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Au Canada et chez les peaux-rouges [microforme]

Quelle est la situation politique, économique et sociale faite par l'Angleterre aux descendants des 65,000 colons français laissés sur les bords du Saint-

Laurent, en 1763, lors de la cession du Canada? Quelle est leur force de résistance à l'absorption anglo-saxonne ?

Quel rôle jouent-ils et de quelle influence disposent-ils dans la confédéra-

tion canadienne ?

Quel avenir est réservé à la race française dans l'Amérique du Nord ?

Tels sont les points que l'auteur s'est efforcé de mettre en relief dans le

récit du voyage qu'il fit au Canada en IN.

On retrouvera dans ces pages le tableau des réceptions brillantes et enthousiastes qui furent failes au premier groupe de Français qui apparut dans ce

pays pour resserrer les liens d'amitié détendus depuis plus d'un siècle,

On comprendra, en parcourant ces pages, l'attraction que doivent exercer sur les immigrants les beautés naturelles d'un pays, déjà si riche en produits de toutes sortes et qui, malgré sa grande jeunesse, se montre si bien préparé

à la vie publique et si apte à savoir jouir de la liberté.

Ces notes de voyage, publiées d'abord dans la Revue Française, de 1886 à 1838, n'ont subi, depuis lors, que les modifications nécessaires pour mettre le lecteur au courant des événements les plus récents.

Nous espérons qu'elles feront connaitre et aimer davantage en France un peuple qui à conservé pour la mère patrie un si religieux souvenir,

, GEORGES DEMANCHE.

Paris, 15 juillet 1890.

France et Canada, — La Graversce du Damard du Havre à Halifax. — Un bateau comme on en voit peu, — Les premiers temps de lacolonisation, — Jacques Cartier et Montcalin, — La cession du Canada, — La latte pour Fexistence, — L'acte de contédéra- Lou de 1867, — La question de l'indépendance, — La langue française au Canada. — Accroissement prodigieux de Va race française, — Régime commercial.

Durant un siècle environs depuis le traité de Paris du 10 février 1763, qui cédait le Canada à Angleterre, tout rapport avait à peu pres cessé entre la France e0le Canada, Ce m'est pas que les Cana diens eussent perdu le souvenir de fi mere patrie; non, ils avaient conservé pour elle plus tendre affection, mais la France, elle, avait oublié les descendants de ceux qui avaient tutté pour sa domination ét avaient arrosé de leur sang les rives du Saint-Laurent.

Cependant les événements de ISPÆeUISDS, les souffrances du captif de Saint-Hélène avaient trouvé un douloureux écho dans notre ancienne colonie, Plus tard des Canadiens combattaient côte à côte avec nos sole dats sur les champs de bataille de la Crimée, et l'alliance francoanglaise, en réconciiant deux nations st longtemps ennemies, rappelait à la France qu'elle avait au delà de FAtlntique des enfants dont 1e cœur battait toujours pour elle, Aussi lorsqu'en 1856 a Capricieuse, commandée par M, Belvèze, montra, pour la premicre fois depuis un siècle, Le drapeau français sûr les bords du Saint-Laurent, des manifetalions enthousiastes accueilirent ce pavillon qu'une foule de Canadiens-Français vinrent saluer du fin fond de leurs campagnes. E

lorsque nos marins mirent pied à terre dans la vieille enté st francaise de Québec, ce ne fut plus de l'enthousiasme, mais du délire, Le drapeau tricolore, qui flottut à toutes les fenêtres, n'a pas cessé, depuis ce jour, d'être arboré par Jes Canadiens Français dans toutes leurs {tes nationales el dans les cérémonies solennelles,

Ces faits ne pouvaient passer inaperçus en France, Aussi le gouvernement de Napoléon Héonçutal le projet de créer à Québec ui consulat général de France, Un décret rendu en 48600 mettait à exéculion ee projet et nonmmait le premier Gtulaire dé ce poste,

Lorsqu'eut lieu Fexpédition du Mexique, des Canadiens prirent du service dans les rangs du corps expéditionnaire français, et lorsqu'en 1550 nos désastres furent connus sur les rivages canadiens, Tes syimpathies douloureuses ne manquérent pas à nos représentants, pas plus que les secours à nos blessés et, plus tard, les souscriptions pour la libération du territoire,

D'un autre côté, d'intéressantes publications apprenaient à la France que son souvenir était pieuscment conservé sur les rives du Saints Laurent, M, Xavier Marmier, un des premiers, faisait cette révélations M. Edine Rameau de Saint-Pére retrouvait, pour ainsi dire, les Acadiens CU les faisait connaitre, non sculement à ses compatriotes, mais encore aux Canadiens eux-mêmes qui n'avaient point de rapports avec eux ct ne possédaient sur leur compte que des données fort incomplètes, Puis, suivant la voie si bien tracée, MM, HE de Lamothe, Gustave de Molinari, Fr, Gerbié, pour ne citer que les ouvriers de a premicre heure, faisaicnt part de leurs impressions el de Teurs savantes et consciencicuses recherches sur le Canada,

L'Exposition universelle de 1878 à Paris permettait à li masse du publie de faire connaissance avec les ressources et les produits du Canada et de les faire apprécier à leur juste valeur, Entin la création à Paris, en ISS2, d'un commissariat général du Canada, dont le titulaire est encore M, Hector Fabre, la fondation d'un journal spécial Paris-Canada, ne pouvaient que contribuer à renouer des liens d'amitié et de commerce trop longtemps détendus entre Français et Canadiens, Une grande excursion transatlantique devait, une fois de plus, faire éclater au grand jour les sentiments de svmpathie et d'estime mutuelle que les deux nations ressentaicnt lune pour l'autre.

