes, dit le moderne éditeur des Chroniques de Saint- Denis, ne peut -on pas tirer Torigine du proverbe: Attendez -moi sous l'orme?» M. Paulin Paris n'en fait aucun douteux prêtant ainsi le flanc aux sarcasmes de feu Génin, qui, fidèle à ses habitudes, ne lui ménage pas la risée ^.
Dans la cour du palais de justice de Toulouse, il y avait pareillement un orme, et c'est là que, pendant les troubles qui eurent lieu au moment de la Saint- Barthélémy, trois conseillers au parlement furent pendus , après avoir été massacrés ^.
De» spectacles plus attrayants attiraient la foule autour de certains ormes. Dans nos provinces septentrionales, on tenait à leur ombre des assemblées poétiques et des tournois au petit pied. G^est à Tune de ces réunions qu'un ancien trouvère nous montre une damoiselle dont la beauté devait ajouter à l'éclat de la fête :
Celle d*Osseri Ne met en oubli Que n'aille au cennibel.
Tant a bien en li , Que moult embeli Le gieu sous Tormel *•
Plus ordinairement c'étaient des procès., et non des concours poétiques, que Ton jugeait sous des ormes, à la porte des villes ou des manoirs, comme chez les Orientaux, auxquels nos ancêtres
^ Les Grandes Chroniques de France, etc. t. V; Paris, i835, pelit in-S**, p. 173, 174* ann. i3o6.
^ Récréations philologiques , etc. Paris, i856, in•8^ t. I,p. 73.
^ G. de la Faille, Annales de la ville de Toulouse, etc. ann. 1672, a* partie ji p. 3i5. — Jac, Àuy, Thuani Historiarum Uh. LU, cap. xii, t. III, p. i45.
^ Roman de Guillaume de Dol, cité par Fauchet, Œuvres, folio 578, et par Roquefort, Glossaire de la langue romane, 1. 1, p. S25 , au mot CemheL — Voyez encore De ÎEiaJt de la poésie françoise, etc. p. gS, 96; et Y Histoire littéraire de la France, t. XXIII, p. 618. — Il est probable que Ton dansait aussi à f ombre de l'orme du village; mab nous ne connaissons , à ce sujet, aucun passage antérieur à Dancourt, qui fait dire au collecteur dans sa pièce des Vendanges, scène vin : • Il y a sous Torme des bautbois et des musettes qui faisont danser nos vendangeurs : je vas les quérir. > — Furetière , au mot Orme de son Dictionnaire universel, cite la phrase proverbiale : danser sous terme.
oûf pris tant de cl )ses. C'était là que les officiers du seigneur ou que le seigneur lui-même venaient rendre la justice à ses vassaux, comme les anciens juges d'Israël ^. Joinville fut souvent employé par saint Louis à ce ministère, et c'est ce qu'il nomme les plaids de la porte ^, Un acte ancien représente un comte d'Anjou siégeant au milieu de ses grands vassaux, sur les degrés de son château de Saumur, pour y rendre la justice'; et dans le fabliau du SocriXam, on voit un prévôt assis sur son perron , devant sa porte. Les huissiers y faisaient leurs proclamations lau nom du seigneur*. Au reste, l'habitude de tenir les audiences sur la place publique était gétiérale au moyen âge. A Lectoure , les seigneurs s'assemblaient sur la grande rue, et à Laroque-Timbaut en la plassa cominal^. Dans Gérard
* Zach. t; Amos, y; Deuter. xxii; Ruth, iv; Job, xxix; Isaias» .\xiv; Psal. cxxTi. Cf. Fleury, Les Mœurs des Israélites, Paris, mdcgxii, in-8*, p. 3i3-3i5.
' Du Gange a écrit une dissertation sur ce sujet; c*est la deuxième de celles qui accompagnent son édition de Joinville.
'"^ • Die apostoloram Philippi et Jacobi tenuit Fulco cornes , cum optimatibus suis, apud castrum quod appellatur Sahnurus, sedens in auia sua, super gradus 'lapideos, placilum,* etc. (Début de la charte 87 du rôle 1" du carlulaire de Ronceray, aux archives du département de Maine-et-Loire. ]
^ Le Grand d*Aussy , Fabliaux ou Contes, 1. 1, p. 194 ; t. IV, p. 287. — Dans des lettres de rémission de Tan 1878, conservée» au Trésor deâ Chartes, reg. JJ. ii4t loi. 181 r", ch. ccLXXXix, ce perron est appelé montoner, sans doute parce que les magistrats y montaient sur leurs mules : «En la court de nostre palays royal à Paris , entre la pierre de marbre , nostre montouer et nostre audience,» etc. (GIqss. med, et inf, lat. t, IV, p. 54 s > col. 3.) Voyez encore le Dictionnaire raisonné de t architecture française , de M. VioUet-le-Duc , t. VI, p. 4oi, 4oa ; t. VII, p. 1 1 5-1 s 1, art. Montoir et Perron, — Un ancien sceau de l'huissier de l'archevêché de Bordeaux représente ce fonctionnaire debout , la hallebarde en main, sous un demi-portail attenant à un mur crénelé, avec cette légende : S {Sigîlfum) hostiarii arckiepiscopi Burdigalensis,
' Montlezun , Histoire de la Gascogne, etc. Auch , 1 846- 1 849* in-8^ t. VI , p. 8 1 .
— Revue kistoriqueda droit français et étranger, t. XI , Paris , 1 865 , in-8*,p. 7 5 et 88.
— Nombre de chartes anciennes mentionnent des transactions comme ayant eu lieu en public, à ciel découvert : « Omnia ista facta fuerunt . . . sus ela broa de Bossales , d*aval castel de Pena , * etc. ( Layettes du. Trésor des Charles > 1. 1 , p. a a 8 , cc^. 3 , n'^6i8;ann. D. 1201.) «Hoc fiiit factum et ita concessum apud Rabastencos, in piano qui dicitur Peiracela, * etc. [Ihid* p. 363 , col. 3 , n° 959 ; ann. D. 1 s 1 o- 1 3 1 1 .) Un acte de 1 3 36- se termine par cette mention : « Factum fuit hoc in viridario , ante cameram pictam staris episcopaiis , » etc. , et d'autres de 1 235 , par ces mots : « Et
de RossiHon, Charles Martel tient son parlement « en un plan gen , » c est-à-dire dans une cour^ à l'ombre d'un pin ^ L'auteur du Roman de Parise la Duchesse représente le duc Raimond, son mari, tenant ses plaids « soz Tombre d'un olive ^ ; • sûrement c'était sur le perron de son palais, et cet olivier était un orme. Dans Tun des remaniements de la Chanson de Roland, deux messagers sont représentés comme montant à cheval et mettant pied à terre • soz une olive : »
iii dui meseaigé n*i vont pius atendant, Soz une olive s*appareiliait errant; Puis sont monté chascuns sor auferrant.
En Sarragoce si s*en vont maintenant, Soz .1. olive descendent aitant.
{ Le Romande Roneevaux, st. 9^7; édit. de Franasque-Midiet, p. A5a.)
On lit dans un autre poème plus ancien :
Tant ont erret li nobile baron »
Que sont venu tout droit à Ribuemont ; Sos Tolivier descendent au perron , Par les degrés montèrent el donjon.
{Li Romans de Raoul de Cambrai, édit de M. le Glay, p. a 64» V. 17.)
aiso fo faig a Veseiras , e la careira comunai > denant Tobrador d*en R. Giergue , • ou «a la porta de Veseiras, e la barbacaiia,i ou le la careira, denant la maio que fo d*en R. Masip.» {Ibid, t. II, p. S3, col. 1 , n^ 1778; p. 399, col. a, n* a4o6; et 3oo« col. 1, n** 24io et 34ii. Cf. p. 327, ool. a, n^ 3467; p. 383, col. a, n** 3733, 3733, 2736; p. 4o8, col. 1, etpassiai.) En i255, un chevalier vend à Guigue , seigneur de Roche , toute la part qu*ii a dans un bois , par un acte daté du clos d*Arttas : « in vinea domini de Rocha. • ( Titres de 1a maison dacale de Bourbon, par M. Huiliard-Bréholles , t. I, Paris, 1867, iA-4^ p. 68, col. 3, n* 333.) £0 1297, les exécuteurs testamentaires de Sibylle, comtesse de Savoie, vendent à Artaud, sire de Roussillon « le bourg et la seigneurie de Miribel en Forez, et Tacquéreur est investi par la tradition d*un bâton , en un pré, devant la porte du château. ( Ibid, p. 1 7 2 , col. 2 , n* 980.] En 1 3 1 4 • Etienne , priear de Soavigny, et le procureur du couvent reconnaissent, par-devant notaire, à Chapes, dans un pré, la suzerjûneté du sire de Bourbon. (Ibid. p. 235 , col. 2 , n* i362.) Un acte «n date du 23 février 139& est annoncé comme ayant été passé à Coligny en la cour du vieux château ( ibid. p. 543 , ool. 2 , n* 3087 ) , et un autre, de 1 37 1 , dans le cimetière du prieuré de Souvigny (i6i(2. p. 5 60, col. 1, n* 3178), etc.
^ Pi^e 48. — Plus loin, p. 24o, un chevalier descend au perron dun château sous un laurier.
< Édit. de M. de jMartonne, p. 16; édit. de MM. Guessard et Larchey, p. 5.
A propos d'un autre passage, p. 34» où l*on voit des barons arrivant à Paris et descendant de cheval « par desoz les olis, » à la porte du palais, Téditeur fait remarquer, après M. de Martonne, qu'il ne faut attacher aucune importance à cette particularité qui tient à Tignorance des temps , au peu de cas que les trouvères fai« saient des classifications botaniques et topographiques, plaçant, suivant Texigence de la rime, Tolivier à Paris, comme dans le Roman de Berte ^ ou de Raoul, ou bien à Metz, comme dans Garin le Loherain^, et ne craignant pas de faire croître le pin à Feutrée des manoirs de la Provence, ainsi qu'on le voit dans le Chio*roi de Nimes, la Prise d'Orange, etc. Nous ne contestons pas ce qu'il y. a de vrai dans de pareilles affirmations; mais nous croyons que les savants qui viennent d'être cités , sans en excepter leur maitre à tous, M. Raynouard, n'auraient pas dû s'y arrêter, et qu'il y avait lieu à fouiller plus profondément pour rechercher la racine du mot olive dans le sens qui lui est donné par nos anciens trouvères. On verra si nous l'avons fait. En attendant , nous demanderons si olive ne serait pas le mot olme mal lu dans le principe, puis devenu olivier, après que le point de départ s'était effacé des esprits. N'avons-nous pas vu l'ancien mot normand latinier transformé, à la suite d'une mauvaise lecture, en latimer^, nom commun en Angleterre ?
Au XIII* siècle, le clergé défendait à ses membres de rendre la justice dans la campagne ^ et, à la fin du moyen âge, on ne
' Second tirage, p. 34* — C'est dans ia forêt du Mans que le trouvère place un «olivier.!
' Tome II, p. a6i.
' Anon stoode up her latymer.
And answeryd Aleyn Trenchemer.
{Richard Coer-de'Lion , 1. 9473; ap. Weber, Metrical Romances, etc. vol. II, p. 97.)
Certes, quod the latymer,
Witb no moo mon spekes thou hexe.
(ïhidA. 3491* p. 98.)
* Par le huitième canon du concile provincial de Nantes teou en ia63, ii est défiendu d*appei^ personne devant les ecclésiastiques en des lieux champêtres
portait plus au tribuDal en plein vent que des causes de peu d*importance : aussi ne se faisait-on pas de scrupule de manquer à une citation donnée devant le juge « guêtre « pédané, ou juge de Torme^. » Chez nous, il ne reste pas» à notre connaissance, de documents de cette juridiction^; mais nous sommes mieux informé au sujet de la cour connue en Angleterre sous le nom de Pie Powier, et en Ecosse sous celui de Dasty-Foot, en latin Pedis pulveritati curia^. Si, en France, les courses pédestres du juge rustique lui avaient valu Tune des épithètes par lesquelles on le désignait, dans le nord de la Grande-Bretagne, c'était Tétat poudreux des pieds des justiciables qui avait été pris en considération pour indiquer la cour de Dusty-Foot^^ exactement comme les
o& Ton ne peut trouver de conseil, et d'en appeler plus de quatre à la fois.
(D. Lobinaau , Histoire de Bretagne, t. I, p. aSg.) Mab on ne voit pas qu*il fAt
interdit de se oonfesser en plein air. Cest ce que fait le héros d*une chanson de
geste :
.1. prestre devant li a tantost apelé.
Contre H desdiendi par grant Imimlîté, Mené Ta nne part en» u vergier ramé.
Devant H à gênons ës-voiu Doon geté Et de tons ses pechiës bonnement confessé.
