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2. Le P. Bertrix eut pour successeur le P. Ch. Lalemant, avec lequel le P. de Brébeuf vécut encore une année au collège de Rouen.
chose pour Jésus-Christ.... Je me suis offert, et j'ai dit: Faites-moi, Seigneur, un homme selon votre cœur. Enseignez-moi ce que vous voulez que je fasse. Rien maintenant ne me séparera de votre amour, ni la nudité, ni le glaive, ni la mort.... ))
Et l'année suivante, c'est de son sang qu'il écrivait et signait cette autre déclaration, où sa soif de souffrance s'affirmait davantage encore, et qui était comme les arrhes de son futur martyre :
«Seigneur Jésus, mon Rédempteur ! vous m'avez racheté par votre sang et votre mort très précieuse. C'est pourquoi je vous promets de vous servir toute ma vie dans la Compagnie de Jésus et de ne jamais servir aucun autre que vous. Je signe cette promesse de mon sang, disposé à vous le sacrifier tout entier aussi volontiers que cette goutte. — Jean de Brébeuf, S. J. »
Ancien collège des Jésuites de Rouen (lycée Corneille j le portail d'entrée.
Ce sang généreux, nulle part le saint héros n'avait autant de chances de le verser que chez les sauvages. Il était donc bien naturel qu'à peine débarqué, ses regards et son cœur surtout se tournassent de ce côté. Il put croire un instant que Dieu lui-même lui aplanissait le chemin du retour vers ces forêts si chères. Au commencement du mois d'août i633, quelques semaines seulement après son arrivée à la Nouvelle-France, il était en effet sur le point de partir pour le lac Huron, quand, à l'instigation d'un chef, docile instrument de l'enfer, on lui refusa soudainement l'accès des canots. La légère flottille s'ébranla donc sans lui et disparut bientôt à l'horizon. Mais, en laissant sur la rive l'apôtre qu'elle venait de repousser, elle ne se déroba point à ses puissantes prières et elle fut suivie, malgré elle, de ses plus paternelles bénédictions.
Bénédictions et prières commencèrent à porter leurs fruits dès l'année suivante. — Entre temps le P. de Brébeuf avait par intérim gouverné la mission durant six mois, tout en consacrant le meilleur de son zèle aux sauvages qu'il avait pu trouver à Québec. — A l'époque des échanges, il quitta Notre-Dame des Anges ^, et il alla au-devant des Hurons jusqu'à Trois-Rivières. La traite terminée, il
I. C'était la résidence où les Jésuites s'étaient installés en revenant au Canada. Le P. Le Jeune nous en a laissé une description intéressante : « La maison esta deux cents pas du rivage, écrit-il. Elle forme quatre chambres basses. La première est la chapelle ; la seconde, le réfectoire et dans ce réfectoire sont nos chambres, deux petites passables et de la grandeur d'un homme en carré ; deux autres qui ont chacune sept à huit pieds^ mais deux lits en chacune. Voilà pour six personnes étroitement. Les autres, quand nous étions tous ensemble, couchaient au grenier. La troisième sert de cuisine, la quatrième, de chambre à nos gens. Il y avait un bâtiment de même grandeur vis-à-vis, mais il a été à moitié brûlé par les
espérait repartir avec eux. Bien que traversé encore par un premier refus, cet espoir ne fut pas pourtant déçu cette fois, et le futur martyr eut le bonheur de se mettre en route, le 6 juillet 1634, accompagné du P. Daniel et d'un jeune Français.