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Dans le courant du mois de janvier L8N5, une délégation se format à Paris dans le but de viser le Canada, à l'occasion de Pinauguration d'une ligne franco-canadienne de paquebots reliant directement le Havre à Halifax, Cette délégation, forte de 5% membres, se compost principalement de représentants de la presse, de délégués des sociétés savantes, des chambres syndicales et de commerce, d'ingénieurs, de négociants, d'industricls, ete, Un certain nombre dé dunes faisaient partic de l'excursion,

Le août, dans la nuit, le Damara, inaugurant le service de la ligne canadienne, quittait le port du Havg;, emmenant avec lui environ SO personnes, tant passagers qu'émigrants, Ce paquebot, sorti des chantiers de Glascow, était solidement construit mais avait le tort de ne filer en moyenne que 10 nœuds à l'heure, Ce tort était d'autant plus grave pour un paquebot neuf qu'aujourd'hui toutes les lignes de passagers desservant les Etats-Unis eCle Canada font de la rapidité du Wrajet une question de succès et atteignent en moyenne au moins F6 à LS nœuds à lFheure, tout en joignant le confort à la vitesse, Tel n'était pas précisément le cas du paquebot de la ligne franco-canadienne, Cette ligne m'avait, du reste, de français que Le nom; le matriel, le personnel, la direction, les intérêts, le langage, tout état exclusivement anglais, ième la façon de comprendre les engage ments, On est bien obligé d'avouer que, pour faciliter les rapports entre la France et le Canada français, l'essai n'était pas trés heureux, Aussi ne fut-on pas surpris d'apprendre, quelque mois plus tard, que la nouvelle ligne avait cessé d'exister,

Mettant à profit les longues heures de la traversée, les membres de la délégation constituent un bureau el mettent à sa tête, comme président, M. G. de Molinari, que son expérience, ses voyages aux États- Unis et au Canada semblaient indiquer tout naturellement pour occuper eu poste, En outre, à la suite de plusieurs réunions, se constitue également, sous l'inspiration et sous la présidence de M, Ed, Agos{ini, une Association française canadienne, dans le but de resserrer les Tiens commerciaux unissant la France et le Canada, et de diriger vers ce dernier pays lémigration francaise trop souvent perdue, sans aucun profit pour la mère patrie, dans des pays de race et de muurs différentes,.

Des incidents nombreux et variés, d'un ordre purement intérieur, égavent quelque peu les passagers, les agitent mème parfois, quand les flots de l'Océan ne se chargent pas de ce soin, La traversée se ressent de la précipitation avec laquelle le voyage à été préparé et lembarquement effectué, Les passagers sont plus qu'au complet dans les cabines, qui ont toutes indisünetement létiquette de 1 classe, mais ce n'est, hélas qu'une étiquette, Les vivres sont en abondance dans la cambuse, iv en a méme jusque dans les canots de sauvetage, mais malheureusement ils v restent, inconnus mème el surtout dé ceux qui sont chargés d'en faire la distribution. La table du Damara, sans ressembler toutefois au radeau de la Méduse, souffre quelquefois de ee vice d'organisation. Un beau jour é'est le boulanger du bord qui fait grève, elle pain manque totalement: foree est de manger du biscuit, dur comme de la pierre. Une autre fois c'est le tour du cuisiüier, et lon ne vit que de conserves, Puis c'est l'agent de la compagnie de navigation, qui, ne pouvant s'entendre avec le capitaine Mac Mullen, ni en direction, ni méme en langage (celui-ci ne S'exprimait qu'en anglais, celui n'en connaissait que quelques mots). donne sa démission de commissaire de bord, Les passagers inquiets se réunissent en grand conseil el avec Fassentiment du capitaine, choisissent un des leurs, M, Ch. de Bouthillicr, pour donner l'impulsion nécessaire au service si mal fait des cabines e© de Ta table. Tout marebe alors à merveille, Le serviec devient ponctuel, les garçons polis, la table presque suceulente, Mais hélas ec paradis terrestre ne dure que vingt-quatre heures, ear le capitaine prend à son tour la "government à vécu !

direction du service intérieur, Le régime du sel)

Malheureusement pour les passagers, ce brave Mac Mullen, execllent homme au fond, surtout lorsqu'it n'est ni sous l'influence de a colère, ni sous celle des petites liqueurs, s'en repose, pour le service, sur le steward. peut cuistre de 20 ans, aussi négligent que mal appris et que les passagers ont trop souvent besoin de remettre à sa place, De son coté le roulis protite de ce que la cale du paquebot manque tant soit peu de fret pour obliger Le bâtiment à se livrer à des ébats peu agréables pour les passagers eU à prendre à bäbord, sous l'influence de la voile, une inclinaison exagérée, Mais les distractions et les amusements de la jeunesse réagissent contre les petites misères du bord, La musique,

| intérieur, ois, quand se SC resré et lemet dans les se, Mais ee ice dans la etage, mais il de ceux 1 Damare, quelquefois lu bord qui cor du bis- M du Cuiside la compitaine Mac he S'expriues mots).