{Doom ê$ Makmeo, Mit. de M. A. ?ojf, p. 9o5, v. 6817. )
* Voyei Divers Opuscules tirez des* Mémoires de Bf Antoine Loiselj etc. Paris , MDCLVI, in-4*t p- 73; — Moisant de Brieux, Les Origines de qudques cooioaief anciennes et de plusieurs façons de parier triviaUs, etc. Caen, mdclxxii, in-ia, p. 60, 61; — Ménage, Dictionnaire étymologique de la langue françoise, édit. de Jault , t. II , p. a63 . col. 2, art. Orme; — et Mémoires de la Société impériale des antiquaires de France, 3* série , t. III, p. 2o3.
* Le seul écrivain qui, après Loisel, en ait fait mention, est M. Michelet, dans ses Origines du droitfrançais cherchées dans les symboles et formules du droit universel, Paris, 1837, in-8^ 1. IV, c. 11, p. 3o3.
•'' Voyei Du Gange, Gloss, t. V, p. 171, col. 2, et 172, col. 3, aux mots Pedancusjudex, Pedanea causa et Pede-pulverosi ; — Spehnan, Glossarium archaiologicum, etc. p. 455, col. 2 ; — et Grimm, Deutsche Rechts Âlter^umer, p. 838.
* • Si quis extraneus mercator transiens per regnum , non habens terram vel mansionem infra vicecomitatuni , sed vacans, qui vocatur pie poudreux, hoc est anglice dusty-Joot, » etc. (Gowell , N0M06ETHS, the InUrpreter, containing tke genuine Signification ofsuch obscure fVords and Terme used either in the Common or Statute Lawes oftKis Reahn, etc. London, i684 or 1701, in-folio, v* Dttstjr-Foot,] L'auteur renvoie à Tarticle Pie Powder; nous y renverrons aussi le lecteur curieux de se rendre compte de tout ce qui se rapporte au tribunal connu sous ce nom.
cuisines en plein vent des halles et marchés de Paris ont reçu le nom populaire de restaurants des pieds humides. Cette cour connaissait en effet des contestations qui s'élevaient, pendant les foires, entre les pieds-gris^, accourus de toutes parts, notamment entre les colporteurs (pedlars)^ gens venus de loin, sans domicile fixe dans la localité, et non sujets à la juridiction ordinaire du bouig. Pour juger les contestations qui s'élevaient entre eux, il fallait une juridiction temporaire, surtout s(»nmaire, pour ainsi dire en camp volant^, et il ne devait point être rare que Tune des deux parties, surtout à la fii^ de la foire ^ manquât à lappel de son nom, comme nos paysans à la citation du juge de Torm^ Quand Guillemette dit à son mari :
Maintenant chacun vous appelle Partout advocat dessoubz Torme ^,
elle veut dire que maître Pierre attend des procès qui ne viennent point, et le représente comme un avocat sans cause ^. L'un des der-
^ « Ce gentilhomme ... vit un pied-gris passant auprès d'eux , lequel avoit un sac. » ( Le Moyen de parvenir^ édit. de Paris , 1 8 6 1 > in- 1 8 , p. 1 5o.)
' Observations de M. Âlexander Strathem sur un Mémoire de M. Irving, lu À la Société archéologique de Glasgow, le i5 février i864. [The Gentleman s Magazine j June i864,p. 761, 76a.] — II est fait mendon de ces juges de foire dans plusieurs coutumes anciennes, notamment dans celle de Bretagne, tit. I, art. i3 ; et Gowell cite ceux de Winchester nommés Jajtice ofihe Pavillon, JasHciarii Pavilionis, ( Voyez The Interprelerj etc. , sub verbo.) — Un passage de lettres de rémission de l'an 1378, relatives à un Portugais, meurtrier de l'un de ses compatriotes , à Harfleur, montre un huissier d'armes , juge député par le roi aux marchands et autres gens de cette nation fréquentant ladite ville. (Trésor des Chartes, Archives de l'Empire, reg. JJ. ii4« fol. 5i r^, ch. l.)
^ Maisùre Pierre Pathetin, elc. Paris, 1869, in- 13, p. so. — Cette expression se retrouve dans Tépitaphe du personnage , qu*on lit dans son testament :
Cy repose et gi»t Patbelin ,
Eo son temps advoeat sons 1 orme.
* Antoine Oodin explique autrement cette locution : « On juge dessous ïormt , dit-il, i. (c'est-à-dire) un juge de village; oânùtat dessous forme, i. un jasenr, un advocat ignorant. « Le vieux lexicographe marque d'un astérisque la seconde de ces expressions, pour indiquer qu'il ne iaut l'employer qu'en raillant. (Voyez CanositÊt françaises pour supplément aux dtctioiuiairef /etc. Rouen et Paris , liDCCTt , in-8% p. 994.)
piers éditears de cette charmante farce, Génio, remarque que le proverbe attendez-moi sous l'orme doit remonter au temps où saint Louis rendait la justice sous un arbre, à Vincennes, sans faire attention que cet arbre était un chêne ^ ; mais il a pu être abusé par
* Voyez les Mémoires du sire de Joinvitle dans le Recueil des historiens des Giiales et de la France, t. XX , p. 199, G. — Le cbêne de Vincennes existait encore du temps de Da Breui (Le Théâtre des Antiquitez de Paris, etc. Paris, Mbcxn. in- 4% i. IVt p. 1925), présentant ainsi Texemple d*uiie longéTÎté qui n*aT«itété surpassée que par le chêne de Mambré (Notices et Extraits des manuscrits» etc. t. VII, p. à), dont le nom n*était peut-être pas étranger au choix du saint roi. Membres en effet, dans la langue de Tépoque, avait souvent le sens de mémorable, de digne d'être gardé en mémoire , comme les comptes que trois officiers ou clercs de rÉchiquier royal d* Angleterre, les remembrencers,«ftâénî mission ée rappeler au lord trésorier et aux autres juges de cette cour. ( Voyex Goweil, The Interpréter, etc. sub v**.]
Ore dit li cuens Philipc une raiian menbré ,
Veantla curt de France; mult fud bien escatée.
(Chroniq«« de Jordan FanUMme , ir. 44o.}
Il a parlé et dit raison menbrée,
[U Romane d» Raoul d» Camhrai, eoupl. 174 fp* i43>}
Voyez encore le Lexiqlie roman de Raynouard , au mot Membrar, t. IV, p. 1 84 * col. a; et le Glossaire français placé à la suite de celui de Du Gange, p. 229 , col. 3. — N'oublions pas néanmoins l'espèce de culte que les Gelles et les Germains, à l'exemple des Hébreux (Ôlavus Gelsius, AUon, }wK, in Àct, literar, et scient, Sueciœ, vol. IV. UpsalisB, anno mdcgxui , in-4^ p* 85 ) , rendaient au chêne , et dont il pouvait subsister encore quelque trace au xiii* siècle, époque où, dans les vergers, on disposait les arbres en croix. — Voyez le traité de Keyder cité plus loin, c. IV, S 8, p. 65-67; et S 9, p. 78, 79. Gf. p. 3i8, 319, et Âdd^ p. 584 « 585 i — £o6ereo^G2oace5ter'«CAronic2tf«ed.by Thomas Heame, Oxford, vdgggixiv, in-8', vol. II, Gloss., v* Creysede,p, 638, 639; — et Leland, Idnerary, vol. VÎII (Oxford, MDGGUi, in-8*), à la fin, p. 20, 21. — Dans une ancienne bdlade écossaise, un barde celtique jure, entre autres arbres, par le chêne :
Glasgerion twoie a fnll great othe, By oake, and ashe, and thorne.
(Seo«ùA kUforital amd rvmaiitîe BoXlaéê. éd. by Joha FinUy, Ediabsrgk, 1808, in-S*, vol. I, p. xkh , I. !•)
Dans la ballade de Robin Hood et du Tanneur, le cél^re outlaw danse autour d'un diêne (st. 36), vraisemblablement le VrysteU tree^sous lequel il souhaite la bienvenue à un chevdiier, comme pour inûter les grands barons qui passaient la revue de leurs vassaux sous quelque arbre bien connu appelé trysùn^ tree, parce que c'était là que se donnaient les rendei-vous {trjrsts). (Voyez À Ljttel Geste oJRobyn Rode, iTth fytte, st. 70; et Finlay, vol. I, p. i46.)
Noël duFaii « qui représente Louis IX , avec Je tire de Joinviile /son compère, tous deux sur la belle herbe, à Fombre des ormeaux, jugeant les procès à tous venants ^
Génin se trompe enonre en ne fiûsant r^nonter qu'au temps de saint Louis Tusi^ qui nous occupe. C'était une ancienne habitude de délibérer, de rendre des jugements, de conclure des transactions sous des ormes. Un db^evalier avait été puni pour avoir fait du tort au chapitre de Paris dans le bien que ce vénérable corps possédait à Vemot, près de Montereau, au diocèse de Sens. C'était en io43 ou 10A6. Le chapitre ep. fit ses plaintes à Tarcfaevéque Mainard; et pour condescendre aux prières de la famille du chevalier, jour fut pris par Tévéque de Paris, q>pelé Imbert, pour se trouver avec son métropolitain, s«a archidiaore, cinq ou six chevaliers et quelque chanoines de Paris, à Émant, sous Forme du village, où la femille du délinquant fit l'amende convenable^.
Depuis la fin du xi* siècle^ on consairvait, dans les archives de raUl)aye de Moléme, un titre par lequel Guillaume I*, comte d'Auxerre et de Never$,*confirmait à ce monastère les biens qu'on lui avait donnés dans la paroisse de Saint-Moré-sur-Cure» Ce titre y était dit passé et accordé dans le château d'Auxerre, sous forme , ûi cëiietto» sui almo'. . .
Dans une vieille charte de l'abbaye de Saint-Martin dePontoise, anoîennomeol dite de Si^nuGemuùn » qui est la i3i* de leur car-
* Le$ Contes et IHseottrs étEairapel, etc.* Rennes, i5S6, in-8*, folio 45 recto.
* BUtena eodesim Pûrmmsis, auctore Gerardo Dnbois, vol. I , Piarisiù , mdgz , ia4blie, lib. X., esp. IT» n* lo, p* 644*
* Méauàres concernant ikistoirfi êccUdcutiqne et ehiU JtÀnxeire, etc. Pari», Mpccxuii, m-4*9 1. II, p. 66. — Uabbé Lebeuf , après avoir fiât observer, en note, qu^il y avait autrefois un gros orme dans chacpe place publitpie, et ipie c'était souvent sous cet orme «pie Ton passait les i|ctes soiennds ou que Ton tenait des aaaasublées» ajoute : cCe ne fut qu*aprèa Tan 1709 que Ton abattit celui de la grande place de Saint-Étienne d'Auxerre, que la gelée et la vieillesse avoient &it mourir. On voit, par l'Ordinaire de la cadiédrale appelé GrtUotine^ quelles sortes d'assemblées capitnlaires <m tenoit en étàeous cet orme. H y avoit aussi eu plus anciennement un orme semblable devant l'élise coil^;iale de Notre-Dame de la Cité, un autre devant l'ég^iae de Saint -Ëusèbe.» A notre tour nous (goûterons qu'il y a encore à Awxerre une place appelée place de VOrme^ à cause d'un orne qui y était autrefois planté.
tulaire, on lit à la fin : « Haec omnia renovata sunt sub uimo ante « ecclesiam Beati Germani^, » etc.
Dans une autre province de France, une charte, qui constate une donation d'Ermengarde de Carcassonne, veuve de Raymond- Bernard, vicomte d'Albi et de Nîmes, faite le jour de Saint Jean- Baptiste de Fan 1075, fut écrite sous un ormeau qui existait devant la porte principale de Téglise de Notre-Dame de Nisars^; et, le 1 1 juillet 1 i6ô, le vicomte de Béziers fit publier à Carcassonne, étant dessous Tormeau devant son palais, une ordonnance en faveur des habitants de cette ville ^ En i2o4, une autre transaction eut lieu, en présence de témoins, sous un arbre sembable devant Tégiisede Sainte-Marie de Mellp. En 1221, RobeH de Caumoat et le prieur de Saint-Clair conviennent de rendre la justice en commun à Tonne devant le monastère; et, eh iSs^, la juridiction des moines du Mont-Saint-Michel, à Genétl, s'exerçait -en plein air, sous un orme planté dans la cour du prieuré^.
En 1239, Gu^ue, seigneur de Roche, damoiseau, confirme à Guillaume Cleysac, de Malivemas, à la fiile, au gendre dudit Guillaume et à leurs héritiers, Taffiranchissement de taille, tôte et exaction quelconque accordé par ses prédécesseurs, ainsi que la donation faite au même Guillaume, à titre de franc^fief, de sa maison de Malivemas, avec jardin, pré et champ en dépendant, et de la moitié des redevaqces sur trois manses à Vermoial. L'acte est indiqué comme ayant été passé sous Forme ^.
A la fin du ménie siècle « Sicard, vicomte de Jjautrec, assisté de ses vassaux, avait rendu sous un orme une sentence qui mérite d être rapportée. Un malfaiteur nommé Pierre Baya ayant été amené et mis en jugement au lieu appelé la place de VOrme, dans le
^ Loisel , Divers Opuscnks, etc. p* 72.
