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TU ES SIMPLE

Tu es simple comme une bête; tu es droite comme un couteau; et tu es belle comme l'eau, comme le ciel qui s'y répète, comme un pays sous la tempête, comme la nuit sur le coteau.

Tu es grande ; ta croupe est large ;

tes cheveux sont luisants et lourds.

Jamais tu ne ris; ton amour

est sévère, dur comme une arche,

et tes seins tremblent quand tu marches.

Jamais tu ne ris. Pour vingt sous on peut écarter tes genoux.

Tu n'as rien lu; tu ne sais rien,

sinon qu'il faut te mettre nue

pour vivre et pour manger du pain.

Tu es une joie pour les mains ; les poètes qui t'ont connue, s'en vont plus graves, plus divins, s'en vont par de nouveaux chemins, peuplés d'idéales statues I

Tu n'as peur de rien. Tu n'as peur

que de la faim qui t'a livrée

à ces mornes passants d'une heure,

qui, sans voir que tu es sacrée,

se vautrent sur toi comme on meurt.

Tu es un repos pour l'esprit,

un refuge où l'on se guérit

de l'espoir et de la pensée.

Et pour le bien que tu m'as fait,

pour l'asile de tes bras frais,

pour tout ton corps, pourtant secret,

je te bénis, sœur offensée I

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