Liv. I, ch. H, p
2. «Etant mû d'un zèle singulier, avant toute autre considération d'une dévote et ferme résolution que nous avons prise, avec l'aide et l'assistance de Dieu, auteur, protecteur et distributeur de tous les royaumes : de faire instruire au christianisme les peuples qui habitent en ces contrées, qui sont des gens barbares, athées et sans religion; de les tirer de l'ignorance ou de l'infidélité où ils sont, de les amener à la créance de notre foi et de les convertir à la profession de notre religion, nous vous avons établi lieutenant général.... » Lettres patentes du 6 novem.bre i6o3 au sieur de Monts...
LE FONDATEUR DE LA MISSION HURONNE 2b
comte de Soissons (161^), le prince de Condé lui-même (161 3), s'étaient médiocrement mis en peine de réaliser les intentions de leur souverain. Les uns n'étaient guère en effet que des spéculateurs tentés par une affaire, les autres de grands seigneurs qui, en acceptant le protectorat de la Nouvelle-France, visaient à un titre, sans dédaigner néanmoins les petits profits qui l'accompagnaient. Dans ces conditions, les diverses « associations » ou « compagnies » qui s'étaient formées tour à tour, afin d'exploiter le privilège exclusif du commerce des pelleteries concédé par le roi , avaient pour ainsi dire carte blanche, malgré toutes les lettres patentes, et elles en avaient profité. Ces marchands — qu'ils fussent de la Rochelle, de Saint-Malo ou de Dieppe — ne songeaient qu'au lucre. En échange de quelques fers de flèches, de vieilles épées, de haches, de couteaux, de couvertures ou de certains comestibles, se procurer la plus grande quantité possible de fourrures précieuses, c'était là leur unique but. Quant à implanter le christianisme dans ces contrées païennes, ils ne s'en souciaient pas. Comment y auraient-ils pensé, alors que, non contents de mesurer les vivres aux quelques familles qui travaillaient pour eux sur le Saint-Laurent, ils n'hésitaient même pas, dans leur cupidité criminelle, à exposer la vie de ces braves gens, plutôt que de leur fournir les armes nécessaires ? Sur les vives instances de Ghamplain, lieutenant particulier du duc de Montmorency au Canada, les Associés lui avaient promis, le 21 décembre 16 19, pour mettre Québec en état de défense, — 40 mousquets, 4 arquebuses et 24. piques. Ce n'était pas y aller d'une main prodigue pour assurer la sécurité de la jeune ville qui venait de se fonder. Réflexion faite pourtant, les Associés trou-
vèrent que c'était trop. Ils n'envoyèrent aucune arme et Champlain dut se contenter de quelques douzaines de hallebardes et de piques, de quatre arquebuses et de deux pé-
Cliute Montmorency, près Québec.
tards de fonte qu'il fut très heureux d'obtenir de la munificence du roi.
Une rapacité qui reculait si odieusement devant des dépenses tellement indispensables, était peu faite pour s'attendrir sur la misère morale des sauvages, et pour y remédier
en s''imposanl quelques sacrifices. Par bonheur, Champlain représentait depuis 1608 au Canada les divers lieutenants généraux qui s'étaient succédé dans cette charge*. Avec un sens politique à la profondeur duquel le protestantisme lui-même a rendu hommage, il comprit que le catholicisme serait le rempart le plus ferme de sa colonie au berceau. Il mit donc tout en œuvre pour doter la Nouvelle-France d'une fondation religieuse, et après bien des difficultés et des entraves, il finit par y réussir.
Les Jésuites avaient déjà prêché l'Évangile de ce côté de l'océan. En 16 10, par l'intermédiaire du célèbre P. Cotton, ils s'étaient offerts à passer dans l'Acadie, en rappelant que, trois ans avant sa mort^, Henri IV avait promis d'y envoyer des religieux de leur ordre. La régente, Marie de Médicis, agréant leur requête, avait chaudement recommandé à Poutrincourt les PP. Pierre Biard et Ennemond Massé, qui avaient été désignés pour fonder la mission nouvelle. Partis de Saint-Malo le 26 janvier 16 11, ces deux Pères arrivèrent à Port-Royal le 22 juin suivante Mais
1. Jusqu'en 1622 Champlain n'avait que 600 livres par an d'appointements. Cette somme fut doublée à partir de 1622.