' De Vie et Vaissete, Hiitoire générale de Languedoc, i. XI V, preuves, n* gclxii ; t. II, col. a 88.
* Ihid. 1. XVIII , c. Lxvni , t. II , p. 5o8.
^ * Léopold Deiisle , Études sur la cotidition de la classe agricole, etc. p. 357 et
* Titres de la maison ducale de Bourhwt, p. 93, col. 1, n* 4^2. — Précédemment (p. 65, col. a, n^ 3 1 7) , ii est fait meulion , dans un acte de 1 aS 1 , de Forme de Gratavoip, dans le comté de Forei.
château de L»iitre> , conformément au droit \ en présence d^environ deux cent tenanciers, nobles ou non, oeux-ci, lecture faite de Tinterrogat<»re de Taocusé, opinèrent successivement, en réponse à la question posée par le vicomte. Un chevalier condamnait Baya au bannissement à perpétuité, après avoir été fustigé par le château de Lautrec; une autre voulait qu'on lui coupât le poing; d'autres enfin prononçaient la sentence de mmi. Les syndics et les procureurs de Lautrec demandèrent acte de la procédure, à quoi le "vicomte se refusa , disant que ce n*était point la coutume du pays; il ajouta qu*autant qu'U était en lui^ il révoquait les verdicts rendus par les assistants, et de vive voix et sur place il en appela au sénéchal de Carcassonne, soit au roi de France, soit à qui mieux de droit. Lacté notarié, qui nous a conservé ces curieux détails, est annoncé conmie ayant été dressé en ladite place de TOrme^.
Pour le xn* siècle, on peut signaler des délibérations de la commune de Narbonne (nominations de consuls, etc.) prises suh ulmo, dans la paroisse de Saint-Paul', et , pour le xvi*, la tenue des assises de Saint-Gloud sous Tonne, lei5 juin i535, par Christophe de Thou, en qualité de lieutenant du bailli de Jean du Bellay, évéque de Paris^.
Enfin on connaît un autre orme sous lequel la justice a été rendue : c'est cehii d*où tomba Tillustre Michel Morin en voulant dénicher des pies :
De branca in brancam dégringolât atque facit poaj!
dont il reste mort sur la place. Le poème qui chante son audace et son trépas débute par ces trois vers :
Est juxta nostram grandissimus ormus eglisam ; Plebs paysana suos ibi plaidatun processus , Gonvenit, ut cunctas demdet mairas afairas.
( Miehaelù Morinifunettitsimmt Trtpoimu , dans VHtrmM Romanus , t. !( , p. ho i ,)
■ «In ioco vocato in piatea de Ulmo ... ut est juris, apud Lautricam. »
* Histoire généraU de Languedoc ^ etc. t. IV» jarewoes, vl* li , col^ 1 14. -^ <^ur l'usage de planter ainsi des ormes sur les places devant les églises, d'y tenir des assemblées et d'y passer des actes solennels, voyes Bénéton de Perrin, Eloge historifue de la chasse » Paris, moggcxxxiy [Usez bidcokiixit] , in-S**» p. 53.
^ Archives municipales de. ia ville de Narbonne.
* Londres (par Grosley) , Lausanne., mdcclxxtv, in-8% t. III, p. 39a.
Une particularité à signaler, c'est que Tonne du village , qui jouait un r61e si considérable, était presque toujours devant la porte principale de l^église. Dans le cimetière qui Tenvironnait plus ou mmns, l'attention était bien souvent attirée par un vieil if, pareil à celui que Ton remarque à Iffley, près d'Oxford , et qui avait peut-être été planté là par les Normands comme pour servir d'armes parlantes. Toutefois il faut prendre garde que d'autres cimetières de leur ancienne patrie offraient pareillement un if, par suite d'un antique usage dont on retrouve la trace dans la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère ^ Le trouvère Benoit n'a pas manqué de consigner ce trait dans l'intéressant tableau qu'il fait d'une chapelle et d'un cimetière abandonnés :
Tombes i ot et cors eni mis , Kar cimetire i out jadis.
fTout bore, ne vile, ne maison D une bonne leuve environ ; Arbres i out et un grant if.
Où li venz mena grant estrif.
[Chronique des dues de Normandie, 1. U. v. a5o36;t. II, p. 327.)
Ainsi que le fait remarqua M. Delisle, il faut probaUement voir dans cet usage un vestige des idées païennes , dont les populations de la Gaule ne s'étaient pas complètement dépouillées,
* citem dom in vico quodam templum «ntiquÎMimum dimisset, et arborem pinum , quae fano erat proxima , esset aggressus excidere , » etc. — Le passage suivant d*une ancienne cbanson de geste offre un curieux rapprochement :
Là fors de la cité ot .i. bmd de sapin Et une grant chapele da baron saint Martin , Et .1. viel cimetière où fourchent .m. chemin , Et une gente croîs sor .i. perron marbrin.
Une Ibntaigne i tort desons Tombre d*an pin.
{Àjê dÀmgnûn , p. S7, V* aSiS.)
Dans un ancien fabliau , un cbevdiier, dans un cimetière , Se cache sons un pin ( FahUaax et Contes, édit. de Méon , t. III , p. 464 , v. 73) ; et dans Gérard de BôsnU<m,p, 100, Pierre de Monrabei entend la messe dans une église ombragée par un arbre de cette essence. Plus loin , il est vrai , le troubadour représente une pauvre église desotz un fou, c'est-à-dire sous un hêtre, et une autreiMUs un lau> rier. (Voyet p. 168, 189.)
même longtemps après leur conversion au christianisme ^. Nonseulement nous adoptons cette explication , mais nous sommes tenté de rétendre jusqu'à la Grande-Bretagne, à Taspect du vieux sapin qui couronne un barrow situé près de Fancienne abbaye de Newbottle, en Ecosse, tamalas remarquable, qui parait avoir été un tombeau , et qui , comme tant d'autres , dans les i]es Sorlingues et ailleurs , est entouré d'un cercle de pierres probablement celtiques^, si Ton peut donner ce nom à un monument primitif tel qu'on en rencontre partout.
Toutefois nous devons faire remarquer qu'en dehors du rôle funéraire que le pin semble avoir joué pendant le moyen âge, il remplaçait quelquefois, avec le sapin, l'orme au perron des palais, siège de la justice , et au lieu des exécutions. Dans Gérard âê Rosêillon, p. ly^t le duc Milon parle au portier d'un château desotz mn sap, Dudon de Saint-Denis arrive à Sain l-Quen tin :
Il detcendi desos l'ombre d'un pin.
Les deg;rés monte dei palab marbeiin.
{Li Romans de Raonl de Cambrai, p. a 55.)
Dans une autre chanson de geste, pareille arrivée a lieu
DesoB .1. pin follu, por desQS «i. lorier.
Est Ricbiers desçandaz, qui muH fist à prisier.
{Floovant, p. 3o, v. 97^.)
* Étad$s sur la condition de la classe agricole, etc. p. 355. — On trouve de curieux dëtftils sur i usage de planter des ifs dans les cimetières, dans Touvrage de iohnBmdf Observations onpopnlar ÀntiquiUeSs London, 181 3, in-4^,p. 161-171.
' Chaimers, Caledonia, book I, cb. n, vol. I, p. 80. — Boriase, Ànùifuiliês kisioncal and monamental 0/ the County oj Cornw<dl, etc. London, mdcclxix, in-foL, p. 319. — Observations on the ancient and présent Staie of the Islands of SdUjr, etc. Oiford, m.b.cg.lvi, in -4% p. 98 -3o. — R. Polwbéle, Tke Eistory ûj Comwall, vol. I, Falmoutb, i8o3, m-4*, book I, cb. iv, p. Uo» etc. — A Cuise-la-Motte, commune du canton d*Attieby ( arrondissement de Compiègne, département de l'Oise) , îl existe sur le sommet d'une colline une enceinte considérée comme druidique , ou cromlech , limitée par une double rangée de pierres brutes cl plantée de sapins; mais ces arbres ne sont pas anciens , et, en défonçant le terrain pour les y mettre, on n*a retrouvé aucune souche qui permit de croire qu'ils en avaient remplacé d'autres.
BégOQ de Belin, assi^eant le château de Naisil, dit à deux de ses hommes :
Dreciez les Torches desoz ce pin anii , Si me pendez dant Bernait de Naisii.
{Li Romaiu d» Garim le Lokeram, 1. 1, p. s3S.)
Mais chez nos anciens trouvères, ie pin était-il Farbre que nous désignons aujourd'hui par ce nom? Les passages rapportés dans la note que nous avons déjà citée ^ en feraient douter, et il est vraisemblable que nos anciens rimeurs prenaient le nom de pin dans le sens générique d^arbre.
Toutes les nations du Nord paraissent avoir été dans Tusage de tenir leurs assemblées en plein champ, soit à cause de la difficulté de loger une multitude dans une salle , ou par crainte des pi^es^. Les Vascons, à l'exemple des Germains, délibéraient en commun sur les intérêts publics, et les réunions avaient lieu en plein air '. C'était au pied d'un chêne , celui de Guernica , à n'en
' lÀ Romans de Panse la Duchesse, édit. de M. de Martonne, p* 17» ^ H'utoria Olai Magni, etc. Basile», s. a., in -fol., tîb. XIV, cap. xvu, p. 557, 558 : De Jttdicïbus et Jadiciis eampestrihus, — Datneorum mûnumentorum lihri sex, etc. auct. OJao Wôrmio; Hafniie, ann. iiBCXLin, in-folio, iib. I, cap. x, p. 68, cité par Mallet, Iatïy>duction à l'histoire de Danitemarc, etc. Copenhague, MDGCLT, ia-4*, p. io4» io5. — Voyez surtout le savant traité de Geoige Keysler, intitulé Àntiquitates seleetm septentrionales et celtioœ » etc. Hannovene , mdqgxx , iii-8% c T, S 1 , p. 85 87 ; M. Bii^er Thoriacius , Popttlôiv Avfsàtze» das Griechisehe, Bômische, mnd Nordische AUertham hetrrffend, etc. KopeDhagen» 181 a , in-8% p. i83- 39<; et Paul Wigand, Das Femgericht fVestphalens , etc. Hamm, i835, p. 69 r 336, 262.
^ Le nom de champ de mars, donné aux assemblées annuelles et générales des Francs de la même tribu, sous les rois de la première race (Greg.Turoo., Hist. eccL gent. Franc, Iib. II , cap. xxxvn). indique clairement qn elles se tenaieut dans la campagne. Aboli sous le règne de Clovis I*', le duunp de mars fut remplacé par le champ de mai , c*e8t4-dire de mail , de mallo (Carlier, Histoire da duché de Valois, t. I, p. 73), mentionné, sous Tannée 766, par Tun des continuateurs de la Chronique de Frédëgaire. — Voyez la quatrième dissertation de Du Cange [Des assemblées nationales des rois de France)^ 4 la suite de son édition de
citer qu'un seul, que rassemblée des anciens, le iilfar de Biscaye, était convoquée ^ Dans la Navarre française , le célèbre bilçar d'Ustaritz , dans lequel les anciens du pays délibéraient sous Tombragedes chênes séculaires, appuyés sur leurs longs bâtons, ou if ayant pour sièges que des pierres brutes , se maintint jusqu'au XVII* siècle. Les premiers rois de Navarre n'eurent pas d'autres armoiries que, l'arbre national, emblème de la souveraineté populaire. Il est même à remarquer que le surnom de l'un des plus anciens de ces princes, i4rtsto^. offre précisément ce sens : Inigo Ximenez Arista, c'est Inigo Ximenez Yhomme des chênes, celui qui en porte sur ses drapeaux et qui préside le conseil national sous leur ombrage.
De là l'habitude des anciennes communautés urbaines , celles de Bordeaux et de Bayonne, entre autres, de délibérer aussi sur des places publiques appelées omhreiras, à Tombre des arbres. Les {dus anciennes armoiries deBayonne représentaient trois chênes, celles de Tonneins en avaient deux^.
A Bordeaux, indépendamment du palais de l'Ombrière, il y avait autrefois, entre T^se Sainte-Eulalie et le fort du Ha, un^; espèce de boulevard élevé en terre, haut d'environ lo mètres sur 3o de lai^ur et ^oo de longueur. Ce lieu, connu sous le nom de Plaie-Forme, qu'a retenu une rue ouverte sur cet emplacement, était planté d'ormeaux, ce qui lui avait valu une antre
Joînville, et de son Glossaire » t. YIÎ, p. i5 et 1 6 ; le traité de Keytler, p. 87, et Dubos , Hist. erit lU tétahUssement de la monarckU Jirançoiie dans les GauUê, I. VI, c. V, ^it. de MDGGXLH, t. II, p. 44 1, 443. —- Chariemagiie fut le premier qui ordonna de tenir les assemblées naticMiales des Francs dans un lieu eoQvert. {CapitaL, 1. III, c. lvii, et 1. IV, c. xxviii.)
