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AUTREFOIS .ET AUJOURD'HUI Lo Ù 47
le contact de la population anglaise a amené l'iiroduction dé tournures de phrases et d’anglicismes de nature à altérer la pureté du “langage. Mais'‘il-faut rendre cette justice aux Canadiens-Français qu'ils’ font des efforts pour chasser de leur langue des expressions qui
y trouvent trop souvent droit de cité. La plupart des mots techni- ‘ ques de date récente ont d’ailleurs été traduits en français et sont employés dans . le langage courant, tandis qu'en France nous acclimatons sans scrupules’ les mêmes mots étrangers. C'est ainsi que nous disons :.rail, wagon, sleepinÿ-car, tramway, ticket, square, tandis qu’au Canada on dit: : disse,. char, char dortoir, char-urbain, billet,
‘ carré. : : : ;
Sous ce ‘rapport, Ja langue française est en proie à une véritable invasion contre laquelle on ne saurait -trop protester, d'autant plus - que, . très souvent, c’est uniquemént. par genre que ces mots anglais : prénnent place dans la conversation. Dé ce côté, la. supériorité et la : -raison.sont encore du côté des Canadiens. | : ‘ Mais, si plusieurs écrivains ont jugé le langage dés Canadiens-Français après un .examen par. {rop superficiel, il s'en est trouvé d’autres qui ont opiné « dans le même sens, sans le moindre examen. M. Ben- .jamin Sulte raconte à ce propos une curieuse anecdote attribuée à.un auteur-qu'il a la Charité de. ne pas nommer. ‘
&. D’autres, ‘dit- il, sont moins henireux” dans leurs conceptions. Le mot raquette, par exemple, n'ést employé en France que pour désigner. le petit objet avec lequel on lance le volant (1). Un auteur ayant lu que les Cana-
. diens font, en hiver, des promenades en raquettes, et croyant voir là üne . faute d'impression, écrivit que, malgré la rigueur de leur climat, les Cana- D diens se promènent en jaquelte. C'est d'autant plus curieux que rious avons
. l'habitude d'appeler les chemises de nuit jaquettes. F
Voilà ce que’ l'on dit de nous :° ‘© .. : + Dans le vieux pays’ de nos pères! » .
Ta conservation de la religion catholique et dé la langue, française sur.les bords du Saint-Laurent a été singulièrement facilitée par l'ac- . croisement prodigieux. des Canadiens-Français, accroissement. qui est
(1) Au: Canada, pour marcher plus facilément : sur la neige, on s'attache aux pieds. de grandes raquettes, ayant environ 1 mètre e de longueur sur 0=,40 de largeur.
peut-être sans efemple dans l’histoire des peuples. Le dernicr. recensement de o Ja. population, fait en 1881, a donné 4,324,819 habitants.
Dans ce chiffre on compte 2, 568,600 Anglo-Saxons (dont 957,408 Ir.
landais); 1,298,929 Français; 254,819 Allemands ;. 108,547 Sauvages. à | Dix ans auparavant, la population n'élait que de 3,647,596 habitants. :
- ct, en 4800, de 240,000. âmes seulement, ce qui fait unc augmenta-
tion annüelle, depuis le commencement du Siècle, de 21 0/0; tandis
‘que, dans la même période de temps, l'augmentation n’était que de
45-0/0 aux États-Unis. Le -recensément: de 1844 donnañt encore la inajorilé à l'élément français dans l’ensemble des deux provinces du
Canada, . mais celui de 1852 constatait que la prépendérance était.
assurée" "à l'élément anglais, : saüs cesse alimenté par une émigration
nombreuse venant de la Grande-Bretagne, tandis que l'élément français, bien ‘que croissant .d’une façon prodigieuse, ne se reprodüisait que par lui-même, nulle assistance ne lui arrivant du dehors. Cest
ainsi que le Haut-Canada anglais, qui avait 500,000 habitants én 4844,
. cn complait 932,000 en 4852, Aux mêmés dales, la population du | * Bas-Canada fränçais ne s'élevait que dé 697, 000 à 890,000 âmes.: . Il esf facile de voir que l'acte de confédération; Jongteinps combattu :
par les Canadiehs-Français, à eu pour conséquence de noyer. ces der-
niers dans le flot des Anglo- Saxons ; mais grâce, à l'autonomie ‘ que . .”