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AUTREFOIS ET AUJOURD HUI qui ne perd jamais ses droits, charm les esprits par des flots d'harmonie, et bien que la lyre d'un Orphée ne se fasse pas entendre, quel ques virtuoses s'efforcent de la faire oublier, C'est entre les soubresauts de deux vagues qu'un jeune violoniste de talent, M. Jacques Haakman, met au monde, en l'honneur du Canada, un hymne de circonstance, qui prend de suite le nom de Chant du Damar«.

Après avoir franchi les parages toujours agités du Trou du Diable, le Damara arrive en vue du cap Race et des côtes escarpées et désolées de Terre-Neuve, Là il est pris. dans d'épais brouillards pendant près de deux jours, n'avançant que lentement au bruit de la sirène, dont le son rauque el lugubre se fait entendre dé nuit comme de jour. Le 15 août on découvre la terre de la Nouvelle-Écosse, dont les côtes relevées sont couvertes de forêts ou de riantes prairies, Quelques heures après, le Damara pénètre dans la profonde baie d'Halifax, franehit le moôle et va accoster sans lt moindre difficulté aux quais du magnitique bassin naturel qui sert de port à la capitale de la Nouvelle-Écosse,

Sur le pont même du bateau, le maire d'Halifax, M. Mac Kintosh, vient souhaiter la bienvenue aux voyageurs, ainsi que deux délégués de la ville de Québec, MM Faucher de Saint-Maurice, membre du Parlement, et Tarte, directeur du Canadien, qui ont tenu à saluer leurs frères de France avant même qu'ils eussent mis le pied sur la terre d'Amérique. On nous attend avec impatience à Québec, mais il est impossible de parür le jour de arrivée, Le lendemain étant un dimanche, les chemins de fer font reläche, sans se soucier des impatiences des voyageurs, et ee n'est que le lundi soir — car il n'ya qu'un (rain par jour — que le départ pourra s'effectuer,

Hn'est pas possible d'aborder sur cette terre du Canada sans se reporter par la pensée aux temps glorieux où le drapeau dela vieille monarchie francase fottait librement et fièrement sur eet immense territoire, L'histoire du Canada n'a encore que quelques pages, mais combien d'illustres faits d'armes el d'actes héroïques n'y sont-ils pas consignes! Ces souvenirs sont profondément gravés dans fous les cours canadiens: mais, peut-ûtre, n'est-il pas inutile dé rappeler en quelques lignes cette grande épopée de la colonisation du Canada et les diverses phases traverstes par ce pays Jusqu'au jour où une véritable autonomie lui a été concédée,

Eee ee

Le 16 juillet 153%, Jacques Cartier, parti de Saint-Malo avec deux vaisseaux, débarquait sur les côtes de la Gaspésie, à l'embouchure du Saint-Laurent, et prenait possession, au nom du roi Francois F", du pays qu'il désignait sous le nom de Nouvelle-France ou Canada, d'après le nom que les Sauvages lui donnaient, En 1535. dans un second voyage, il abordait à Stadaconé (Québec), où il passait un rude hiver avec les équipages de la Grande Hermine, de la Petite Hermine et de l'Emerillon, En 1536, il remontait le Saint-Laurent jusqu'à Hochelaga (Montréal, Une première tentative de colonisation, faite en 15%1, ne réussit pas. En 160%, de Monts débarqua sur une île, près du Nouveau- Brunswick. Mais ce fut en 1605 seulement, que furent jetées les assises de la premitre cité française, Port-Royal, sur les côtes d’Acadie, Le 3 Juillet 160$, Champlain fondait Québec, dans une situation admirable, A dater de ce jour la colonie existait, mais des guerres incessantes avec l'Angleterre entravèrent constamment son développement, Québec fut assiégé et pris par les Anglais en 1629, mais rendu à la France en 1632,

Afin de favoriser la colonisation, Richelieu avait fondé, le 29 avril 1627, la Compagnie des Cent-Associés qui avait le monopole du commerce et de Fadministration du jrys. Cette Compagnie, qui ne répondit pas à lattente générale, subsista jusqu'en 1063, époque à laquelle Je Canada fut replacé sous lPautorité directe de la Couronne, Pendant près d'un sièele, à partir de 1609, la colonie eut à subir les incursions des Froquois, sans cesse excités contre elle par Angle terre. Après avoir presque exterminé les Hurons, nos alliés ct leurs mortels ennemis, les froquois ne furent contraints qu'en 1700 d'enterrer Ja hache de guerre. Cela ne les empécha pourtant pas de nous combattre jusqu'en 1760, chaque fois que les Anglais nous allaquaient, et c'était souvent!

Durant ces luttes intestines, la guerre avec F'Angleterre n'avait cessé de sévir, Québec, assiégé de nouveau en 1690, repoussait toutes les atlaques: le chevalier d'Iberville, le Cid canadien, prenant à son tour l'offensive, s'emparait de Terre-Neuve, en 1696, et de la baie d'Hadson, en 1697; mais ce dernier territoire était cédé à PAngleterre à la paix de Ryswick, en échange de PAcadie, La majeure partie de cette région et Terre-Neuve passaient ensuite à Angleterre, en 1743, à la conclusion du traité d'Utrecht.