^ Voyez , sur Teftpèce de culte que les Biscayens rendaient au chêne de Guerr nica, une efaanson que nous avons publiée dans notre p€^4 (04906 « etc« p. 363.
* Rabanis, Adminisirtition mumcipale et institutions judiciaires de Bordeaux pefidont le moyen âge, dans la Revue kislorique du droit français et étranger, t. VI|, 1 86 1 , p. 465. — Roderic de Tolède parait avmr adopté une autre étymoiogie : • Et quia asper in preliis, dit-il, Àrista agnoniine dicebatur.» [Eoderioi Toletani de Behus Hispanim, iib. V, cq), ixn.) — Voyez le père Joseph de Moret, Annales del reyno de Navarra, édit. de mocclxti, in-fol. Iib. IV, cap. y, S 3; t. I, p. 175, 176. — Larrameudi traduit rohle (chêne) par aritza, ezcurra. Voyez Diccionario trilingue del castellano, hascuence y latin, édit. de 1 7^5 , t.. II , p. a 58, coL 2.
dénomination , celle de VOrmière ou de VOrmée, célèbre pendant la Fronde. A cette époq[iie de troubles, deux factions divisaient Bordeaux, et Tune d'elles, qui appuyait l'insurrection oi|;anisée par les princes de Gondé et de Conti pour éloigner du oiinistère le cardinal Mazarin, se réunissait sous les ormes du rempart; on rappela la compagnie de VOurmière, ou s^ilement VOrmée, et ceux qui en faisaient partie farent désignés sous le nom d*0^ miiUs ^
Dans les relations que nous ayons de la Fronde à Bordeaux, il est fait plus d'une fois mention du village de Lormont , situé dans le voisinage. D'où faut -il dériver ce nom ? D'un laïuîer planté sur la hauteur qui domine la Garonne ? On peut le croire , surtout quand on voit dans nombre d'endroits , entre autres dans deux chartes, l'une de l'an 1228^, l'autre de 1 2 77 ', et dans les comptes du ckapitre de Saint* André, cette localité appelée Laurimons ; mais si l'on considère l'affectation de l'orme à de pareils accidents de terrain , on adoptera une autre étymologie avec l'avocat ou l'imprimeur qui a écrit VOrmon ^, et l'on s'expliquera la finale de ce nom par l'intention d'exprimer le caractère du lieu auquel il se rapportait Au reste, il y en avait un qui semble attester l'existence a Lormont d'un orme notable. Dans un dénombrement en faveur de M. Pierre du Noyer, avocat, seigneur de la maison noble de Rofiac, pour cette paroisse et celle de Genon , il est fait mention d'une « pièce de terre, avec ses apartenances, située et assise en ladite paroisse de Lormont, au lieu appelé au Buysson de VOulme ^. •
Get usage de planter des ormes dans des centres de population a donné naissance à des noms de localités trop nombreuses pour que nous entreprenions de les énumérer ici. On se rappelle
' Lacolonie , Hùtoirt eurieuse •£ remanfuabU de ia villt €t province de Bordutus, t III, p. 3 11. ^- Beraadau, BnUetin pofymaddqmf du Jfw^wn d^imUmcdon puhUquâ de BordfatUB, anii. 1807 , t. Y, p. 4so.
* GêMiaCknstimm, t. II, iiuCr.n^xxxii, ool. 188, G.
' Le Livre des Bouillons , folio cxm recto. ( Archive» de ia ville de Bordeaux. )
* PUiidoj^s et octioiu graves tt élMfutntêsdâpUuitMnfÊmêUM mbettifff da^NWiMMiif de BomdtMSg etc. à Bourdeaus, mbcivi, iii-4*, p. 473.
* Cahier de trente feuillets , parmi les minutes de Gorces, notaire. (Archives du département de la Gironde , série E , ann. 1 556- 1 557, folio 1 s reeto.)
Oarmes, ville fermée mentionnée par Frofssart' ; sur le chemin qui conduit de Bordeaux dans les départements du nord et du centre, riches en dénominations de cette espèce, on rencontre, dans celui de la Vienne, entre Châtelleraut et Tours, la commune des Ormes , la plus considérable de toutes.
Dans la liste que nous en avons dressée , nous remarquons la HauteOurme, hameau de la commune de Corps-Nuds, arrondissement de Bennes , et TOrme-du-Puits , hameau de la commune de Plélo, arrondissement de Chàtelaudren y département des Côtesdu-Nord. Pour ce qui concerne FOrme-du-Puits, il est manifeste que ce convenant, composé d'une chaumière, dite hertôt ou étage, et d'une pièce de terre, doit la première partie de son nom à un orme de dimension colossale, qui existait encore il y a peu d'années; mais, bien que, tout près de l'endroit où il s'élevait, il se trouve encore un puits qui parait ancien, nous ne pouvons nous défendre de soupçonner que le dernier mot qui entre dans ce nom de lieu venait du puy, ou plateau ^, à Tune des extrémités duquel les Templiers avaient planté un orme, conmie si le manoir et la chapelle, encore existante, de la conmianderie, placés à Tautre extrémité , n'eussent point été suffisants pour annoncer la juridiction seigneuriale'. Bappelons-nous que les assemblées poétiques, ou gieux tous Vormel, portaient également le nom de puys, et il est certain que les ormes dont nous avons essayé de déterminer l'emploi étaient fréquemment. plantés sur des monti-
^ Chroniques, 1. I, pafL fl. c« xn; t. I, p. 317, ool. 1. — Sûrement le' vieil historien a voula parier du château (TUlmo , ou de TOum , dont il est fait mention dans les Mémoires de VhUtoire de Languedoc, de G. de Catel, 1. II. czxni, p, 348.
s G*est ce que nos ancêtres appelaient motte plane. On trouve , aux archives départementales de la Gironde , un acte dans lequel il est question , en 1 5a 5 , de BeMe et puissant seigneur Gaston de Liste , baron de la Lande et de la Rivière , seigneur de Marsas , de la Motte des Eyrins et de Motte-Plane.
' On ne croît pas que l'Orme-du-Puits soit mentionné dans des titres antérieurs an XVI* siècle. Cependant il doit dater de bien plus loin ; car, è cette époque, on ne créait plus guère de convenants en Bretagne. Le domaine congéable parait avoir été une transformation de la quevaise. ( Voyes , sut* la signification de ces mots de Tancien droit breton, Y Histoire de Bretagne de D. Lobineau, t. I, p. 85a » S i85; et t. Il, cot. 1787, art. Convenant, et col. i8oa , an mot Keurod.)
cules. On a pu voir, il y a ooe trentaine d^années, dans la rue du Monceau- Saint-Gervais, derrière THôtel de Ville de Pians, une enseigne à rOrme Saint-Gervaù , transportée dqpuis me Barre-du- Bec. Cette enseigne rappelait le souvenir d'un arbre pareil à ceux que nous avons signalés plus haut et qui existait dqrais le xiu* ou le xiv* siècle^; le duc de Guyenne y venait payer, à la Saint- Remy et à la Saint-Martin d'hiver, une redevance féodale, à cause de son hôtel qui était près de la Bastille'. Nul doute que cette éminence ne fut une de ces mottes élevées artificiellement auprès des châteaux pour marquer la chàtellenie* Roquefort, anquel nous empruntons cette définition , ajoute : « Le semeur y tenoit les plaids et les assises sous un chêne, au pied duquel étoit une grosse pierre qui lui servoit de si^'. > Mais pourquoi un chêne, quand il y a des exemples de la tenue de ces sortes de plaids sous un orme ^ ?
Avant d^aller plus loin, je demanderai, avec timidité toutefois,
^ Voyei Le Dit des rues de Paris, v. 5o6. L'abbé Lebeuf, qui Ta publié poar la première fois dans son Histoire de la vifle et de tout le diocèse de Paris, U II, écrit en note, p. 699 , au mot Ourmecîaa du texte : f On Tappelle Terme S. Genrais, cjooîqu il ne soit pas maintenant fort gros. Du temps du poète , ce n étoit qu'un aussi petit orme. • (<^f. PMiaux et Comtes, édît. de Méon, t. II, p. S75 , oà cette note a été infidèlement rqiroduite.)
* SmU de la Clef on journal historique sur les matures du CrnyM ( recueil pins connu sous le nom de Journal de Verdun), mars 178 1, t. LXIX, p. 206-208. Cf. décembre 1760, t. LXVIII, p. 42 6-43o. — Pareillement c^était sous forme de Lourdes que le comte de Bigorre venait recevoir fhommage du vicomte d*Asté , qui lui devait un épervier. ( B. de Lagrèie , Histoire du droit dans les Pyrénées, Paris . 1867, în-8% p. 355.) — Les deux dissertations De F Origine de rasage qmi a donné liea au dicton: attendez-moi sons l*obiie , par Dreux du Radier et Lebeuf, ont été réimprimées par Leber, dans sa Collection des meilleurs dissertations, notices et traités particuliers relatifs à Vhistoire de France, t. VIII , p. 446«4â3.
' Glossaire de la langue romane, L II , p. 2 1 2 , col. 2. — C*est ici le lieu de signaler un siège de pierre à Sigelesthom , dans Holdemes. Leland y avait lu cette inscription : «Hsc sedes lapidea ab Anglis dicebatur Fridstol, id est» pacis cathedra, ad quam reus fugiendo perveniens omnimodam pacis securitatem habebat. » ( Tke Itinerary oj John Leland the Antiquary, vol. VII , part i, Oxford , MDCCXi , in-8*, p. 124.)
^ Voyex ci -dessus, p. 8 et suiv.; le Glossaire de Du Cangc, t. V« p. 278, col. 2, art. Placita tenere; et loovrage de Grimm, Deutsche Rechts Àllerthûmer, p. 794-798 (Gericht un ter Bàamen), ,
si les dolmens n'étaient pas des pierres de ce genre. Ce qu il y a à la fois de certain et de remarquable, c^est que, dans nombre d'endroits, on rendait la justice sur une pierre*, et que fréquemment les monuments dits druidiques étaient associés avec des
^ Dans un acte passé à Crépy, le 26 janvier 1 53o , le maire de Bargny déclare qu il y a dans le village une pierre près d'un noyer, vis-à-vis le portail de Téglise , où les procès étaient poilés devant ses prédécesseurs. ( Histoire (le T Académie rttyàU des inscriptions et belles-lettres, t. XXI , p. 110. — Garlier, Histoire du duché de Valois, 1. 1, p. 75.) — A Saint-Dié , la juridiction particuliëre des terres du chapitre portait le nom de siège de la Pierre-Hardie, ( Piganiol, Nouvelle Ùescwiption de la France, t. Xlli , p. 479. — N. F. Gravier, Histoire de la viUe épiscopale et de C arrondissement de Saint-Dié, etc. Lpinal, mdgcxxxvi, in-8°, p. 3 a 8.) La pierre ainsi nommée était près de Téglise et ombragée par un orme , dont un tilleul a pris la place , sans faire oublier son prédécesseur. — Tout le monde connaît la fameuse table de marbre du Palais , mentionnée par Sauvid [Histoire et recherches des antiquités de la ville de Pearis, t. II , p. 3 1 1); mais il est fâcheux que ce compilateur n entre pas, à son sujet, dans autant de détails que Stephaoius^ annotant Saxon le grammairien , au commencement du livre I de son histoire , où il parle du couronnement des rois de Danemark et d*£cosse sur une pierre (cf. Ihre, Gloësarium sniogotkicnm , v* Mora thing, col. 908, sub voce Thing), et omette de faire remarquer qu'il y avait pareillement dans la grande salle du palais de Westminster une table de marbre, sur laquelle Cowell donne de curieux détails dans son Interpréter, etc. art. Lapis marmorius. — Pour en revenir à la table de marbre du Palais, nous signalerons l'article que M. Edouard Fournier lui a consacré dans l'Encyclopédie du xix* sikcle , sous le mot JUarhre (Table de). Il s'y trouve , d*ajprës les Études de M. Bonnardot sur Gilles Corrozet et sur Gillebert de Metz, une citation de la description de Paris au xiv* siècle, par celui-ci ,' qui se lit à la page 53 de l'édition que M. Le Roux de Lincy en a donnée en i85S. — * G*Mt à la table de marbre du Palais que les publications légales avaient lieu à son de trompe. (Jean de Troyes, Livre des faits advenus au temps de Louys XI, édit. du Panthéon littéraire , p. 293, col. 1, ann. iÂ7i>] Encore aujourd'hui, à Gourgé, département des Deux-Sèvres, les proclamations du maire se font sur une pierre â la porte deTéglise. On sait que, dans l'ancienne Rome ^ il y avait pareillement, au Forum, une pierre sur laquelle montait le criear public pour annoncer les enchères. Plante fait allusion à cette pierre quand il fait dire à l'un de ses personnages :
O stulte, stulte, nescis nuDc venire te:
Atque in eopse stas lapide ubi prœco prsdicat.
( Bacekides , IV, tu , 17.)
