PIÈCES DÉTACHÉES
Nous réunissons ci-après diverses notes et citations rencontrées au hasard des recherches précédentes, et qui nous semblent porter sur des points historiques intéressants ou peu connus. Nous faisons remarquer à ce propos que le plus grand nombre des procédés mis en usage courant par Pellier ne lui sont point personnels ; mais nous avons tenu à conserver à la description générale de sa chirurgie le caractère qui en fait le tableau presque complet de l'oculistique chirurgicale du XVIIIe siècle.
a) Au sujet d'un procédé repris depuis avec des variantes, Sprengel s'exprime dans les termes suivants : « On a peine à concevoir comment E. Darwin {Zoonomie, 1. 1) a pu imaginer de trépaner les cicatrices opaques de la cornée : il conseille en effet d'enfoncer une petite vis d'acier dans ces taches, de les attirer ainsi à soi, et de tourner une petite tréphine autour d'elles. Il pourrait arriver, dit-il, que l'ouverture qui en résulte dans la cornée se couvrît d'une cicatrice transparente. j>
h) On sait que Tenon se servait, pour l'incision cornéenne, de son « secteur par-
ticulier » étroit et courbe sur le plat. On sait aussi combien nombreux furent les couteaux courbes sur le plat, dans les procédés d'extraction contemporains de Pellier (La Faye et d'autres) . Au contraire, le couteau de Pellier offre le type étroit à tranchant convexe. Sharp {Soc. des Sciences médicales de Londres,
FlG. 6.
1753) a eu l'idée, en même temps que La Faye (1753), d'user d'un seul instrument pour faire l'incision cornéenne, et de plus, il semble être le premier qui ait fait toute l'opération avec un seul instrument. Son couteau (bien plus étroit que celui de La Faye) à tranchant légèrement concave (dont je dois le calque d'après les Philosophical Transaction, t. XL VIII, p. 161, à l'obligeance démon frère, Jean Terson) lui servait en effet à exécuter, après l'incision faite, la kystitomie et même à extraire la lentille. Quant à la kérato-kystitomie simultanée, elle paraît surtout due comme procédé exclusif, à Pellier, comme nous l'avons vu, et aux Wenzel (V. le Traité de la cataracte, par Wenzel fils, Paris, 1786).
<?) On a vu combien étaient encore imparfaites les opérations d'iri dectomie optique, le cristallin étant en place, au temps de Pellier. Après les tâtonnements de divers opérateurs qui remarquèrent l'excellente vision produite par certains décollements de la base de l'iris avec pupilles adhérentes, il faut arriver à Wenzel et Schmidt pour voir surgir l'iridectomie actuelle avec excision à la pince et aux ciseaux. Citons à ce propos ce que dit Sabatier (Méd. op., III, édition de 1795). « Ne pourrait-on pas, après avoir incisé la cornée. . ., saisir le milieu de l'iris avec une pince propre à cet usage, et retrancher la portion de cette membrane que l'on aurait attirée à soi, avec de» ciseaux bien tranchants et courbes... On ne courrait aucun risque d'entamer le cristallin... C'est ainsi que Wenzel père m'a dit avoir opéré dans plusieurs cas. » Ce n'est donc ni à Forlenze ni à Beer qu'il faut attribuer ce procédé.
d) Garengeot préconisait l'incision trapèzoïde, en bas, faite avec le couteau lancéolaire, et avec des ciseaux droits agrandissant de chaque côté l'incision, (Sabatier. Médecine opératoire, loc. cit.)
e) On sait que Daviel avait pratiqué l'ablation partielle de la cristalloïde antérieure à la pince {Acad. roy. de chir., 1753) : « Quelquefois il faut couper cette membrane circulairement et l'emporter en entier, si elle est épaisse et ridée, de peur qu'elle ne bouche la prunelle ; et alors cette membrane étant bien coupée, on peut l'emporter avec des pinces. )) Pellier, Wenzel et d'autres usaient fréquemment de cette kystecfcomie partielle (et non kystitomie, qui ne saurait s'appliquer qu'à la simple incision de la capsule avec le kystitome ou tout autre instrument).
/) Voir, au sujet de l'extraction du cristallin dans sa capsule, Wenzel. Traité de la cataracte, p. 33.
g) Pellier semble avoir été le premier à instituer systématiquement l'excellente pratique des pansements secs; on a vu combien Pellier était partisan du pansement rare.
h) Daviel attribuait la hernie post-opératoire de l'iris, surtout au pansement trop serré. Pellier {Rec.d'obs., p. 152) croit plutôt en général à l'influence de la toux et des efforts violents.
i) Un certain nombre d'auteurs avant Woolhouse, et à son époque, Valentin, Nuck et Heister, avaient préconisé les ponctions cornéennes et sclérales dans l'hydrophtalmie, quelquefois pour permettre à l'œil diminué de volume, de supporter une coque artificielle.
