SCÈNE IV
Les Mêmes, DAVID, en costume élégant de voyageur, tenant une valise et un sac de nuit DAVID.
Eh oui ! ma bonne tante Chevalier, c’est moimême.., t*l court l’embrasser.)
*'} x.Ji-:; . '.jusM .
Ai* d« i* petite Coqurti'-.
Revoir ses parens.
Après six ans,
Quelle allégresse.
Quelle douce Ivresse'.
Et, pour mon cœur.
Que de bonheur.
M** CHEVALIER
C’est bien lui!., ce cher David !
DAVID
Bonjour, Jules; botqour, mon vieux Pichenet.
CHEVALIER
C’est qu’il est changé tout-à-fait à son avantage... regarde donc, Pichenet, comme il est gentil...
jvles, ii part.
Je le trouve affreux!
Eh bien ! moi , je vous retrouve tous à peu près comme je vous ai laissés ; ma tante h toujours cet air de bonté et de simplicité... mon cousin, Jules Miélard, a conservé encore un peu «le son regard naïf et sournois ; et le brave Pichenet... ah! c’est mieux !.. quel torse! quelle boule de Charlet!.. parbleu ! mon vieux... je te coulerai...
PICHENET
Vous me coulerez...
DAVID
Oui, c’est mon état...
M"* CHEVALIER
Mais à propos... dis-nous «lonc ce que tu fais... depuis si long-temps que nous ne t’avons vu...
DAVID
Dam!., je suis artiste... J’ai beaucoup travaillé... allez... oh! il ne faut pas s'endormir, maintenant, pour être quelque chose... Enfin, ma tante, frondeur par caractère... je cours après les ridicules...
M"* CHEVALIER
Et c’est là toute ton occupation ?..
DAVID
Enfin, je suis sculpteur, et je fais des caricatures.
Oh ! suis-je bête... Oui, oui... on connaît ça . des caricatures... un bonhomme avec un grand nez... une queue et une pipe...
DAVID
Fi donc ! c’est la charge dont lu veux parler. La caricature est une puissance aujourd'hui... elle a conquis un rang parmi les arts... aussi, désespérant d'atteindre les maîtres, je me suis créé une route nouvelle.
Ar» Ruadcau de Kelilv.
La Caricature,
Enfant bâtard de la peinture.
S’élève â son tour,
Frondant et la ville et la cour ;
Riant, au grand jour.
De ses portraits d’après nature,
Chacun dit : bravo.
Encore un grotesque nouveau.
Là, je reconnais Ce noble Anglais. • •
Foudre de guerre.
Et que les Français N’aiment guère.
Je vous promets.
Et, là-bas, je vois Lu bérqs qui sort de nourrice ,
Chamarré de croix, •
Qu’on payait plus cher autrefois.
La Caricature, etc.
M m * CHEVALIER.
De sorte que tu fais des caricatures?
DAVID
Bn plâtre...
JULES
Et les ridicules où les prends-tu ?..
DAVID
Ah! mon Dieu!., partout., parbleu... je
•i ATTENDRE ET COURIR.
compte sur toi pour m’en fournir. Je suis sûr *Œ» m“* chevalier.
quil n’en manque pas dans ma ville natale, ni Tu as bien fait... allons... Piehenet , tu prépa-
mêinc dans ma propre famille... : reras une chambre pour David.
JULES , bas à M“* Chevalier.
Est-il malhonnête ! c’est pour vous qu’il dit ça ma tante...
Il** CHEVALIER, à Jules.
C’est pour toi...
Mais je m’occupe aussi de portraits sérieux... vous verrez, ma bonne tante... je veux faire votre buste.
jules, a part.
Ça sera du joli...
M** CHEVALIER
Ce bon garçon de David... et moi qui l’accusais de nous avoir oubliés.
DAVID
Vous oublier!., au contraire... Voyez- vous, ma tante, les grands parera c’est comme un port qu’on aperçoit dans l’éloignement.. Que de fois me suis-je dit , dans les orages de ma jeunesse : lorsque j’aurai fait toutes les bamboches que mon âge comporte , c’est là que j’irai chercher un abri.