Voyez encore Érasme, Adag, chil. II, cent, x; et Grimm, Deutsche Rechts AUerthàmer, p. 80 2 -80 4. — Encore aujourd'hui, dans certains de nos ports, notamment à Saint- Aubin-sur-Mer (Galvados), les pécheurs apportent leur prise à une pierre, où se tient le crieur public qui la met aux enchères.
ormes. M. de Frémin ville, explorant le pays chartrain, rencontre un dolmen s^élevant entre de vieux ormes, et ailleurs un peulvan appelé la Pierre de VOrme, « borne milliaire très^ancienne^ à la vérité, ou une limite judiciaire ou seigneuriale ^. »
En Ecosse , les séances des cours de justice se tenaient fréquemment auprès des pierres levées. Dans un procès^ verbal dressé en i349 P^^ William, comte de Ross, justicier du royaume, cet officier déclare avoir comparu, avec une suite nombreuse, pour soutenir et prot^er en justice le patrimoine royal de Téglise d'Aberdeen, auprès de pierres levées de Rane en Gariocb, « apud stantes lapides de Râne en le Garuiach^. » En i38o, Alexander Stewart, lord de Badenach, lieutenant du roi, tint une cour «apud le stantes lapides de Ester Kyngucy in Badenach, » ou, comme on lit ailleurs, dans le même document, « de le Radie de Kyngucy estir'. » On tenait encore des cours et des assemblées de justice à une pierre sépulcrale sur la montagne de Conan, paroisse de Sainl-Vigeans (Forfarshire). En i254> un différend existant entre les moines d'Arbroath et le lord dePanmure se termina le jour de saint Alban le martyr « super Carnconnan^ » En 1875, Tabbé oblige John Lyon à payer, en échange de terres , « unam sectam curie nostre capitali apud Garnconan. » En 1^90, quand Alexander d'Ouchtirlowny recueillit lliéritage de son frère William, Tenquète fut faite par le bailli de la regality, c'est-à-dire des droits seigneuriaux, de Tabbé «apud Garnconane^» EnGn, dans les Orcades, c'était devenu tellement Thabitude de tenir les tribunaux de district à une pierre levée, que, dans divers documents du XV f siècle, court et stane étaient employés dans le même sens^.
^ Métnoire sur les monuments draidiqaes du 'pays chartrain, dans les Mémoires de la Société rojrale des antiquaires de France > t. II , p. 1 Sg , 177.
* Registrum episcopatas Aherdonemis , etc. Impressum Ëdinburgi, mdcggxl?» in-4*, vol. I, p. 79. — Sculptured Stones of Scotland, vol. II (Edioburgh , printed for the Spalding Club, 1867, in-folio], Âppendix to the Préface, p. xLi.
^ Begistrum episcopatas Moraviensis, etc. Ëdinburgi, m.dcgcxxxvii, in-4°» p. i83 , i84*
* LAber S. Thome deAberhrothoc, etc. pars I, Ëdinburgi, mdcccxlviii, in-À"*» p. 3 93,
* Ihid, pars li, Ëdinburgi, mdcgclyi, p. 37, 47.
* liiiseeUanjr ofthe Spalding Clah, vol. V, p. 399. Cf. Préface, p. 39. — Le
Comment, aprèa cela, partager Topinion de Lambarde au sujet de l'étymologie du nom de Folkestone (pierre du peuple) ^ au lieu de l'expliquer par Tusage qui vient d'être exposé? Mais revenons en France et aux expressions qui peuvent éclairer notre sujet.
La motte, qui était le symbole du pouvoir judiciaire et seigneurial , semble avoir donné naissance au terme du droit féodal moavance^^ bien que moite, pas plus que l'expression de la langue parlementaire motion, qui en vient ^, n'ait rien de conomun avec movere et meute, qui en est formé '^. Motte dérive, non de terra
docteur Stuart, après avoir rapporté ce qui précède, fait judicieusement observer quHl faut prendre garde d'en conclure que ces assemblées» tenues bien ailleurs qu'à des pierres levées, leur empruntassent la moindre signification. [Scnlpiwred Stoms ofScothmd, vol. II, Appendix to the Pre&ce, p. xu.) ^ À Perambalatiùn of Kent, etc. Cfaatbam , 1 8a 6 , in- 8', p. 1 5 1 .
* Il est juste cependant de faire observer que noire ancienne langue avait mouvoir dans le sens de tirer son origine, d^ avoir son commencement. Le sire de Joinville, décrivant k lieu où le sultan d'Egypte Touran-Schab campait sur le bord du Nii, dit : c Après la chambre le sondanc avoit un prael.. . . Du prael movoii une alée qui aloit au flum,» etc. {Recueil des htstorienâ des Cioules, etc. t. XX, p. 2hà, B. Cf. €kss. med. et inf. hu. t IV, p. 563, col. i, v** Movere,)
' Al bis motinge
Was fui of ^itsinge.
« Tout son discours était plein de cupidité. »
(La^omoM Brut, ete. éd. by Sir Frédéric Maddea ; Londoa, 1647, ia-a*« voU I, p. 179 , col. 1, T. a6.)
Amang al )>is moVyng, Dead iwarly )>e gode king.
« Et au milieu de ce discours , le bon roi mourut. »
[lUd. vol. II, p. ao6, col. a, v. i5. )
* On disait autrefois muete, et ce mot signifiait souvent voyage , expédition ,
d/part :
Le jor de lor muete uni empris.
(Benoit, C4rofiiigiu du dam de Normandie, t. I, p. 436, V. loaia. Cf. t. III, p. 3i4 et 8ag , col. 1 .)
Or est la chose porpaciée Et de la muete et de Talée.
(RuteLeuf, Da Souentain et de la Famé au chevalier, v. 317. — Œuvres eomplhtê», 1. 1 , p. 3i4.)
Voyez le Glossaire de Du Gange> au mot Mota, t. iV, p. 56 1 , col. 1 . — On pourrait croire que le cbâteau de la MueUe, au bois de Boulogne , n était, dans Torigine, qu un pavillon de chasse dans lequel on gardait la m£ate du roi , si des dires
mota, ainsi que le prélenti Fabbé de ta Rae^* après bien d^auties, ni da celtique, comme le croit M. Cbaries Girand^, mais de Tislandais mote, qui signiGe réunion, assemblée, comme Tangiosaxon gemole, qni perd sa première syllabe dans les composés. Ainsi, il y avait des scyresmot et des hurgemot, ou assemblées de comtés et de bonigs, et le tribunal où siégeaient les juges dans nie de Thanet, sor la côte méridionale de la Grande-Bretagne, s*appelait halmol ou halimot^; le cor, au son duquel s^ouvrait la cour du bnrgmote, à Canterbury, ou que Ton sonnait pour convoquer les motes des Cinque-Ports, s'appelait moihorn\ et la cloche employée pour réunir lesfolcmotes, ou ass^ublées du
anciens ne faisaient mention d'une autre Maette, celle de 1 abbaye de SatoirMartin, â Paris. L*abbé Lebeaf, Tayant rencontrée dans Tan de ces titres, de Tan 1 393, fat d*abord tenté de voir dans ce nom an synonyme de la Pissotte signalée par Sauva) ( Histoire et recherches des andqtûtés de la ville ée Paris, t. I, p. 67, 79); mais il renonça bien vite à cette explication pour adopter celle de totw, donnée dans le Glossaire de Du Gange, au mot Matta, t. IV» p. 565. edl. a et 3. (Voyez Histoire de la viUe et de tout le dio^àse de Paris, t. I, i** partie, Paris, MDCGLiv, in -8', c. IX, p. 3 13.) — En résumé, les textes accumulés dans le vaste répertoire que nous venons de citer, en même temps qu ils offrent des sens divers , semblent indiquer des étymologies différentes.
' Nouveaux Essais historiques sur la ville de Caen, etc. Gaen, mdcgcxlii, in-8*, t. 1, p. 395. *
' Essai sur l'histoire du droit français au^ moyen âge, Paris, i846, in-8*, 1. 1, p. 63.
* Chronica JV. Tkom, ap. Roger. Twysden, Historim AntjUcanœ Scriplores x, col. 1830, 1. 60. Gf. col. 1837, 1. 38. — Dans le glossaire qui termine le volume, William Somner, s*aidant de Sir Henry Spelman *.qu il cite , traduit halimolum par oonventtts aulm, « c*est-à^ire , ajoute- t-il , cour seigneuriale , du manoir ou du baron , dans les campagnes et juridictions ; » et il fait dériver ce mot du saxoa heal (angl. hall), salle, et de yemot, ou simplement mofj assemblée. Afieux vaudrait, ce me semble , rattacher halimot à healic gemot, employé par Elfric dans le sens de principalis conventus , panegyris , et recueilli par Bosworlh, v** Htalic, healig. Voyei, au reste, Cowell, The Interpréter, etc. ari. Haljmote aUas Healyemote,
^ John Gage Rokewode, Chronica Jocelini de Uralielonda, Londini, mocgxl, in-4*t p« i36, 137. Cf« Spelman, Glossariuin archaiologicum, etc. Londini, MDGLXiv, in«fol. p. 93, 336, 373, 43 3 1 v^ Burgemotus, Folhesmole, Haligemot, Afo(a;Gowell, The Interpréter, tic, v*' Fahnotam, Folcmote, Moot,Mùlt, fVoodmoie^ etc. ; du Gange, Gloss, med, et inj, lat. ,UY\, p. 465 , col. 1 et 3 , et p. 93 1 , co\, ^,yt^ SwanimQtum,Swanemotnm, etc.
peuple, est désignée sous le nom de mothel dans une loi attribuée à Edward le Confesseur^. Enfin dans le comté de Derby, on appelle barmote ou bergmote un tribunal spécial qui siège sur une montagne et où se décident les disputes entre mineurs^; et dans le pays de Galles le terme commote est usité pour désigner une partie d^un comté, ce qu*en France nous appellerions un canton'. On lit dans le Brut de La^amon , paraphrase du Brut de Wace :
Aile l'a Bruttes Bujen to |>an mote, ' t Tous les Bretons vinrent à rassemblée. »
[La^amont Bral, voL II, p. ii3, col. i, v. 19 et 30.)
)e beodh mine men aile , ^a beodh a )>isse mote, c Vous êtes tous mes hommes , <{ui êtes dans cette assemblée. »
[Ibid, vol. III , p. 37 1 , col. 1, V. 1 3 et 1 3.)
'' Gloss. arch,3 p* âaa , v** MotheL — AncieiU Laws atid Institates oj England. Printed by Gommand of His late Majesty King William IV, i8ào , in > fol. p. 233 {Leyes régis Henrici î, c. tu, S 4 ). — A la page 268, l'éditeur Benjamin Thorpe fait remarquer que Tarticle qui ordonne de convoquer deux fois par an rassemblée du comté et celle du bourg est emprunté à une prétendue loi d^Ëdward le Confesseur qu il n*a pas insérée dans sa collection, mais qu'il croit devoir rapporter en note. Houard en a fait autant dans la dissertation préliminaire par laquelle s'ouvrent ses Traiiés sur les contâmes angtih-normandes , etc. Paris, mdcclxxvi, in-4^ (Voyez t. I, p. 176 et 179, Col. 1 et 2.) En trois endroits on Vit Jolcmore, ce qui est une faute du copiste ou de Timprimeur.
* Gowell, The Interpréter^ etc. v*' Bergmayster, Bergkmoth, or Bergmote, — Hal- Uwell, A Dictionaiy oJ arcKaic and provincial fVords, etc. London, mdcccxlv, in-$*, vol. I, V** Barmote et Bergmote, — Il ne faut point oublier qu'en allemand Bergmaim, comme en flamand Bergtoerker, signifie minewr, et qu'au moyen âge les mineurs venaient ^ncipalement d'Allemagne ou des Pays-Bas. Encore sous Éiizabetb , un certain Corneille de Voss , dont le nom indique la patrie , ou du moins l'origine, obtenait de cette princesse le privilège d'exploiter plusieurs mines de fer, peu d'Anglais, à cette époque, sachant extraire et préparer le minerai. (Voyez Pennant, A Toar in fVales, London, mdcclxxmv, in-A*, vol. I, p. 80 ; et Van Bruyssel , Histoire du commerce et de la marine en Belgique, etc., t. III, Bruxelles, i865, in-8% p. 62.)
^ Voyez Cowell, The Interpréter, etc., art. Commote; Du Gange, Gloss, med, et inf. laiinit., t. II , p. 48 1 , col. 3 , art. Commotam, Comatam; Giraud , Bévue de législation, etc., t. XVII, p. 3i5 [De lUsement de Mote)\ et, encore mieux, Ancient Laws and Institates of fVaUs, etc. London, mocgcxli, in-folio ^ p. 974, col. 1, et p. 998, coi. a, aux mots Commotus et Cymwd,
L'un des rimeurs du cyde populaire de Robin Hood , représentant un moine qui se rend à Londres pour assister à une assemblée de son ordre, emploie le même mot :
The monlie was going to London ward, There to hoide grete motfi.
{A LytUl GuU oJRohyn Hode, the iTth fyUe» st. 49.)