Le voyage dura trente jours. Il fut tellement rude que Brébeuf écrivait à ses supérieurs : « Je me suis trouvé quelquefois si bas que le corps n'en pouvait plus. » Et cela se comprend, à lire ce qu'il rapporte ailleurs de ces courses épuisantes, u .... En péril, cinquante fois le jour, de verser ou de briser sur les roches, pendant la journée le soleil vous brûle, et pendant la nuit vous êtes la proie des maringouins. Vous montez quelquefois cinq à six sauts dans un jour, et n'avez le soir pour tout réconfort qu'un peu de blé cuit avec de belle eau claire; pour lit, la terre et bien souvent des roches inégales et raboteuses, d'ordinaire point d'autre abri que les étoiles, et tout cela dans un silence perpétuel.... Mais, ajoute l'intrépide ouvrier, quel contentement d'aller par ces sauts et de gravir sur ces rochers à celui qui a devant les 3^eux cet aimable Sauveur harassé de tourments et montant le Calvaire, chargé de sa croix! L'incommodité du canot est bien aisée à souffrir à qui le considérera crucifié! Et quelle consolation de se voir, même par les chemins, abandonné des sauvages, languir de maladie ou mourir de faim dans les bois, et de pouvoir dire à Dieu : C'est pour faire votre sainte volonté que je suis réduit au point où vous me voyez! »
Anglais. Il faut recouvrir la maison, car il pleut et neige partout. » Lettre au R. Père provincial, Québec, 1634.
Après avoir rapporté cette description, Parckman ajoute avec émotion : « Et voilà pourtant le berceau des grandes missions du Canada ! »
Cette consolation, le saint voyageur avait pu la ressentir dès son arrivée au pays des Hurons. Car, à peine y avaitil débarqué qu'il fut abandonné tout seul, le soir, sur le rivage, par ses conducteurs insouciants, a Mes sauvages, oubliant l'assistance que je leur avais rendue pendant leurs maladies et les belles promesses qu'ils m'avaient faites, raconte-t-il, après m'avoir mis à terre avec quelques ornements d^église et quelque autre petit équipage, me laissèrent là, sans vivres et sans cabane, et reprirent leur route vers leur pays, distant de sept lieues environ.... En vain les priai-je de m'accompagner jusqu'au village, ou du moins de coucher en ce bord pour cette nuit et de garder mes bardes, tandis que j'irais prendre langue. Pour toute consolation, ils me dirent que quelqu'un me viendrait trouver là. Il fallait avoir patience. Ils partent, et je me prosterne aussitôt à genoux pour remercier Dieu, Notre-Dame et saint Joseph, des faveurs et des grâces que j'avais acquises durant le voyage. Je saluai l'ange tutélaire du pays et je m'offris à Notre-Seigneur avec tous mes petits travaux, pour le salut de ces pauvres peuples, prenant espérance que Dieu ne m'abandonnerait point là, puisqu'il m'avait conservé et conduit avec tant de faveurs. Après, ayant considéré que ces parages étaient déserts et que j'y pourrais bien demeurer longtemps avant que personne m'y vînt trouver, je cachai mes paquets dans les bois, et prenant avec moi ce que j'avais de plus précieux, je m'en allai à la recherche du village.... En passant, je vis avec attendrissement le lieu où nous avions habité et célébré le saint sacrifice de la messe, trois ans durant. Il était converti en un beau champ, comme aussi la place du vieux village, où, excepté une cabane, rien ne restait que les ruines des autres. Je
vis également l'endroit où le pauvre Et. Brûlé avait été traîtreusement et barbarement assommé ; ce qui me fit penser que quelque jour on nous pourrait bien traiter de la sorte, et désirer que ce fût au moins en pourchassant la gloire de Notre-Seigneur '. »
Au bout de quelque temps de recherches, le P. de Brébeuf fut assez heureux pour arriver jusqu'au village qu'il
Pont du « Canadian Pacific Raihvay " sur le Saint-Laurent.
avait quitté six ans auparavant. On juge de la joie des pauvres Hurons, en revoyant celui dont ils avaient tant pleuré le départ! — Devant cette explosion de reconnaissance, le missionnaire ne crut pas devoir aller plus loin. Il résolut de s'arrêter à Saint-Joseph, où il s'installa définitivement dans une grossière cabane de branches et d'écorces, relativement spacieuse, mais a si chétive, avouait-il, que je n'en trouve quasi en France d'assez misérable pour pour pouvoir dire : « Voilà comme vous seriez logés ^! »