‹ Au berceau de l'autre FranceChapitre 69 sur 80 · Relation de i636, p · texte numérisé non relu

Relation de i636, p

2. Le P. Davost, qui avait quitté Sainte-Marie cinq jours après lui (27 juillet), était resté à l'arrière-girde.

?. C'est ainsi qu'on appelait le lac Huron.

survivaient. A force de patience, de tact, de bienveillance et de douce fermeté, le P. Daniel parvint cependant à les retenir. Il est vrai qu'il se dépensa avec un tel dévouement à son ingrate tâche qu'il en pensa mourir épuisé. Mais Dieu, qui le destinait à une fin plus glorieuse, lui rendit ses forces, et le saint ouvrier, reprenant

le labeur interrompu par la maladie, s'y consacra avec une abnégation qui se raffermissait en face de l'épreuve, comme elle semblait s'être rajeunie au contact de la souffrance et de la croix.

Les traverses ne manquaient pas en effet au P. Daniel. En 1637, il n'y avait plus que deux séminaristes à Notre-Dame des Anges. Alléchés par ce qu'ils entendaient dire dans leurs bourgades, trois nouveaux venus se présentèrent. Mais ce qu'ils cherchaient, ce n'était pas la lumière : ils voulaient avant tout jouir du bien-être dans une indolente •oisiveté. On le comprit sans peine. Se voyant devinés, ils s'emparèrent d'un canot, le remplirent d'objets volés à la résidence, et, par une claire matinée de septembre, ils s'enfuirent à la dérobée, sans qu'on sût jamais depuis ce qu'ils étaient devenus.

Place du Vieux-Marché, à Québec.

Cependant, les nouvelles qui arrivaient du pays des

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Hurons allaient toujours de mal en pis . — On s'attendait chaque jour à un massacre général des Pères et des Français qui habitaient ces contrées. L'hiver s'était passé dans des craintes continuelles , — ■ tempérées pourtant de loin en loin par des espérances qu'on aurait voulu croire solides. Le printemps venu , le chevalier de Montmagny, qui avait succédé à Ghamplain, se résolut à savoir

Château Frontenac, sur la Terrasse DufFerin, à Québec.

exactement où en étaient les affaires, et il [se décida en conséquence à envoyer quelques personnes de son entourage chez les Hurons. Mais n'était-ce pas les exposer à une mort certaine, si les hostilités se déclaraient ? On ne pouvait pas avoir de doute à ce sujet. Aussi les deux^séminaristes qui étaient demeurés à Québec s'offrirent-ils au Gouverneur pour lui rendre eux-mêmes ce bon office. Leur offre fut acceptée, et le Supérieur de la mission

leur adjoignit le P. Daniel pour remonter le grand fleuve.

On se mit en route vers le commencement du printemps. L'époque n'était pas favorable au voyage, car la fonte des neiges grossissait les rivières et en rendait le courant presque irrésistible. Il ne fallait rien moins que l'adresse proverbiale des Algonquins pour affronter de pareils dangers : ceux qui accompagnaient l'apôtre ne réussirent cependant pas à lui épargner toutes les fatigues. A quelques journées de marche seulement des Trois- Rivières , le plus sûr des deux séminaristes — celui que l'on avait appelé au baptême Armand, du prénom de Richelieu — fut emporté avec son canot au passage d'un rapide : on le tira miraculeusement du fond de la rivière, mais le calice et les ornements sacrés du P. Daniel y demeurèrent. Un peu plus haut, le missionnaire luimême fut sur le point d'expirer dans la brousse. On était parti de grand matin, sans boire ni manger, pour effectuer un portage. Chargé de son petit bagage, le prêtre cheminait en priant, sous une chaleur torride, à travers les broussailles : il espérait que ses gens s'arrêteraient vers le milieu de la journée pour lui préparer un peu de nourriture et lui permettre de réparer ses forces. Il n'en fut rien. Avec leur insouciance ordinaire, les sauvages « gagnèrent du pays », sans se préoccuper du retardataire. Si bien que la faiblesse du Père augmentant avec la chaleur du jour, il finit par tomber sur le sol, évanoui. Quand il reprit ses sens, trois ou quatre groseilles que Dieu avait placées à sa portée — comme jadis l'eau et le pain du prophète — lui donnèrent l'illusion d'un soulagement qu'il crut complet. Mais, à peine se fut-il levé

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pour se remettre en marche, qu'une seconde fois la faiblesse le jeta par terre. Il se préparait à mourir, « heureux, dit-il, de partir de ce monde par obéissance », quand, après une heure ou deux, ses gens revinrent vers lui. D'une voix affaiblie , il leur demande à manger. Prière inutile : on n'avait rien; ses guides déchargent du moins le voyageur de son bagage, et soutenu d'abord, puis rafraîchi par l'eau d'un ruisseau qu'il rencontre sur la route, le P. Antoine peut enfin se traîner jusqu'à l'île, oiî les séminaristes l'attendaient avec angoisse depuis deux jours.

L'épuisement était si profond que le missionnaire dut s'arrêter pendant quelques semaines dans cette bourgade. Il en repartit le 1 1 juin, et, un mois après (9 juillet i638), il rentrait dans le pays huron pour ne le plus quitter que onze ans après, mais cette fois par la voie du martyre et pour le ciel.

Ossossané. — Le P. Daniel en temps d'épidémie. — Calomnies. — Les sorts infectieux. — L'apôtre comparaît devant le conseil des anciens. — Courses apostoliques. — Dangers incessants. — Consolations. — Vaillants chrétiens. — Années désolées. — Quatorze ans d'apostolat. — Vertus du missionnaire. — Sa dernière retraite à Sainte-Marie des Hurons. — Retour à Téanaustayé. — Le glas d'une chrétienté. — La victime à l'autel. — Les Iroquois envahissent Saint-Joseph. — Le P. Daniel protège la fuite de ses chrétiens. — 11 est massacré et brûlé ensuite au pied du tabernacle.

Le P. Daniel passa les années i638 et 1639 à la résidence de la Conception, dans le bourg d'Ossossané. Il y avait pour supérieur le P. Jérôme Lalemant et pour compagnons d'armes les Pères François Le Mercier, Pierre Châtelain, Charles Garnier et Du Perron. En 1640, il fut envoyé avec le P. Simon Le Moyne, chez les Arendaronons, une des quatre peuplades qui forment la nation huronne : on ne s'y était pas encore établi et il devait y fonder une mission. Les Pères se présentèrent d'abord à Saint-Jean-Baptiste, le plus peuplé des bourgs de ce pays, où on les accueillit avec un empressement peu ordinaire. «On ne parlait rien moins que de croire et d'embrasser la foi; les cabanes leur étaient ouvertes; et ces bonnes gens, les venant inviter, leur présentaient avec un cœur d'ami tout ce qu'ils pouvaient s'imaginer ^ »

Ce fut bien autre chose quand éclata une de ces maladies épidémiques si communes dans ces bourgs malpropres : « Un ou deux grains de raisins secs, plein la

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