Dans la traduction du second des deux passages de La)amon, réditeur, après avoir écrit meeting, ajoute entre crochets hall (salle), comme si ce mot rendait mieux la pensée de Fauteur. Il est certain qu'en vieil anglais mote avait souvent le sens de bâtiment, de domicile, de logis :
I hoped )>at mole merked wore.
( The Pearl, 1. 1 Aa ; dans Eariy EngUsh alUierative Poemt, tu ike Wési'Midiand Dialect of ihe JonHeoUk Ceniwy, London , MDCccLxiy, m-8% p. 5.)
New tech me to |>at myry mote.
{Ibid. 1. 935. [Ibid, p. a8.] Cf. 1. 936, 947, 9^8.)
I wyst wel when I hade worded quat-ao^uer I cew]>e , To maoace alie ^ïse mody men Imt in ]ns mote dowdle) . . .
{PatieHee, ï. Asi. ibùL p. loA.)
Nade he sayned hym-sdf , segge , bot prye , Er he watj war in 'j^e wod of a won in a mote, Abof a launde , on a lawe. . .
{Syr Gawayneand ihe Grene Kny^t, ▼. 763. Syr Gawayne, etc. éd. by Sir Frédéric Madden; London, mdccczxxix , in-&°, p. 29.)
Her 18 « oMyiiy in jfis mote, {wt on menske |>eidLke).
{Ibid, r. aoSa* ibîd. p. 76.)
U nous semble superflu de multiplier les citations pour appuyer les deux sens de mote en ancien anglais ^; mais il ne saurait être oiseux de mentionner l'existence de ce terme dans le dialecte écossais, et de signaler, à cette occasion, leMoot ou Mute ftiHdePerth, ou plutôt de Scone; « Montem placiti in villa de Scona, » conuneil est dit dans les lois de Malcolmll (c. i, S 2 ]. D'autres noms de lieux,
^ Voyez encore v. 635 et 9 10 , p. a 5 et 35 , et Richard Rolie de Hampole , Tk$ Priçke of Conscience , p. a 39, i. 8903.
teb que Kelly-Law, North-fierwick-Law , près d'EdiDbuigh\ doivent à leur configuration leur dernière syllabe, mot par lequel se termine le premier des passages rapportés plus haut^ et qui est resté en usage comme synonyme de hill (colline). Frappé de la ressemblance de law avec le mot anglais qui signifie /oi>'Jamieson attribue à mote et à law une origine cominune, l'administration de la justice dans des assemblées populaires, ou par tourbes , comme on disait autrefois^, sans remarquer que Tanglo-saxon avait hldw avec la signification de monticule^, qu'en mœso-gotbique hlaiv existait déjà avec le sens de tombeau, qui se concilie parfaitement avec celui de tumulas, d*agger, de refagiam, que lui accorde Jacob Grimm, mais nullement avec le vit<^ employé par Ulfilas pour rendre le grec v6(ios^.
^ Nous en pourrions citer bien d*autres , par exemple Eamslaw . nommé dans ce couplet d^une gracieuse chanson écossaise :
Tfaere't braw lads in Eamtlaw, Marioo,
Wha gape , and glower wi* tbeir e*e , At kîrk when they aee my Maiîon;
Bat nane o* tbem k>*« like me.
* Cf. V. a 1 7 1 , 3 175, etc. ^- On lit ailleurs :
{>e lede) of |)at lyttd toun wem lopen eut for drede, In-to ]>at malscrande mère, marred bylyue, {>at no}t saned wat} bot Segor )iat sat on a lawê , Pt ]«e lede) ^er-in , Loth and bis de^ter, etc.
(GIm«mw« L 990 { danâ £«rfy Jb^IûA aUUêtxiliv i^»t, «te., p. 67.)
' GloM. mfd. et inf. httinitatis, v" Turha, n* s ; t VI, p. 700, col. 1.
^ Voyef Codex diplomadcus tm Saxonici, opéra Jobannis M. Kemble. t. Ilf , Londini, MDCccuy, în-S**, préface, p. zxxi. — L'éditeur signale Cuclcamslow comme étant probablement le tumulus le plus élevé de la Grande-Bretagne : on sait quau xi* siècle, c'était le siège d'un tribunal de comté, l'un de ceux dont il nous reste des actes très-importants. ( Voyes Notices of Heathen Interment in tht Codex dipiomaticus , dans The ArchaeologicalJonrnal, vol. XIV. p. i3i. Cf. D' Jobn Stuart, Sculptwred Stones ofScotlands vol. II, App. to tbe Préface, p. zxu.)
* Ulfilas, Veteris et Novi Testamenti versionis gothicm Fragmenta qum supersunt, éd. H. C. de Gabelentz et D^ J. Loebe, vol. II, pars 1; Lipsis, i8d3, in-4*, p. 63, col. 3, et p. 190, col. 1. — Jacob Grimm, DeaUche Grammatih, zweiter Tbeil, Gôttingen, 18a 6, in-8% p. A6a. — IX Lorenz Diefenbacb, Lexicon cornparativum Ungnaram Indogermanicaram , etc. Frankfurt am Main, i85i, in-8*, vol. H, p. 56 1. n* 61.
A des époques postérieures, le terme de maia se renoontre quemment dans les chartes catalanes et romanes du xd* siècle, et dans les écrivains latins du moyen âge, avec des significations divarses, dont la plus commune est coBine factice» destinée à recevoir un ouvrage fortifié ^. Or, en vieil aillais, en danoiset en
' Voyez ane charte de 1 1 84 «Uns le Marea H uptmiem, coL 1 378, n* gcccluiz ; et snrtoat le Glossaire de Da Gange, art. Mota (édit. m-4*, t. IV, p. 56o]. Anx textes dtrs dans ce précieux recneîl on peut ajooter: 1* nne note de certaines redevances féodales dues an comte de Tonloose, à nûson de ta seignenrie de Villemur, avant 1 300. • por sot horti , e pds cazals, e por la mota, e por las aotns onors de la mota • (Alexandre Teolet, LajetUt da Trésor des Chartes, 1. 1, p. 3i3, col. 2 , n* 543 ) ; 3* trois mandements rapportés dans les Rôles gascons : le premier rdatif à nn ouvrage projeté pour l'île de Ré; le second à Fachëvement dTnne tourelle commencée sur la motte de Nottingham , et le troîsi^e à une citerne à construire sur la motte de Windsor pour y recuefllir les eaux pluviales. [Botali fVasconiœ, 37 Heu. III, membr. i, in dorso. — Patentes Litterœfactm ia WaseonuLs 37 Hen. III , membr. 8.) — Gilons encore un passage intéressant d^nne ancienne cbanson de geste. Ferrans
Droit à rentrée, par dda j. vawsel, Treave .1. manoir : B*i ot tor ne diastd; Dcfor la mote n*avoit c'im seul quand.
Fones i ot qui sont fiât de Bonvd. . .
Une pncdle séoit sooz un aabel.
Devant la porte, droit an pié d*iui poncd.
(Gmjiom, p. 119, t. 3917.)
On lit dans un hommage au roi par Jean de Gonstores , baron de Sarasmet . en la sénéchaussée des Lannes , au siège de Saint-Sever : « IVemièrement ung petit chasteau, lequel est assix en hault lieu sur une mothe deffensaide, environné de fonssés et de murailles ruyneuses anciennes , où il y a canonieres , incanes et autres deffenees par devant et par Tun ooosté, aveoques ung pourtal 6t ung pont levant du oousté devant, et y a sales, chambres, une vit, cave et cfaay.» (Archives départementales de la Gironde, E, Terriers, n* i48, Pierre Gastaigne , notaire.) — Dans une ancienne chanson de geste , un personnage s'exprime ainsi :
Quant je ving chà à vous, par Campengne passai ; Une numtaigne raide que sns destre trouvai , Pour cbon que point n*aî terre, forment la convoitai. - 5e me donnes la mole, .1. eastd i ferai:
Hanlcleaffle aura nom , ainsi esgardé Fai.
{Gamfrtj, p. i5i, v. 6099.)
Le texte imprimé porte monte; mais il est évident que c'est une faute.
allemand, holm,'on holme veut dire coteau, monticule, colline^; ce mot importé du Nord dans notre pays est resté dans la nomenclature géographique de la Normandie ^, et Ton ne peut qu'être frappé de la ressemblance matérielle de holm avec ulmus, en dépit de
* Ihre, Glossariwn Suiofjothicum, etc. Upsalias, anno mdcclxix, in -fol. t. I, col.- 8g4 , v"* Holme. — Glossarium média ft infima latînitatis, t. III, p. 7)8, col. 1 . — On lit dans Lajamon :
And Gdgrioi and Baldnlf Mid him ibo^en weoren Into ban haie wnde.
In to y»an hœje holnu,
« Et Colgrim et Baldulf avec lui étaient partis dans le bois élevé , sur la haute colline. *
[La^amonê Btut, vol* II , p. 445 1 col. i, v. 19.)
He ulih to )»an hoJme, .
And bis hol isechedh.
« Il s*enfuit au rocher escarpé , et cherche son terrier. »
{ïhîd, p. 45« , col. 1, V. 6.)
William Lambarde (il Peramhahition of Kent, etc. Chatbam, 1826, in-8*, p. 468, ^69) traduit kolme par colline boisée : c Holmes Dale, that is to say tbe Dale between tbe wodJie billes. ■ (Cf. Cowell, The Interpréter, etc., sah voce,) Qe lexicographe cite une charte relative au prieuré de Canons Asbly, rapportée dans le Monasiicon Anglicanum (vol. II, p. 293 , col. ^, lig. iS); il eût aussi bien pu renvoyer au volume III 9 p. 16 , col. 1, lig. 45 , et p. 269, col. 2 , lig. 43. — En écossais, hohn ou holme est un mot fort usité, surtout en poésie, pour désigner les bords d'une rivière ou d'un ruisseau qui coule à niveau , sens emprunté à Tanglo-saxon (voyez le Dictionnaire de Boswortb, au mot Holm) :
Can ye loe the burn lassie that loups amang lions , Or the honnie green holms whar it cannily rins.
Holme an kycht signifie montagne et vallée. En outre, Jamieson (An Etjmological Dictionary ofthe Scoitish Language, etc., vol. I, v'* Holme, Howm) donne holme avec le sens de petite de inhabitée, à' ilôt, de rocher environné par la mer. La situation de Durham (lat. Danelmum) sur un roc entouré presque entièrement par la rivière Wear peut être invoquée comme preuve justificative de cette dernière acception. Ajoutons qu'il est fait mention dans Madox [History and Antiquities oftite Exchequer, etc. , p. 1 46 , note d) d'un pré appelé Holm, et, plus loin, d*uoe abbaye de Halmo, nommée abbatia de Holm dans la Chronique de Brompton. [G[. Alaredi Beverlacensis Annales , etc., éd. Th. Heamio. Oxonii, udgcxVi, in-8% lib. VII, p. 107, et lib. IX, p. i4i.)
* Histoire et glossaire da normand , de Vanglaii et de la langue française , etc., par Edouard le Héricher; Paris et Avranches [1862], in-8^ t. III, p. 47-5 1, art. Homme, Hou, Hoagae, Hogue, Heague.
Taspiration qai caractérise le mot teutonique^. Nous en concluons que ce mot aussi bien que moUe furent apportés dans nos contrées par les Normands qui s'établirent en Neustrie au n* siècle, à moins que Ton n'aime mieux faire honneur de cette importation aux pirates danois et norwégiens qui, au yui* et au x' siècle, s'emparèrent d'une grande partie de l'Ecosse, de llrlande et de certains cantons de l'Angleterre. Sans doute il ne manque pas en Normandie de vestiges d'anciennes mottes, et de localités qui ont retenu ce nom^; mais il y en a peut-être
^ Cette ressemblance est encore pius frappante dans le nord de l'Angieterre, où holm et aam, mot usité à la place d*eln, se prononcent de même, à l'aspiration près. (Voyez William Holloway, A General Dictlonaiy of Provincialisms , etc. Sussex Press, i838, p. 5, col. i,art. Aam,) — Dans un dénombrement en faveur de noble homme Gaston Gassies , écuyer, seigneur de la Tour de la Tresne , et d'Anne de Ségur, damoiselle , sa femme , il est fait mention de terres k Floirac • en la palu de l'ome,! et cen grabas de Bourdeaus, au loc aperat à Saint-Laurens, alias à VOme mort. ■ (Terrier pour le seigneur de Gassies et autres, dressé en 1 5 1 a , par Duplantier, notaire , dans l'Entre-deux-Mers ; archives du département de la Gironde, série £.) Je ne fais pas le moindre doute que orne ne soit là pour orme, surtout quand je vois , pour n en citer qu'un seul exemple, que IV de horne ne se prononçait pas. (Dictionnaire de la langue française, etc. par £. Litlré, 1. 1 , p. 3i6 , col. 3 , art. Borne. — Glosjudre et index delà ChansondeRolanâséâiX, de 1887, p. 1 95 , col. 1 . — Estahlissement des mestiers de la ville de Paris, mss. de la Bibl. imp. Fr. 1 1709, folio 7 recto, et Sorb. 35o, folio 4 recto, col. i.) M. Ernest Gaullieur nous informe qu'il existait à Bordeaux, déjà au xiv* siècle, mais peut-être antérieurement, une voie appelée rae de VOrme ou de ÏOme de Papon, D*aprës l'abbé Baurein, celle devoit son nom à un ormeau qui y avoit été planté; on la désigna plus tard sous le nom de rue Maucaillau. » On lisait dans une liéve de i356 : cBIancha de Ornone débet pro domo Comalerie, que est loco vocato Mauealkaa, ante locum vocatum à l'Orne de Papon, » (Baurein, Recherches concernani la viUe de Bordeaux, folios 87 et 88; arch. de la mairie.) Dans la copie du terrier de la ville dressé sous Henri II , copie qui se trouve aux archives départe* mentales de la Gironde, sous le n** 1676 du répertoire de Tlntendance, il est question, au folio 111, d'une maison située rue Clare dwaot roaroie et, plus loin, Y(Hmede Papon. C'est dans la rue Giare que les jurais achetèrent uûe mai* son pour y loger le bourreau. D'après le passage ci-dessus , l'ormeau existait encore en i 553.