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La guerre de la succession d'Autriche n’entama point le Canada, mais la guerre de Sept ans devait amener, après une lutte glorieuse, la fin de la domination française dans le nord de l'Amérique, A cette époque Ja Nouvelle-France ne comptait que 13,000 hommes en état de porter les armes, et les deux tiers étaient des colons. Néanmoins, le gouverneur, le marquis Duquesne, et son successeur, de Vaudreuil, se préparèrent à résister éncrgiquement avec laide du marquis de Montcalm et du chevalier de Lévis, qui devinrent les héros de cette de voir les Acadiens renoncer à leur nationalité, les déportaient en masse sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, Le 3 juillet 1755, de Beaujeu avec 220 Français et 720 Sauvages mettait en déroute complète 2,200 Anglais commandés par le général Braddock, Les deux généraux étaient mortellement atteints et les Anglais laissaient 1,500 hommes et 13 canons sur le champ de bataille de Belle-Riviôre où Monongahéla, Le 8 juillet 1758, Montcalm remportait la célèbre victoire de Carillon; 16,000 Anglais étaient complètement battus par 9.000 Français et abandonnaient 5,000 hommes hors de combat sur le Heu de leur défaite,

Mais ces brillants faits d'armes restaient sans écho à la cour de Versailles qui laissait sans appui ct sans secours d'aussi vaillants champions. Les Anglais, exaspérés par leurs échecs répétés, résolurept d'en finir et mirent sur pied 60,000 combattants, chiffre égal à la population fout entière du Canada, Louisbourg fut pris après six semaines d'une résistance héroïque, le Canada envahi de trois côtés à la fois, et le général Wolfe, à la tête de 11,000 hommes, vint mettre le siège devant Québec, Une lutte suprême eut lieu. le 13 septembre 1759, dans les plaines d'Abraham. Montcalm, qui n'avait que 4,500 hommes, fut vaincu après une glorieuse résistance. Les deux généraux ennemis lombèrent mortellement frappés en chargeant à la tête de leurs soldats. et le mème monument, élevé à Québec, rend un égal hommage aux deux héros morts au champ d'honneur.

Québec capitula le 18 septembre,

Le 28 avril de l'année suivante, à Sainte-Foye, dans ces mêmes plaines d'Abraham, le chevalier de Lévis vengea brillamment l'hon-

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neur des armes françaises et rejeta les Anglais dans Québec, Mais la disproportion des forces des deux combattants rendait Fa lutte iinpossible, Lévis se replia sur Montréal et la reddition de cette ville, le S septembre 1760, mit fin pour jamais à la domination de la France sur une terre où l'esprit de sacrifice et de dévouement à li mère patrie n'avait pas un instant cessé de battre dans tous les cœurs, Le 10 février 1763, le traité de Paris cédait à l'Angleterre les immenses et fertiles territoires que Voltaire, en courtisan aussi plat qu'ignorant, appelait si dédaigneusement quelques arpents de neige...

A dater de ce moment conmmenca, pour les 65,000 Français restés au Canada, une véritable lutte pour Fexistence, Abandonnés à leur malheureux sort par tous ceux qui occupaient une situation tant soit peu influente, les infortunés colons serrèrent les rangs autour du clergé patriote qui était resté fidèle à son poste de combat. Bien que Pacte de cession à FAngleterre ait garanti aux Canadiens Fusage de leurs lois et le libre exercice de leur religion, les vainqueurs traitérent les vaineus avec un arbitrure et une rigueur excessifs, Toutes les lois françaises furent abolies et le pays fut gouverné militairement, Bientot cependant l'agitation des colonies de la Nouvelle-Angleterre fat cause d'un adoucissement de régime au Canada; Pacte de Québec (1774, rétablissant les lois françaises, amena, pour un temps du moins, une période dapaisement et de calme. Aussi quand le général américain Montgomery envahit le Canada, en 1775, les habitants de ce pays resrent indiférents, d'autant plus qu'ils n'avaient jamais eu que de antipathie pour éeux que. même après leur indépendance, ils désis anaient sous le nom de Bostonais. Montgomery fut repoussé et tu6 à Fassaut de Québec GE décembre 1775

Mais à peine le danger était passé que Fa tvrannie du gouvernement anglais se Hit sentir de nouveau dans toute son odieuse rigueur. Toul fut mis en œuvre pour anglierer le pars. Mais le courant d'émigration qui, depuis le traité de Versailles de PS3 amenait des Etats - Unis dans lé haut Canada un fort contingent de population anglaise, ne réussit pas à donner un appui suffisant aux Anglais pour le triomphe de leur nationalité. L'attitude des Canadiens déjoua teux les ealeuls. Alors en vue d'amener un apaisement entre les deux races, le Parlement métropolitain accorda une constitution aux Canadiens (79D. Le

éhec, Mais a lutte iincette ville, : la France à la mère les cœurs.

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1 SouUverne- Se rigueur.

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les calculs.

