Relation de 1642, p. 5i
3. Il s'agit ici, non du fort construit par Champlain sur l'île de Sainte- Croix, à quinze lieues de Québec, mais de celui qui fut élevé par M. de Montmagny et rebâti plus tard par M. de Chambly, à l'embouchure de la rivière des Iroquois (aujourd'hui le Sorel).
LE COMPAGNON DE MARTYRE i55
donc juger par là au premier coup d'œil qu'une ample moisson de souffrances les attendait. Mais les mérites ne seraient-ils pas en proportion ? Et l'amour compte-t-il avec le sacrifice, quand le sacrifice lui permet de s'affirmer ? — Tout heureux de voir la croix si proche, le Père Gabriel s'y fût précipité sans retard, en volant vers le pays des Hurons, plus impitoj^ablement ravagé que les autres par les Iroquois, si on l'y avait autorisé.
Le P. Jérôme Lalemant, son oncle, s'y opposa. Après avoir dirigé pendant plusieurs années la mission huronne, ce religieux venait de succéder, à Québec, au P. Barth
Ruines du fort Richelieu, sur le Sorel.
Vimond , en qualité de Supérieur général de la Compagnie dans ce pays K
En refusant à son neveu la permission que celu-i-ci sollicitait, le vieil ouvrier ne cédait pas à la faiblesse. Il agissait avec prudence. Ne savait-il point par expérience
I. Il ne faut pas confondre le P. Jérôme Lalemant avec le P. Charles Lalemant, son frère. Ce dernier, né à Paris le 17 novembre iSSy, entra au noviciat le 29 juillet 1607 et mourut à la maison professe de Paris le 18 novembre 1674. Professeur de grammaire, puis de physique, avant de s'embarquer pour la Nouvelle-France, il fut supérieur de la mission pendant trois ans, fît trois fois le voyage du Canada et essuya deux naufrages au cours de ces travçrsées. Il gouverna en France les collèges de Rouen et de Paris. On lui doit plusieurs ouvrages, entre autres les Entretiens sur la vie cachée de Jésus-Christ en l'Eucharistie. — Plus jeune que lui, le P. Jérôme, né à Paris le 27 avril i5g3, mourut à Québec le 26 janvier 1673. 11 gouverna plusieurs fois la mission du Canada.
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les rudes travaux de la vie apostolique au Canada ? les longues courses à travers la neige et sur les lacs glacés par un froid sous lequel « les arbres se fendaient jusqu'au cœur, en éclatant comme des mousquets* » ? les nuits le long des rives silencieuses du grand fleuve, sous la morsure des maringouins? les interminables et dangereux trajets dans un canot étroit et mal équilibré ? les journées de chasse passées avec la faim pour compagne dans la forêt? Il n'ignorait pas davantage, d'après les rapports qui lui arrivaient de la mission huronne, les incessantes émotions dont ces tristes jours étaient remplis à cause des Iroquois, la ruse de ces sauvages, leur impitoyable cruauté; et avec une prudente charité il voulait acclimater le nouveau missionnaire, juger de ses forces et de son courage, lui faire faire en quelque sorte son noviciat d'apôtre, avant de l'exposer, témérairement peut-être, à ces fatigues et à ces périls.
Le sage Supérieur retint donc le P. Gabriel auprès de lui. Il l'employa d'abord aux fonctions du ministère à Québec. Il l'envoya ensuite à Saint-Joseph de Sillery. Les chrétiens qui habitaient cette résidence étaient d'une très grande ferveur. « Leur dévotion à la sainte messe est toute aimable et toute particulière, rapportait le Père Jérôme Lalemant au P. Et. Charlet, provincial. Ils
l'entendent tous les jours avec une grande modestie
Ni les montagnes , ni les vallées , ni la longueur du chemin, ni les glaces, ni les neiges, ni le vent n'empêchent les hommes, les femmes et les enfants de venir tous les jours pour cela en notre chapelle. Les Pères