* c Ghasteaux et forteresces de Vemon et de la mote de Monceaux. ■ (Reg. du Trésor des Chartes , JJ. 1 1 4 « fol. 3 1 ^^ ch. Lxxin , an. D. 1 378.) — Voyes Mémoire sur la motte du Pougard, arrondissement de Dieppe^ etc. par S. B. J. Noël, dans
encore davantage en Angleterre , à en juger par le grand nombre de maisons fortes, ou moais^, que présente le seul comté de Kent'. Pour ce qui est des mottes disséminées dans Tancienne Guyenne, on peut y voir une importation anglaise '.
les Mémoires de l'Académie celtique, t. IV, p. 33 i-aA i ; — Cours ^andquités monumentales, professé en 1 83o , par M. de Gaamont » etc. 5* partie , Paris, 1 835 , in-S", p. 73 » 77, 78 ; Abécédaire ou rudiment d'archéologie, etc. par le même , Paris , 1 853 , in•8^ p. 393, etc. •— • Wace représente un baron normand du xi* siècle près de son manoir :
Hubert de Rie ert à sa porte Entre li mostier e sa mate,
{Lt Bomam de Rou .t. II , p. a3 , v. S646.)
Sans vouloir critiquer l'explication donnée par l'éditeur» nous ferons remarquer que le meilleur commentaire du mot qui termine ce passage se trouve dans le traité De Utensilibus d'un conteinporain de Wace » Aleiander Neckam. (Th. Wright» A Volume of Vocahularies , privately printed MDCCCLvn, grand in-8*, p. io3.) — Dans les Olim, etc. t. III, part, i, p. 81 , mota est rendu par fortîs domas,
' Plus ordinairement nos vobins entendent par moat le fossé plein d'eau qui entourait un cbftteau ou une maison forte :
His castle M was strongly buîlt and wdl defended then , With drawbridge» moat, and portcullis, and true aodstalwart meo. . .
( Th$ Old SeoUiêk O^Hthman , •!. 1 1 . )
Après avoir donné la définition ci-dessus , William Somner attribue pour racine à mota notre adjectif moite, tout en proposant , en même temps , le verbe grec Iiv3é», (Glœs, ad Hist. Anglic, Script, z.) — Nous avions autrefois mutte dans un sens qui peut bien avoir été le même. On lit dans un ancien compte publié en partie par Satival : • A Simon et Jehan Damours, pionniers, pour le salaire d'eux et de dix autres personnes, avec deux porteurs d'yaue, pour faire hastivement deux mitlfef neuves en l'isle Nostre-Dame pour les arbaleslriers , et réparer deux itùtres muîtes en ladite isle pour les archiers , par quittance donnée le dimanche 33* jour de juin i37f,» etc. [Histoire et recherchés des antiquités de la ville de Portfjt. III, p. 135.)
* Account oftke Mole, Ightham, Kent. (The Gentleman s Magatine,FtihniUTy 1837, p. i53-i56.]
' Voyez Notice sur les monuments de Vépoque gauloise et en particulier sur les tumalusdu département de la Gironde, par M. F. Jouannet {Académie royale des sciences , belles-lettres et arts de Bordeaux: séance publique du 1 6 juin 1839, p.i 87- SI 1 ; voyez surtout p. 1 g ) ; et Notice sur les ruines d'anciens monuments miUlaires situés sur les rives de la Jolie de Saint-Médard, prh Bordeaux, par M. G. J. Durand, dans le Recueil des Actes de l'Académie de cette ville, cahier de i85i,
C'est donc sur une fausse étymologie qu'est dérivé l'usage ancien de prendre un orme comme symbole de la puissance seigneuriale. Les honmies du Nord n'avaient apporté avec eux dans la Grande-Bretagne et en Normandie sans doute rien d'essentiel à la civilisation; M. Littré l'a dit ^, et il faut Ten croire; mais ils avaient conservé dans leurs émigrations une de leurs institutions nationales, le thing ou ihingvalla, lieu d'assemblée législative et cour de justice pareils au mahal des anciens Francs ^, qui parait avoir été la même chose, si l'on considère l'un des dérivés du mot germanique mallobergiam^. En effet, au sein du ihingvalla, qui était dans un champ fermé, il y avait un tertre artificiel, appelé lôgherg, ou coU
* Journal des Savants, octobre i863, p. 63(). Cf. Recherches sur les traces des honunes du Nord dans la Normandie, par M. Adam Fabricius, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie,- 3* série , volume II , XXII* de la collection , décembre i856, p. i-io. — S*il faut en croire le R. P. Arthur Martin, la grande épopée finnoise connue sous le nom de Kalewala a fourni le sujet de deux chapitaux du prieuré de Cunault-sur-Loire. (Voyez Mémoires de la Société intpériale des antiquaires de France , 3* série, t. II, p. 263-3o4.]
* Voyez la description du thingvalla par le docteur G. W. Dasent, dans The Storyo/BunU Njàl, vol. I , p. cxxv-cuxix. — N'oublions pas non plus la légende du Vulcain Scandinave, venue du Nord avec les envahisseurs , et dont nous avons recueilli toutes les traces qu'elle a laissées dans notre ancienne littérature ((V!aiu2 le Forgeron, etc. Paris, HDCCCXxxin, in-8*) , ni le souvenir de Wygar, Thabile armurier mentionné par Lajamon comme ayant fabriipié la cuirasse d*Ârthur. (La- )amons Brut, vol. II, p. 463 , 1. 1 3.)
^ Glossarium mediœ et injimm latinitatis, t. IV, p. 201, col 1, sub v^ Maiberr gium, MaUohergium, MallAorgium, et p. 308, col. 1, v" Mallum, Mallus. '— Du mot de sale et, par occasion, des loix et des terres saUqaes, xvu* dissertation de Du Gange. [Ihid. t. VII, p. 69, col. 1.) — De la langue des gloses malhergiques , dans les Mélanges archéologiques et littéraires de M. Edelestand du Méril, Paris, i85o, in-8*, p. aà , aS. — Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état, région du nord, t. I, p. 7. — Dans un autre endroit du Glossaire de Du Gange, t. IV, p. 189, col. 3 , on trouve, sous le mot Mail, un article qui est loin d*étre satisfaisant. Nous ne le referons pas ; nous nous bornerons à signaler la filiation de ce mot, issu du gothique ma^l, par lequel Ulfiias rend dyopdy ou de mail qu'il emploie pour traduire ^ut/«, et dans le nombre des mails si communs autrafois en France , celui de Grignan , ombragé de vieux ormeaux. ( Note à la lettre de M"* de Sévigné du 38 juin 1 67 1; édit. de M. Ad. Régnier, t. II , p. a58.) Il y avait aussi dans l'ancien duché de Valois , un château de Mall-en-Multîen , situé au-dessus de Gêvres , à quatre grandes lieues sud-est de Nanteuil, c Le
Une des lois ^ C'était une élévation conique avec des terrasses aatour, sur lesquelles les chefs, les piètres et le peuple prenaient place suivant leur rang. On retrouve encore de pareils monticules en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et dans Tile de Man, sous le nom de thingwalla, de tinwald ou de thing mote^y aussi bien que Tusage de tenir audience sur une élévation de terrain ^. Or mote, ne crai-
nom de Mail, dit Carlier, lui est venu de ce que nos premiers rois tenoient les assemblées du champ de mars dans la place d'armes de ce château. ■ ( Histoire da dachéde Valois, 1. 1 , p. 76.) — L*abbé Lebeuf fait la même remarque à propos du obàteau de May ou Mail , situé sur le territoire d*Argenteuii , vers le nord. (Voyez Y Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, t. IV, p. 2 , 65 et 66.)
^ Dans un ouvrage de la fin du x* siëcle, le Niais-Saga, il est fréquemment fait mention de lôgberg, nom commun en Islande. (Nials^Saya, etc. Haunis,anno MDCGCix, in-4% p. 26, 69, 171, l'jky 227, 229, 365, 366, 4ii> 5oa, 529, not, 6, etc. — The Story of Bvarnt Njal, etc. by George Webbe Dasent, Edinburgh, 1861^ in-8*, vol. 1, p. Lxxxvni, cxxviii, cxaix, gxxxvi, cxlv, gxlvi, CLxi; t. II, p. 71, 78, i45, i52, 228, 235-238, 244« 245, 261-263, 279.] — ^ On lit dans le titre V, section III, du Grégàs, ancien code islandais, sous te titre d' Um lôghergisgattngu (c De Tapproche à la roche du jugement t] : t Ver scolom «fara til lôgbergs a morgin oc fsra donia ut til hru{>ningar, svait si{>arsta, at sol «se a giahamri enum vestra or lôgsôgumannz rumi til at sia a lôgbergi. • Cest-àdire : «Allons demain à la roche du jugement, et de là portons une sentence de condamnation à l'heure avancée du jour où .le soleil , tournant de la demeure du gardien des lois .vers la roche du jugement, semble s'arrêter sur la partie occidentale de Tabîme. t {Hin Forna Lôghék Islendinga sem nfjnist GnÂGÂS, Hanniae, 1829. in-i^ t. I, p. 26.) Et ailleurs, dans le Kristni-Saga , c. iv (Kristni-Saga , site Historia religionis christianœ in Islandicun introdactœ, etc. Hafnise, 1773, in-S**. p. 2 1 ) : c Peir Fridrekr Biskup oc Porvalldr foro til ]>ing8 , oc bad Biscop « Porvalld teiia tru fyrer mônnum at Lôgbergi, 3 C'est-à-dire : «L*évêquc Frédéric et Thorvalld étant partis pour les assemblées générales , celui-ci pria le premier de prêcher en sa présence la religion chrétienne au peuple sur le Lôgberg. » (Cf. cap. xi, p. 88-91; Jamieson , An Elyiuological Dictionary ofthe Scottish Language, vol. II, s* Lato; Grimm, Deutsche Ueckts Alterlhànter, p. 800-802; et surtout A. Geffroy, L'Islande avant le Christianisme, â'aprh le Gràgàs et les Sagas , parmi les Mémoires présentés pur divers savants à r Académie des inscriptions et belles-lettres de tlnstitat impérial de France, T* séné, t. VI, i864, p. 362.)
^ Chalmers, Caledonia, elc. book III, ch. x, vol. I, p. 468-471. — Boswell , The Journal ofa Tour to the Hébrides, etc. London, mdcclxxxv, in-8*, p. 290.
^ Nous avons vu tout à l'heure le tribunal de barmote; nous pouvons citer encore celui qui , sous titre de lauless court , tenait ses séances sur la colline appelée K'ngshill, à Rochford, dans le comté d'Essex. A en juger par une citation donnée
gnons pas de le répéter, est un mot teutonique qui signifie assemhlée de représentants, et ce mot n'a point cessé d'être usité en Danemark et dans le Nord, où le parlement est appelé Folk mote. C'est presque un synonyme de ihing, resté dans l'écossais^, et qui entre dans la composition de l'anglais hustings^;car en Norwége le corps législatif porte le nom de stor thing, et dans les Orcades, qui, comme on sait, ont longtemps été une dépendance de ce royaume,
hreppamot (assemblée de tribu) est synonyme de vard-thing. Avec
par Coweil (Tke Inierprekr, etc., v** Lawless Court) , cette cour n était pas sérieuse, mais appartenait à la même catégorie que notre ancienne basoche.
