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O MON DESIR I

O mon désir I Je vous devine à mon côté,

ce soir où je médite, inerte, sans courage ;

et je vois, dans vos larges yeux d'ombre et d'orage,

grandir et me poursuivre un reproche irrité.

Je vous vois, mon désir, prêt à quitter la terre, et vers tout l'infini dresser votre douleur. Hélas ! Et je connais la raison de vos pleurs : Triste désir, je n'ai pas su vous satisfaire.

Je n'ai su vous donner Tamour qu'il vous fallait, ni parfumer vos bras, ni parer votre tête ; et je vous ai mené parmi d'abjectes fêtes, alors que votre rêve habite des palais.

Car je vous ai conduit vers l'ombre clandestine, tandis que votre espoir triomphe en plein soleil. Trop faible, hélas! pour obéir à vos conseils, j'ai profané l'essor de votre ardeur divine !

O mon désir I Je vous contemple à mon côté, las de suivre un chemin d'opprobres et de fanges ; dieu longtemps méconnu dont la fierté se venge, vous voici méprisant, tragique et révolté I

Vous fuyez, dédaigneux de partager ma vie, et vers d'autres plaisirs tournant votre regard ; et je vais rester seul, plus morne qu'un vieillard, et plus désespéré qu'un traître sans patrie I

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