DS le Parlos (1791). Le

territoire fat divisé en Haut et en Bas-Canada, chacune de ces provinees avant deux Chambres. La population du Canada s'élevait alors à 35.000 habitants dont Æ5 à 20,000 Anglais seulement. presque tous dans le Haut-Canada, Bien que Félément français eût une Hnmense majorité, da nomination, par la Couronne, d'une majorité anglaise à la Chambre haute du Bas-Canada paralysa toute bonne administralion et fut une cause de conflits aussi aigus que fréquents. Les cons cessions accordées n'étaient plus qu'un leurre. La constitution Lorturée dans ses textes, les intérêts des Canadiens-Ærançais sans cesse sacriliés aux intérêts anglais, la mise en pratique d'un système de vexaons et de taquineries mesquines amenérent des protestations sans cos renouvelées, Les réclamations les plus légitimes étant toujours écartées avec un parti pris systématique, les manifestations de la volonté populaire restant toujours sans résultat, les Canadiens-Français exaspérés firent appel aux armes, Un soulèvement éclata à Montréal le 7 novembre AN37 et se propagea dans tout le Bas-Canada: mais il fut bientôt réprimé el nové dans le sang, Ce soulèvement entraîna la suspension de la constitution et de nouvelles mesures de rigueur qui durèrent jusqu'en IS, époque où le Parlement de la Grande-Bretagne vota Funion des deux provinces, Bien que la population d'origine francaise fût encore bien supérieure à la population anglaise, les deux races étaient représentées par un nombre égal de députés à FAssemblée législative, Par ce moyen on espérait éloufler la voix des Canadiens-Francais, Aussi ne fut-ce pas sans de grands efforts que Fusage de la langue francaise pu être maintenu dans les débats parlemen< aires, Néanmoins les Canadiens-Francais, grâce à leur union constante, à leur fermeté el à leur sagesse, rentrèérent peu à peu dans l'exercice de leurs droits. Les passions, si justement excitées, S'apaisèrent enfin,

C'est vers cette époque que FAneleterre commenca à poser en principe l'administration des colonies par elles-mêmes, On peut revendiquer pour le Canada l'honneur de Fidée et de son application, qu'on lui concéda de bonne grâce lorsqu'on s'aperçut qu'il pouvait se gouverner de Tuimême sans faire appel au trésor de la Grande Bretagne, Pari les promoteurs de Fidée d'un Canada vivant par lui-même, il faut citer sir Louis-Hippolyte Lafontaine que le Canada S'honore de compter parmi ses hommes d'État.

Fe

A l'acte d'union de 1849 succéda, en 1$67, la réunion en une seule confédération du Haut et du Bas-Canada (Ontario et Québec), du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse auxquels furent adjoints peu après : le territoire du Nord-Ouest et le Manitoba, la Colombie anglaise, l'ile du Prince-Édouard, Terre-Neuve n'adhéra point à la confédération, L'acte de 1867 reconnait un gouverneur général, nommé par la Reine, et dont les pouvoirs sont d'un ordre presque exclusivement contemplatif. Le Parlement fédéral, siégeant à Ottawa, se compose d’un Sénat de 80 membres nommés à vie et d’une Chambre des communes de 215 membres élus, L'usage des deux langues, anglaise et française, y est facultatif; la rédaction des procès-verbaux, des lois, de la Gazette ofjicielle est obligatoire dans les deux langues. L'acte de confédération reconnait la liberté de pétition, de réunion, de la presse, et consacre pour les Canadiens-Francais le libre exercice de leur langue, de leur religion, de leurs coutumes. Le pouvoir exteutif est entre les mains d'un conseil des ministres. Enfin, chaque province est indépendante des autres, en ce qui eoncerne son administration intérieure dans le sens le plus large du mot. Elle est dotée d'un lieutenant-gouverneur, de ministres provinciaux et possède une Assemblée législative et un Conseil législatif, excepté le Manitoba, Ontario et Ja Colombie qui ne sont point pourvus d'une Chambre haute,

Le lien qui rattache le Canada à l'Angleterre est si fragile qu'il suflirait d'un souffle pour le rompre. L'Angleterre à toujours eu pour principe de laisser la plus grande liberté d'administration à ses colonies, Mais au Canada, cette liberté à pris de telles proportions qu'elle est devenue une véritable autononie, presque une indépendance absolue ; le mot fait à peu près seul défaut. En effet, depuis acte de confédéralion de 1867, le Canada a la haute main sur {ous les services, TT possède un pouvoir exéeutif, un parlement, un budget, une milice, un tarif douanier, auquel sont soumis les produits anglais tout comme ceux des autres nations: il peut même conclure des traités de conimerce, sous réserve de sauvegarder les apparences diplomatiques. S'il n'arrive pas jusqu'à avoir des représentants diplomatiques à l'étranger, il a toutefois trouvé le moyen d'avoir un commissaire général, non seulement à Paris, mais mème à Londres, auprès du gouvernement de la métropole, La fonction de gouverneur général du Canada, déjà bien annihilée, devient

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pour ainsi dire presque honorifique, Le gouverneur représente la Reine, recoit les hommages, donne des fêtes, et c'est tout, Enfin, les Canadiens se sont octroyé un drapeau spécial en appliquant sur les couleurs anglaises les armes des provinces canadiennes, Le nouvel Etat à pris le nom de Dominion ou Puissance du Canada.

Grâce à cette organisation fort ingénieuse, le Canada retire de cette situation tous les avantages que comporte la protection du pavillon britannique sans en avoir les inconvénients. Non seulement la souveraineté morale de Angleterre est pour lui une source de force et de prestige, mais encore la flotte britannique, qui rayoune sur toutes les mers, est pour fui un appui précieux, et le fait que les représentant diploma- {iques etconsulaires de l'Angleterre sont également les siens épargne au budget du Canada de lourdes charges,