* Jamieson , après avoir donné ia définition de thingi > « qui , dit-il , a donné naissance à l'expression thing voU'r* (plaine de rassemblée; 'Ji}ingvôUr in EriMlMrSa^a, cap. XI , p. 86 ) , cite pour exemple Dingwall , dans le comté de Ross, et Tingwall , dans les îles Shetland, comme tirant leur nom de ce mot, et il ajoute que la seconde de ces deux pai'oisses est ainsi nommée à cause d'une petite île dans le lac de Tingwall, où se trouvaient ordinairement les tribunaux appelés lawiiny. — Pour ce qui concerne Tîle de Mao , voyez, au chapitre y de Peveril du Pic, le récit du jugement et de Texéculion du capitaine Christian, et la noie de sir Walter Scot à ce passage. (Cf. Coweil, The Interpréter, etc., v" Tlnewald: Francis Palgrave, The Bise and Progrets of the Enylish Commonwealth, etc. part, i, London, MDCCcxxxii, in-4% vol. I, chap. m, p. 122 , et chap. iv, p. iSg; et Worsaae, An Account of the Danes and Nonvegians in England, Scolland and Ircland : London , i852 , in-8*, p. 1 58, 294-296.) — On lit dans un manuscrit du milieu du siècle dernier, époque à laquelle le duc d'Àihol avait succédé aux comtea de Derby à la couronne de Tîle de Man : aOur douglitfull and gracious lord, thîs is the cons- « titution of old time,thewlii( hwe bave given in our dai(>s,how yesbudbe govem'd « on the Tinwald day. First you shall come ihither in tbe royal array, as a king coaght to do, by the prérogatives and royalties of the land of Man; and upon the « Hill of Tinwald, sitt in a cbair cover d wilh a royal iloath and cushions, and the «visage into the East, and the sword before you holden wilh the point upwards^ «> your barrons in the ihird dej^ree, • etc. C'est-à-dire : « Notre redouté et gracieux seigneur, ceci est la constitution du temps passé que nous avons renouvelée pour vous gouverner le jour du Tinwald. D'abord vous y viendrez en costume royal , comme un roi doit le faire par les prérogatives et les droits de la terre de Man; et sur la colline de Tinwald vous vous asseicrez sur un siège couvert de drap d'or et de coussins, et le visage tourné à l'Orient et l'épée tenue devant vous la pointe en haut , vos barons sur le troisième degrés • etc. ( Tbe supposed truc Chronicle of the Isle ofMan , coppy'd out of the original.)
* fiHustings, H as lin g u m , der'iwd froni hus, domus, et ihing, causa, is as much as donuis causarum. » (Coweil , The Interpréter, etc. sub voce.)
ces mots, les habitants de ces iles avaient ward hill, ou wart hill, par lequel ils désignaient Téminence sur laquelle on allumait le feu destiné à signaler rapproche du danger, et où s assemblait le ward-thing^. De là suremeùt le nom de Warilaw, que porte une colline située dans la paroisse de Caerlaverock et qui montre encore les traces d'une forteresse bretonne circulaire et d'un camp romain^.
Cette habitude d'élever des tertres de terre pour rendre la justice s'est conservée dans les temps féodaux, par l'usage où Ton était d'édifier, dans les cours des châteaux, des buttes semblables, où peut-être se tenait la mole; et, plus sûrement, c'est de là qu'est venu le vieux terme français par lequel on désignait ces monticules artificiels, symboles de la puissance féodale, au pied desquels on rendait la justice, et où se faisaient aussi les exécutions'. Ce qui expliquerait le nom de monjoie, dont on n'a pas encore éclairci l'origine* et qui leur a peut-être été donné par ironie.
^ David Balfour, of Balfour and Trcnaby, Odal Rights and feadal Wrongs : a MemorialJ'or Orkney, Edinbiirgh, mdccclx, in-8", p. 18 et 1 19. — Page 16, l'auteur désigne le Thingholm dans Tingwall-vatn comme l'un des endroits où se tenaient les assemblées solennelles des Shellandais : il n'y a point à douter que ce ne soit cette petite île dont nous avons fait mention , d'après Jamieson, dans l'une des notes précédentes. Ajoutons que près de Dingwall , dans le Rosshire , il y a une colline appelée Cuoc-Riamhaich (la belle colline), dont le sommet est entouré d'une ligne de circonvallation , et non loin de là on rencontre des pierres marquées en creux. Il est à supposer que c'était là le siège d'un ancien Tingvalla.
* Cbalmers, Odedonia, book I, chap. 11, vol. I, p. 88, 89.
^ A Londres, Teiécutioa des prisonniers d'État avait lieu dans l'intérieur de la Tour, sur une éminence appelée Tower- Hill; et à Slirling il y avait pareillement une butte artificielle affectée a la même destination, qui portait le nom de Heiding'Hill, Voyez la ballade écossaise intitulée Young Walers, et la note dont l'évéque Percy l'a accompagnée. — Dans ie Roman de Raoul de Cambrai, un roi ayant appelé sou prévôt, lui dit, au couplet 320 , p. 3io :
Fai-me une forche sor cel tertre lever.
Ce pautonier maintenant me pendes.
* Voyez la x\* dissertation de Du Gange sur l'Histoire de saint Louis (Da crjr d'armes) ^ le glossaire français placé à la suite de celui de la basse latinité, t. VTI, p. ^9, 5o «1 238, col. 2 , et l'index de la Chanson de Roland, édit. de 1837, p. 1 97, col. i .
Ces monticules ayant été dans l'origine connus sous le nom de holm et de bonne heure ombragés par un arbre , espèce de dais commandé par la situation ^, on ne crut pouvoir mieux faire, après avoir affecté Tonne à cet emploi, que de l'associer à toutes les œuvres de justice ; et c'est de là , comme nous l'avons vu , que sont venues les expressions de j âge dessous Vorme, d'avocat dessous l'orme. Quant à cette autre : Attendez-moi soas Forme, si elle date d'aussi loin, ce qui est douteux pour nous, n'en ayant encore trouvé aucune trace avant le xvii* siècle , elle reçut vraisemblablement une nouvelle vie d'un fait qui eut lieu à cette époque.
Le dictionnaire de l'Académie , auquel on ne saurait trop souvent recourir, nous apprend que l'on voit encore de vieux ormes que Sully fit planter dans les villages, et qu'on appelle de son nom. Mais quel est ce nom? Tallemant des Réaux va nous répondre : « 11 étoit si haï, dit-il du ministre de Henri IV, que par plaisir on coupoît les ormes qu'il avoit fait mettre sur les grands chemins pour les orner. « C'est unRosny, disoient-ils, faisons-en un Biron, » par allusion au supplice du maréchal de Biron, décapité le 3 1 juillet i6o2. Tallemant ajoute: «Il avoit proposé au roi, qui aimoit les établissements, d'obliger les particuliers à mettre des arbres le long des chemins ; et comme il vit que cela ne réussissoit
* Canciani (Leges barbarorani anùqaœ , etc. t. III, p. 87) a donné la représentation de Tun de ces monticules situe à Figaroio, sur le Pô, en Vénétie; malheureusement il a négligé d*indiquer Tessence de Tarbre unique qui le surmonte.
Nous ne saurions terminer cette partie de nos recherches sans mentionner les observations du jurisconsulte beige Raepsaet, concernant Tliabitude des peuples germaniques, qui avaient, pour la justice rendue en plein air, une prédilection marquée, déjà signalée par J.-J. Sorber (Cotnmfntatio de comitiis veterum Gcrmanoruni antiqais, etc. Francofurti cl Lipsias, A. O. R. M Dcc xlviiii, a vol. in-^% t. I, p. 1 3, 28, 3o, 3i ; et t. II, p. i3A). Les tribunaux ainsi tenus avaient, au moyen âge, le nom de tribunau-v verts [groene viersckaere)'^ et l'arbre sous lequel siégeait le seigneur était appelé schouwkonij c'est-à-dire arbre d'abri ou dombre. Les groene vierschaerm consistaient dans trois bancs maçonnés ou gaicmnés, en forme de fer à cheval , dont l'entrée se fermait par un barreau ou par un câble. (Voyez, au reste, la totalité du chapitre vu, livre VI, du traité intitulé: Analyse historique et critirfuc de l'origine et des progrh des droits civils, politiques et religieux
pas, il fat le premier à s*en moquera » D'un autre côté, un contemporain de TaHemant des Réaux s*écriait : «N'a-ton pas veu, du temps de Henri IV, lorsque sous la surintendance de M* de Sully, on voulut planter des ormes, que les paysans ne se faisoient pas scrupule de couper un arbre pour prendre une gaule, et qu'en termes de leur bestise ils nommoient cela couper un Rosni^?»
Maintenant quoi de plus naturel que d'attribuer à l'expression qui nous occupe une origine analogue à celle de châteaux en Espagne^? De même que bâtir de cette manière était construire dans le vide^ les mœurs de nos voisins excluant ce genre d'habitation, de même donner un rendez^vous sous un orme abattu presque aussitôt que planté devait venir k l'esprit de qui voulait se railler de quelqu'un et lui fausser compagnie.
A la suite de la locution éclose ou ranimée sous Henri IV, on en peut citer une autre née de nos jours : // est bon là monsieur
des Belges et Gaulois, parmi les Œuvres complètes de J.-J. Raepsaet, etc. Gand, 1 838-1 8Ao, 6 vol. grand in*8% l. V, p. 218-252.)
^ Les Historiettes de TaUemant des Réaux, édit. de i84o, art. 1 1, t. J , p. 1^9. — On est en droit de révoquer en doute cette dernière assertion , pour peu que l*on se rappelle ia ténacité bien connue du caractère de Sully et ce que dit Sauvai du quai des Ormes, à Paris, exécuté par le grand voy«r de France, en i6o4* Par cette plantation , Sully continuait son système , et sur son propre terrain , puisqu'il était, de plus, grand maître de Tartillerie, et partant seigneur de rAr-* senal. Il faut prendre garde cependant que ia voie qui conduisait de la rue de la Mortelierie à ce quai , vis-à-vis de celle des Nonains-d*Hierre » se nommait h. ruelle des Ormes, et que , dès le xiv* siècle, il y avait sur le quai derrière la Mortelierie des ormes entourés de murs et accompagnés de toumelles. ( Voyez Histoire et recherches des antiqmtés de la ville de Paris, t. I, p. 246* et t. III, p. 1 3 5.)
' Saitte des Mémoires de Michel de MaroUes , Paris, mdcltii, in-folio, p. 60. Cf. p. 16 et 17. — Comment , après ce qui précède, croire M. le comte Jaobert, quand , signalant l'existence de quelques vieux ormes au centre des bourgs du Berri, il les appelle Stdlyl (Voyez Glossaire du centre de la France, 3* édit. Paris, i864, in-4% p. 633, col. 1, au mot SaUjr.)
' Voyez, sur cette expression, une note de notre édition de iaCbronique de Guillaume Aneiier, p. 347.
Delorme» que Ton dit d'un homme qui espère en vain. A Màcon, un officier, après un tour de soudard, était parti pour Lyon insalutato hospite. Cet hôte, sans pouvoir se plaindre d'avoir été battu, n'était pas content, et cherchait à rejoindre le trompeur. Celui-ci, debout sur le tillac du bateau, comblait la mesure, en lui faisant les cornes et en lui criant : // e^t bon là monsieur Delorme, Or ce maître d'hôtel , que j'ai connu , s'appelait bien Delorme; et si son nom est ainsi devenu proverbial dans un rayon très-étendu , c'est qu^il répondait à une locution déjà existante , qui l'avait fait naître.
Nous ne saurions mieux terminer une dissertation dans laquelle, à propos de l'orme, il est encc^re fait mention d'autres arbres en possession de la vénération publique^, qu'en disant un mot d'un hêtre qui , à coup sûr, la méritait bien ; nous voulons parler du faa de Donremy, sous lequel Jeanne d'Arc allait s'ébattre avec ses compagnes , et qui passait pour abriter également les jeux des Fées, ou, comme on disait alors, des Faées^, La ressemblance que présente le nom de l'arbre avec celui des filles du destin a sûrement présidé à la préférence qui lui a été donnée sur Tonne ; un pareil choix peut fournir un dernier argument à l'appui de la thèse que nous venons de soutenir, sous des voûtes accoutumées à en entendre de plus intéressantes.
* L'un des plus remarquâmes est, sans contredit j le tiileui de Saint-Dië, déjà mentionné plus baut, p. a 5, en note. Ce successeur de Forme, dont il porte ie nom, existe encore à environ 5oo mètres de la ville. Il est âgé de plus de deux cent cinquante ans et planté sur un plateau , à mi-obemin d'une cbapelle dédiée à saint Rocb, où se rendent des pèlerins. L'orme, au tronc duquel est fixée une petite image de la Vierge, est une station de ce pèlerinage. Le pied de i*arl»re est entouré d*un tertre peu élevé, d'une circonférence d'environ 3o mètres, établi soit pour protéger les racines de Tarbre, soil pour offrir un siège aux pèlerins, ou plutôt pour faciliter ladmîtiistration de la justice seigneuriale. Cet arbre antique a doniié son nom à un canton du territoire de Saint-Dié qui Tenvironne et qui s'appelle ie canton de VOrme. ^ *
' Procède condamnation el de réhabilitation de Jeanne d'Arc, etc., publ. par Jules Qoîriierat; Paris, 1841-1849, in<ê*, 1. 1, p. 67; t. II, p. 390 et 396, etc.