possède . chaque. province, l'élément français, qui se trouve pour les 4/8% dans la province de Québec, jouit, dans. cette province, de la . plus grande somme de liberté qu’il puisse désirer. Bientôt il ÿ régnera
en maître presque exclusif et déjà il déborde sur la province, si anglaise, d'Ontario. Si l'on ajoute aux 4,300, 000 F rançais du Canada,
— qui sont bien 1,500,000 aujourd’hui, les 6 ou 800, 000 qui’ vivent . - aux États-Unis, on dépasse 2 millions. On voit que les 65,000 colons de 1763, dont ils sont tous les descendants, n'étaient pas dégénérés, et on juge facilement, par cet. exemple, dela fôrce de résistance et d'ex-
pañsion que peut atteindre la race française, dont ,les facultés colo-
‘ nisatrices ne sauraient plus être méconnues. ‘Nulle part, d’ailleurs, la . ace française n’a été aussi prolifique,qu'’au Canada; les. célibataires
y sont rares, les mariages s’y font de bonne heure et les familles y ont une moyenne de 6 à 8 enfants; moyenne supérieure à celle des
familles anglaises. Parfois le nombre des enfants, de même père et de
CR. 7 mème. mère, atteint 95, “et, quand ce chiffre est dépassé, le 26° enfant . est élevé aux frais de la paroisse. C'est dans cotte rapidi{#id" accroisse-
ment, lout à l'américaine, que réside le secret de: la forcédes Canadiens-Français. Qui sail si, avec quelques renforts de France, ils ne parviendront pas un ‘jour à reprendre la prépondérançe et à fonder dans le nord de l'Amérique un grand empiré français destiné à servir
de contrepoids à à la Confédération des États-Unis ?
Malhèureusement pour les Canadiens, Y émigration de France est à
“plus minimes et la difficulté des. transactions commerciales ne contribue
as. à l'encourager. Sous ce. rapport un tarif douanier fort élevé PP
-, élève entre le Canada et la France uné véritable barrière qui date de ’ l'époque où le Canada voulut protéger et. développer son industrie
| ñaissante. En 4860, le Canada avait été assimilé à l'Angleterre sous le
“rapport du régime d'introduction des produits français. Nos vins ne:
-: payaient aloïs qu'uñ schelling (4 fr. 28) par gallon, coinme cn Angle-
terre. Il en fut ainsi jusqu’en 1878. À celle époque eut lieu un chan- ‘genent de régime; le Canada cessa de profiter des traités , de com-
à merce, non renoüvelés et établit un tarif général des douanes. En 1879,
une nouvelle augmentatioi de tarif se fit sentir ; les droits sur les vins
. furent frappés d'une surfaxe de 30 0/0. Mais le gouvernement canadien
Parlement à rapporter cette surtaxe pour la ‘
se fit autoriser par
| France et l'Espagne, sYl le jugcait utile;
Cet état de choses, Moujours en vigueur, n’a point favorisé Io.com-'
.; merce français. Lex ortation de France au Canada, qui n’était, en 1865, ‘ quede‘1,709,000 flancs, atteignait 9,848,000. francs, en 1874. Mais,
:. depuis” ‘celte - -époque.’ date de l'établissement du tarif général, ‘elle n’a
"7. cessé de ‘décroître. Quant à l'importation du Canada en France, elle
tait de 2,145,000 francs en 1865 et; depuis ce moment, elle a. suivi LE
” constimment: une échelle ascendante.
À deux reprises, en 1882 et en 1883, des’ négociations ont êté eng gées pour arriver de part et d'autre à un abaissemént de tarifs. M. Alexandre Galt, commissaire du Canada, offrait pour unique coh-
cession |a suppression dé la surtaxe de 30 0/0 et demandait l’abolition
de la surtaxe d'entrepôt pour les produils canadiens importés par la voie d'Angleterre, uhe réduction de droits sur quelques articles. (cuirs, coutellerie, ëlc: jet le- traitement de la nation Ja plus favorisée.
EL
Le gouvernement français représenté, -en premier lieu: par] MM. Tirard et.de Freycinct, puis par MM. Hérisson ct Challemel- Laçour, alors
* ministres, ne put consentir à abolir la surtaxe d’éntrepôt, se’ basant
sur ce fait que c'élait une. règle générale à ‘laquelle tous ‘les pays étrangers étaient soumis. Il fit en outre remarquer que les draiïts canadicns, établis én 1879, étaient excessifs M. Gal ayant répondu que |
lé Canada ne pou vail renoncer à sa politique prolectionnisle,. l'accord.
ne put pas s'établir. N TL .
Il faut espérer que, dans un intérêt politique autant que co: real les négocialions scront un jour reprises avec plus. de chances de suc
‘et amènèront un contact commercial: qui devrait exisler depuis long: .
temps entre deux peuples animés des mêmes sentiments sympathiques | et unis par de communs et glorieux .souvenirs. - |
Telles sont les diverses phases traversées -par le Canada depuis tes” premiers temps de la colonisalion j jusqu” i cé jour. Tel est l'exposé sorhmaire de la situation de ce pays si jeune et cependant si expérimenté
déjà, exposé qui facilitera L intelligence du récit qui va suivre. . L2