EE qu'on ne croie pas que le Canada ait hâte de romore le faible lien qui le rattache à l'Angleterre, Tout au contraire, Le Canada qui, comme le charbonnier, est maitre chez lui, aurait tout à y perdre et rien à y gagner, Quelle serait, en effet, sa situation à lui, pays de quatre millions et demi d'habitants, vis-i-vis des États-Unis et de ses soixante millions d'ämes? Nerisquerait-il pas un jour où l'autre d'être absorbé par la grande république, de voir son autonomie détruite et ses intérèts gravement lésés ? Les Canadiens-Français souffriraient particulièrement de ce chansement de régime, car ils devraient renoncer pour toujours à obtenir une suprématie qu'ils ont l'espoir justitié de pouvoir reconquérir un Jour, Là est le secret de leur loyauté, de leur attachement même à la couronne britannique, tout autant que la liberté dont ils jouissent, C'est ee qui fait comprendre ces paroles d'un homme d'État canadien, sir Étienne Taché : « Le dernier coup de canon pour la défense de la domination angiaise en Amérique sera tiré par les Canadiens- Français. »

Et, chose digne de remarque, ce ne sont pas les Canadiens qui ont poussé l'Angleterre à se détacher presque complètement de leurs affaires. Cest l'Angleterre elle-même qui, de son propre mouvement, dans un esprit d'économie, et suivant en cela les (htories d'une certaine école, s’est peu à peu désintéressée du Canada, el. plus l'Angleterre retirait sa

main de ce pays, plus ce dernier faisait d'efforts pour la retenir. Cette école, dont M. John Bright était un des plus ardents champions, et dont

le Times état un des échos les plus retentissants, ne demandait rien et «

moins que l'abandon à elles-mêmes de toutes les colonies anglaises, jeun If Les Hibéraux, qui tenaient alors les rênes du gouvernement à Londres, Li Sils n'adoplaient pas toutes les (héories de cette école, subissaient ce- uion

pendant son influence, C'est sous leinpire de cette influence que le jeter

cabinet Gladstone ordonna le retrait des troupes anglaises du Dominion, air

considérant que, depuis Facte de confédération, les forces vives du lique

Canada pouvaient facilement être groupées en un seul faisceau pour sa Fra

l défense, Ce fut en vain que les Canadiens protestérent contre cette l'Égl | mesure, se croyant complétement abandonnés à leurs faibles forces, d'au | L'Angleterre ne voulut rien entendre, Elle fit cependant une conces- pour sion en consentant à laisser une garnison à Halifax, Les Canadiens bien

comprirent que le jour où ils voudraient être indépendants ils le se- voloi

Il raicnt, l'acct I Deux choses ont puissamment contribué, après la cession du Canada, juma à maintenirehez les colons français le souvenir €: leur nationalité et Le de leur race: c'est la conservation de leur langue et de leur religion, reste

, Après la conquête anglaise, tous les fonctionnaires français, les sei- desr aneurs influents, les grands propriétaires où négociants, quittérent Bit

L ‘ peu à peu le pays, Le petit commerçant dans les villes etle cultivateur des à dans les campagnes restèrent seuls attachés au sol qui les faisait vivre. pens: , Le clergé catholique, cependant, était en majeure partie demeuré fidèle con]

à son poste, Ce fut lui qui, profitant de sa culture intellectuelle, de tion

son influence morale et de la supériorité de ses lumières, entreprit la la

de rallier autour de sa bannière ces éléments épars et découragés de à de

la race française, À forec de patience, de courage et de dévouement, étoul

il parvint à ranimer les esprits abattus par les plus cruelles épreuves lang

et, en leur enseignant leurs devoirs, leur indiqua la voie à suivre cand

pour le recouvrement de leurs droits. Grâce à cette influence, aussi ment

légitime que bien entendue du clergé, les Canadiens-Français relevè- la la

rent la tête else firent peu à peu la place à laquelle ils avaient droit. débu

Vers 1780, le clergé avait réparé loutes ses pertes el Sélait entiè- de s:

rement reconstitué à laide du soul élément canadien. verb:

Aujourd'hui que la lutte est terminée, le clergé ne possède plus cette lutte

influence prépondérante qu'il avait dans les jours de deuil ct de mal- les à

heur, mais il est profondément respecté, justement estimé partout, M

demandait rien nies anglaises, aient à Londres, subissaient cefluence que le s du Dominion, orces vives du faisceau pour sa nt contre cette faibles forces, nt une conces- Les Canadiens

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ion du Canada, uw nationalité ot e leur religion, rancais, les seints, quittérent et le cultivateur es faisait vivre, demeuré fidèle iltcllectuelle, de icres, entreprit découragés de e dévouement, uelles épreuves voie à suivre nfluence, aussi rançais relevèavaient droit.

1 s'était entiè-

ssède plus cette leuil et de malestimé partout,

et sa part n'en est pas moins fort belle encore dans l'éducation des jeunes générations,

Les Canadiens-Français sont restés profondément attachés à la religion de leurs pères. Is n'ont pas eu, il est vrai, de révolutions pour jeter daas leur cœur des semences d'athéisme et d'irréligion. Sans être cléricaux, dans le sens non altéré donné à ce mot, ils sont catholiques sinedres et pratiquants, et qui dit, en Amérique, Canadien- Français, dit également catholique. Sans secousses d'aucune sorte, l'Église s'est trouvée séparée de l'État sans le moine désavantage d'aucun côté. Comme il n'y a pas de budget des cultes, les habitants pourvoient eux-mêmes à l'entretien du clergé. Celui-ci, en dehors des biens qu'il peut avoir, recoit la dime que chaque habitant lui remet volontairement et librement, Bien rares sont ceux qui se soustraient à l'accomplissement de ce devoir, au paiement de cette dette qui n'est

jamais réclamée par là voie Judiciaire,

Les protestants d'origine française sont en nombre infime et sont, du reste, mal vus des Canadiens catholiques qui les considèrent comme des renéguls.

