DÉLIVRANCE
Enfin I par quel prodige intime, quel miracle, je me dresse aujourd'hui, moi l'esclave d'hier, afiVanchi de l'amour qui me faisait obstacle, maître de ma pensée et maître de ma chair î
Ai-je connu, vraiment, l'implacable souffrance qui brisait mon courage et troublait ma raison? Non, ce ne fut qu'un rêve, une courte démence; et, fou de liberté, je sors de ma prison.
Car c'est la délivrance enfin I J'ai le délire du naufragé mourant qui se retrouve au port. Je puis soudain, bonheur si pur qu'il me déchire, braver l'amour en face ou le fuir sans efi'ort I
Je vais pouvoir, sans plus redouter ses contraintes, m'enivrer du plaisir de vivre et, tour à tour, m'endormir sans terreur et m'éveiller sans crainte, fier de m'appartenir, tout entier, pour toujours !
Fier de ne m'être pas trahi, d'avoir dans rame un calme sanctuaire où j'entre sans témoin, fier surtout de ne rien attendre de ces femmes dont la vanité sotte encombre les chemins.
Et si je dois souffrir jamais, si des chimères se glissaient, malgré tout, dans mon cœur attristé, j'aurai, pour consoler ma peine solitaire, l'incorruptible orgueil de ma virginité !