JULES
C’est ça... il prend la maison de ma tante pour l’hôtel des luvalides.
DAVID
Et ma jolie petite cousine. Élise... oh ! je pensais aussi à elle bien souvent... elle doit être bien grande... Est-elle toujours dans sa pension.
M“* CHEVALIER
Non vraiment... voilà plus de deux ans qu’elle en est sortie... Ah ! ça... dis-moi donc, David... un voyageur a toujours appétit... tu vas dîner...
jui.es, vivement
Piehenet va rapporter les côtelettes de veau.
Merci, ma tante... j’ai déjà pris un acompte... et puis il faut vous dire que j’ai fait connaissance, dans la voiture, avec une demi-douzaine de farceurs , de bons vivans , qui m’ont (ait promettre d’aller déjeuner avec eux, au Soleil-dor ; ma foi dans la crainte de ne pas trouver votre gardemanger bien fourni... j’ai donné ma parole... mais j’ai encore une heure devant moi... Jules, tu seras des nôtre, si tu veux...
JULES
Mais... certainement... c’est-à-dire... non... non... je ne pen\ pas... je suis malade.
M"* CHEVALIER
Oui... il est un peu souffrant.
DAVID
Eb bien ! tu viendras nous retrouver au café.
JULES
Merci... je ne prendspas de café. (A part.) Soi* tout quand je n’ai pas dîné... je n’en ai pas besoin pour faire passer les pruneaux et la sou]>e aux herbes. :
CHEVALIER, à David.
A ton aise, mon garçon... mais j’espère que tu prends domicile chez moi. .
DAVID
Ca va sans dire, chère tante ; vous voyez, j’ai . apporté mon petit bagage sans cérémonie... 4
PICHENET
Quelle chambre faudra-t-il donner à monsieur?
U“* CHEVALIER
Dam! c’est l’étranger... tu lui donneras la plus belle... celle de Jules...
JULES
Comment , ma chambre ?..
U"* CHEVALIER
Eh bien !.. est-ce que tu ne consens pas?..
JULES
Si fait, ma tante... (A pari.) C'est ça, il commence par me prendre ma chambre... et, plus tard , il me dérobera ma part de l'héritage. Artificieux serpent !.. va... prends, prends ma chambre au rez-de-chaussée ! Tu n’as pas honte d’employer des moyens aussi bas, pour t'insinuer dans les bonnes grâces de ma tante... Vil flatteur, U lui parle !.. Mais je saurai arracher la vieille à tes séductions. (Haut.) Ma tante, allez vous promener.
M“* CHEVALIER
Qu’est-ce que tu dis?..
JULES
Je dis que voilà l'heure de votre promenade ; vous savez que le docteur vous a bien recommandé de n’y pas manquer.
M“* CHEVALIER
Ah bah !.. pour une fois...
JULES
Pour une fois... C’est ça... et puis, demain... il faudra vous mettre au liu
Je veux tenir compagnie à mon neveu.
JULES, à part.
Oh ! comme il prend !... c’est qu’il prend très bien. (Haut.) Ma bonne tante, si ce n’est pas pour vous, que ce soit pour Zozo.
DAVID
Qu'est -ce que c’est que ça... Zozo?..
JULES
Le chien favori, avec qui je partage les affections de ma tante.
M“* CHEVALIER
C’est vrai... cette pauvre bête, voilà deux jours qu'elle n’est sortie.
Jules, â part.
Je savais bien qu'elle n'avait rien à... lui refuser. (HauL) Allons, ma tante, allez prendre votre mantelet ; car il ne fait pas chaud ce matin.
. M™* CHEVALIER, & David.
Nous serous bientôt de retour.
DAVID
Ai» : Je n’ai pet plut de lniiir.
J’agis partout sans façon;
C’est la bçnne manière.
Pour moi, devec-vous en faire;
Je suis de la maison.
JULES
S’il se conduit plus long-temps de la sorte.
J! se fera bientôt mettre a la porte.
ENSEMBLE
JULES
Vgis-en donc sans façon.
-—Dtp i g it ' by Goo gle