Bien plus encore que la religion, Ha langue française à eu à subir des assauts aussi nombreux que redoutables de la part de ceux qui pensaient, avec juste raison, que sa disparition entraincrait l'absorption complète de Félément latin dans Félément anglo-saxon, La capitulation de Montréal, en 1760, ayant omis de stipuler la conservation de la langue francaise dans les actes officiels, les colons furent en butte à des persécutions sans nombre de la part de leurs vainqueurs qui élouffaient sans cesse les réclamations relatives à l'emploi de cette langue. Lorsqu'en 1790 s'ouvrit la session du premier Parlement, la candidature comme orateur (président) de M. Antoine Panet fut vivement combattue sous prétexte de linsuflisance de sa connaissance de la langue anglaise, De longs débats, où Papineau fit ses premiers débuts d'oratcur, s'engagèrent sur cette question, ainsi que sur celle de savoir s'il convenait de rédiger dans les deux langues les procèsverbaux des séances, La langue française sortit victoricuse de cette lutte parlementaire et acquit droit de cité, à partir de ce jour, dans les assemblées et dans les tribunaux.

Mais le parti anglais n'avait pas déposé les armes,

AU CANADA ET CHEZ LES PEAUX-NOUGES En effet, il réussissait à faire insérer dans l'acte d'union du Haut et du Bas-Canada, en 4830, que la langue anglaise serait la langue oficielle du Parlement, Mais dès l'ouverture de la première session des nouvelles Chambres, celles-ci votérent un bill autorisant l'usage de la langue francaise au Parlement, EU si un orateur anglais, sir Allan Mac Nab, se basant sur l'acte d'union, osa, en 184%, refuser de recevoir une proposition dont le seul défaut était d'être présentée en francais, il ne fut pas longtemps sans encourir le blâme de le, Chambre, L'usage du français fut maintenu et un acte de li métropole abolit, en IS4S, la disposition de Pacte d'union relative à l'emploi de la langue anglaise. Depuis cette époque, les deux langues n'ont pas cessé un instant d'être traitées sur le pied de légalité,

Bien que le contact littéraire ait été, tout comme le contact politique, longtemps perdu entre la France et le Canada, les Canadiens d'aujourd'hui ont conservé avec une fidélité, qui n'a d'égale que leurs sympa- (hies pour leur pays d'origine, et une pureté véritablement surprenantes, la langue que leurs pères leur avaient Téguée, Ace sujet un ancien ministre canadien, dont li compétence en matière d'instruction publique est reconnue, M. P, 7, 0, Chauveau, écrivait il y a quelques années déjà :

« Le langage des Canadiens les moins instruits est encore du français et du français meilleur que celui que parlent les paysans des provinces de France où l'on parle français. On ne saurait trop admirer la sottise de quelques touristes anglais qui ont écrit que les Canadiens parlent un patois. Le fail est que, sauf quelques provincialismes, quelques expressions vicillies mais charmantes en elles-mêmes, le français des Canadiens ressemble plus au moilleur francais de France que là langue du Yankcee ne ressemble à celle de l'Anglais pur sang, »

I est, en ellet, curieux de remarquer que, tandis qu'en France les idiomves provinciaux sont encore, à l'heure actuelle, fortement enracinés, il n'existe pas de palois au Canada, La raison nous en est donnée par un écrivain distingué, M. Benjamin Suite, dans une notice sur la Situation de la lançu? française au Canada, publiée au moment même de la visite de la délégation française. Le Canada présente la merveille de Puniformité du langage :

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« De Gaspé à Prescott, écrit M, Sulle, il ne varie pas, et, ce qui est au moins aussi singulier, c'est que, à l'ouest de la province d'Ontario, dans le comté d'Essex, par exemple, où nos gens sont si nombreux, le langage est le méme que sur les rives du Saint-Laurent et de FOttawa, I est le incime dans les États-Unis, partout où nous sommes répandus...

Pourquoi n'avons-nous pas de mots de patois ?

Dans ces premiers temps (XV siècle), l'influence des directeurs et directrices de nos institutions publiques a été décisive, Ecoles, hopilaux, séminaires, cures, avaient à lour tête des hommes et des femmes très instruits, venant de toutes les parties de la France, et qui, en très peu de temps, eurent fondu les accents de leurs administrés en un seul corps où domine nécessairement le normand, mais où les accents de Chartres, de Tours et des Charentes prirent aussi une belle part, Ces professeurs, ces curés, apprenaicnt aux petits Canadiens à bien parler, à bien prononcer, à bien saisir le génie de la langue francaise, Quelles conditions plus favorables peut-on exiger pour atteindre à lunilormité et à l'exactitude du langage chez le peuple ? »

Quelques voyageurs et écrivains français visitant le Canada ont jugé assez sévèrement le pays au point de vue du langage, Is ont eu tort, car ils n'ont pas tenu suflisamment compte de Fabandon dans lequel avait été laissé le peuple canadien et du contact permanent d'une autre langue qu'on cherchait à lui imposer. Le Canadien traine les mots en parlant ct se sert de certaines expressions et de quelques tournures de phrases qui découlent évidemment de Ja langue anglaise. Le paysan, l'habitant, pour employer Fexpression canadienne, à parfois un langage un peu altéré, Mais au licu de constater et d’enregister le fait purement et brutalement, que ne compare-t-on avec la inère patrie, que ne met-on en parallèle et les efforts faits et les résultats obtenus ? On verra alors dé quel côté se trouve la supériorité,

Si le Canadien à souvent un langage trainard et monotone, quelle surprise H'éprouvera-t-0n pas en France en entendant parler successivement un Normand, un Gascon et un Provençal ?

