M" CHEVALIER, JULES, PICHENET
(Sa lever du rideau, M"' Chevalier e*t endormie dan. ton fauteuil auprêt de la cheminée, Julee tuât le couvert. ]
PICHENET, entrant.
Àh! je vous y prends encore, M. Jules!..
JULES
Chut!
PICHENET
C’estça, mettez le couvert .. balayez... nétoyez, rangez partout... qu’est-ce que je ferai moi ? moi, domestique.
JULES
Horrible Pichenet... ne crie doue pas comme ça ; tu vois bien que ma tante dort.
PICHENET
Rendez -moi mes assiettes... je ne souffrirai pas.
JULES
Mais paix donc; tu vas réveiller ma tante...
PICHENET
Rendez-moi mes assiettes, je ne connais que ça...
JULES
Tu ne les auras pas.
PICHENET
Je les aurai.
(Il se lance sur Jules pour lui arracher les assiettes qui tombent et se brisent avec fracas.) ll“* CHEVALIER, se réveillant.
Qu’est-ce que c’est?
JULES
Là L. es-tu content , malheureux ; à présent que tu as troublé le repos de la meilleure des tantes... que tu l’as arrachée à des songes voluptueux dans lesquels elle oubliait sa goutte , son asthme et plusieurs rhumatismes.
PICHENET
C’est votre faute, aussi.
M“* CHEVALIER
Voyons, qu’est-ce que tout ça signifie ?
PICHENET
Madame, ça ne peut pas durer comme ça...
quand je sais entré ici du vivant de défunt M. Pichenet, mon garçon, que Je me suis dit : Te voilà avec deux personnes d’âge à servir ; les vieillards sont quinteux , bizarres, ridicules, tu auras de la besogne ; effectivement, ça n’a pas manqué... mais depuis la mort de feu Monsieur, que votre neveu, M. Jules Miélard, est venu s'impatroniser dans la maison, c'est plus ça... c’est lui qui fait tout... au point que j'ai jamais pu attraper ses z’hardes pour les brosser... M. Miélard, oue je lui dis souvent le soir, si c’était un effet de votre part de laisser vos souliers pour que J’eusse la chose de les cirer... ah ben oui... je crois même qu’il m’est arrivé de trouver les miens luisans comme un miroir sans y avoir passé le pinceau... vous conviendrez que c’est humiliant..
Au : Vaudttillr d* l’Eeu de as fr«n--«.
C’est pour la Juslk’ que J’ réclame J’ veux ben fair* tout l'ouvrage Ici ;
C’est mon devoir, mais vous. Madame.
D’ voir’ côté, vous devez aussi T’nir nos conditions, Dieu merci.
Cependant, s’il faut que j* m’explique,
Vous y manquez, car entre nous.
Je De suis pas entré chez vous Afin de prendre un dçmeslique.
M"* CHEVALIER
. Au fait , Jules, ce n’est pas bien...
• Ce rôle a été créé aux deux théâtres par M. Armand Villot.
JULES
Ne l'écoutez pas , ma tante ; le bon homme radote... si je m'occupe à ça, c’est pour me distraire l’esprit... et puis je suis habitué à me rendre utile... quand j'étais à Pontoise chez l’avoué, en ma qualité de deuxième derc... c'était moi qui aidais la bonne... je portais les lettres à la poste... j'allais chercher les enfans à l’école... chez l'avoué on apprend un peu de tout... aussi à la mort de mon oncle me sentant une connaissance générale des affaires je me suis dit : ma tante va se trouver dans l'embarras pour administrer sa fortune , c’est à moi d'aller à son secours.
Je t’en remercie.
PICHENET
Laissez donc tranquille , vous n’étiez pas fâché de surveiller par vous-même une dixaine de mille livres de rente qui doivent vous revenir un jour... on sait re que c'est que les héritiers...
JULES
Pichenet, vous êtes un monstre.
M“* CHEVALIER
Allons, allons... c’est assez.
PICHENET
Voulez-vous que je vous dise une chose...
je me méfie de l’homme qui ne sait pas se faire servir...
M" e CHEVALIER.
Pichenet, finissez... Tl est midi... allez chercher le dîner...
PICHENET
A la bonne heure, voilà parler... voilà qui s'appelle commander... je me retrouve... Madame va être servie.
JULES
Allez donc, vieux bavard, vieille Javotte....
(Il sort.)