;') D'après Sprengel, l'application du sétonà l'œil même était connue des Chinois et des Japonais . Woolhouse introduisait fréquemment un séton dans la chambre postérieure .
k) Morand (v. Cours d'opérations de Dionis) proposait, comme opération de la blépharoptose, de retrancher un lambeau horizontal de la peau du front, audessus du sourcil et de réunir les bords de la plaie. L'opération agissait en relevant la paupière par le sourcil , absolument comme nous avons vu certains
malades ptosiques relever leur paupière, en plissant et en maintenant la peau du front avec leur chapeau solidement enfoncé.
I) La contagiosité de diverses affections oculaires est connue dès les temps les plus anciens, surtout en ce qui concerne les conjonctivites sécrétantes.
m) La conjonctivite si faussement appelée phlycténulaire porte dès l'antiquité le nom bien préférable de conjonctivite pustuleuse (Celse, Bonet et autres).
n) On rapporte souvent à Fabrice de Hilden (inspiré du reste par sa femme, qui tenait . elle-même cette idée d'un charlatan) la première extraction d'un corps étranger de la cornée avec un aimant. C'est en effet, semble-t-il, la première observation de l'emploi oculaire de l'aimant. Quant à l'idée générale d'enlever les corps étrangers métalliques avec un aimant, elle est bien plus ancienne. Mondeville rapporte avoir vu appliquer à diverses reprises une pierre d'aimant sur une pointe d'aiguille plantée dans le bras, sans succès, du reste. Eappelons qu'Arculanus avait eu l'idée d'employer le bâton d'ambre frotté pour attirer certains corps étrangers hors des culs-de-sac conjonctivaux. Rappelons enfin qu'Hirschberg a retrouvé l'emploi de l'aimant dans le traité indou Susrutâ.
o) C'est à Verduc, chirurgien originaire de Toulouse {Pathologie de chirurgie, t. II, Paris, 1693), qu'est due la première observation d'exophtalmie intermittente^ cet état si curieux qui alterne même souvent avec l'enophtalmie, au point de constituer un syndrome composé de deux états extrêmes. Il observa un jeune peintre dont l'œil descendait de temps en temps au milieu de la joue. Il n'insiste pas sur les détails ni sur les conditions de reproduction de ce phénomène, que plusieurs savants observèrent avec lui, mais il déclare que l'œil sortit et rentra dans l'orbite plus de six fois en moins d'une heure.
Verduc et Scultet signalent à diverses reprises la ponction de l'hypopyon au bas de la cornée et sa succion c< avec un petit tuyau ». Verduc déclare même que le tuyau doit être un peu élargi en son milieu, pour que le pus s'y arrête et ne vienne pas dans la bouche. Ils insistent aussi sur la ponction aspiratrice de la cataracte, et son broiement avec un petit pinceau de fil d'or qu'on introduit à travers la canule. Verduc attribue ce procédé de broiement à K. Matthioli, chirurgien italien.
p) Pellier {Recueil d'observations) rapporte un beau cas de strabisme traumatique et qu'il attribue très justement à la rupture du muscle.
q) Scarpa et nombre d'auteurs après lui connaissaient parfaitement la sclérite rhumatismale et recommandaient dans cette affection l'usage du colchique retrouvé depuis.
r) Les premiers essais d'extraction sclérale de la cataracte sont plus éloignés de nous qu'on ne pourrait le croire, puisque B. Bell en parle.
s) Saunders paraît être un des premiers, sinon le premier, qui ait démontré que la cataracte des enfants n'est pas toujours liquide ou même molle. Saunders donne en effet sa statistique là-dessus et nous la trouvons dans l'excellent dictionnaire de chirurgie pratique de S. Cooper (Edition française, Paris, 1826, article Cataracte, p. 344). licite cinq cas de cristallins infantiles, opaques et solides, qu'il distingue soigneusement d'autres cataractes (partielles, molles, liquides, membraneuses, capsulaires, etc.). Gibson abaissait la cataracte, lorsqu'elle était dure, chez l'enfant comme chez l'adulte. On sait que du temps de Pellier et de nos jours aussi, la question est infiniment mieux résolue par l'extraction, quelle que soit la consistance delà lentille, pourvu que la cataracte soit mûre. La question de l'unité opératoire pour toutes les cataractes infantiles
que Saunderset Gibson tranchaient par l'abaisse ment exclusif, est donc encore une fois ramenée, et on peut croire que l'application faite encore par certains de la discission n'est plus qu'un souvenir routinier de l'abaissement. Nous répétons encore que Pellier, qui contribua tant à répandre l'extraction en général, était grand partisan de l'extraction à petit lambeau dans la cataracte infantile.
t) D'après Rabbinowicz (la médecine du Talmud), le Talmud mentionne (Traités Holin et Baba-Metzia) : 1° un cas d'entozoaire du corps vitré ; 2° la contagion de certaines maladies des yeux par les mouches ; 3° un cas intéressant d'anesthésie générale : « On a donné à un homme un remède qui V endormit, avant de lui ouvrir le ventre. »