Si l'habitant canadien se sert parfois d'expressions surannées ou de mauvais français, que ne dira-t-on pas alors des paysans français, car il faut comparer les classes entre elles, eUne pas conclure, en entendant parler les gens du peuple, que c'est là le langage de la société? Dans tous les pays du globe, le langage du peuple est défectucux, et ce n'est pas uniquement sur ce langage qu'un voyageur doit baser ses observations.

Si un étranger parcourait nos campagnes et jugoait la langue francaise sur de langage des paysans, à quelles conclusions surprenantes n'avriverait-it pas? Laissant de côté les anciennes provinces où un patois est, trop souvent encore, la langue la plus usitée, que de défaillances de langage ne trouve-Lon pas dans des régions qui ont, bien à tort, ibest vrai, la réputation d'être celles où la langue française se parle le mieux Dans le Blésois, le Vendômois, par exemple, e’est-àdire en plein cœur de la France et de la vieille monarchie française, que de fois n'ai-je pas entendu prononcer par des paysans des phrases dans le genre de collesert Queque Lieu (leur) 34 dit? étions bein allé à la rivière mener les vaches bure, » elautres barbarismes à faire dresser les cheveux sur la tête d'un linguiste. Avec quelques comparaisons de ce genre on sera vite amené à reconnaitre que, non seulement le langage de Fhabitant canadien n'a rien de si défectueux, mais encore, comme dit M. Chauveau, qu'ilest bien supérieur à celui de la masse des paysans français,

I faut reconnaitre aussi que la culture de Fhabitant canadien est supérieure à celle du paysan français en ce qui concerne la langue française, En outre, execpté dans quelques comtés de la provinee de Québec, où le francais est exclusivement employé, tous les Canadicns- Francais parlent la langue anglaise, ee qui relève singulièrement teur niveau intellectuel, n'est pas inutile de faire remarquer que chez les Canadiens-Anglais le même phénomène ne se produit pas, Là où la population est en très grande majorité anglaise, on ne sait pas un traître mot de français, en est à peu près de même dans les régions où les deux races sont également mélangées. Ce n'est que dans les contrées où ils sont incontestablement en minorité que les Anglais daignent apprendre et parler notre langue, Quand un Canadien-ÆFrançais et un Canadien-Anglais se rencontrent, neuf fois sur dix la conversation a lieu en langue anglaise, car sans cela, celle accuserait une infériorité par trop accentuée pour le sujet anglus, ou elle serait même matériellement impossible, C'estce qui explique pourquoi, dans des villes d'origine toute française, le bruit d'une conversation en anglais vient, plus fréquemment que lon ne s'y attend, frapper et surprendre votre oreille.

Si, dans la société canadienne francaise, le langage m'a pas ce laisser aller que l'on rencontre parfois chez les habitants des campagnes,

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les campagnes,

le contact de la population anglaise à amené lintroduction de tournures de phrases et d'anglicismes de nature à altérer Ha pureté du langage, Mais il faut rendre cette justice aux Canadiens-Français qu'ils font des efforts pour chasser de leur langue des expressions qui y trouvent trop souvent droit de eité, La plupart des mots techniques de date récente ont d'ailleurs été traduits en français et sont employés dans le langage courant, tandis qu'en France nous acclimatons sans scrupules les mêmes mots étrangers, C'est ainsi que nous disons : rail, wagon, sleeping-car, tramway, tichel, square, landis qu'au Canada on dit: lisse, char, char dortoir, char urbaïa, billet, carré,

Sous ce rapport, la langue française est en proie à une véritable invasion contre laquelle on ne saurait trop protester, d'autant plus que, très souvent, c'est uniquement par genre que ces mots anglais prennent place dans lt conversation, De ee côté, Ta supériorité et la raison sont encore du côté des Canadiens,

Mais, si plusieurs écrivains ont jugé le langage des Canadiens Français après un examen par trop superticiel, il s'en est trouvé d'autres qui ont opiné dans le même sens, sans le moindre examen, M, Benjamin Nulle raconte à ce propos une curieuse anecdote attribuée à un auteur qu'il a Ja charité de ne pas nommer,

« D'autres, dit-il, sont moins heureux dans leurs conceptions, Le mot raquette, par exemple, n'est employé en France que pour désigner le petit objet avec lequel on lance le volant (9, Un auteur ayant lu que les Canadiens font, en hiver, des promenades en raquettes, et croyant voir là une faute d'impression, écrivit que, malgré la rigucur de leur climat, les Canadiens se promènent en jaquette, C'est d'autant plus curieux que nous avons l'habitude d'appeler les chemises de nuit jaquettes.

Voilà ee que l'on dit de nous Dans le vicux pass de nos pères! »

La conservation de la religion catholique et de la langue française sur les bords du Saint-Laurent a été singulièrement facilitée par l'accroissement prodigieux des Canadiens-Français, accroissement qui est

(1) Au Canada, pour marcher plus facilement sur la neige, on s'attache aux pieds de grandes raquettes, avant environ 1 mètre de longueur sur 0,40 de largeur,

RE REED PMR"

18 AU CANADA ET CHEZ LES PEAUX-ROUGES peut-être sans exemple dans Fhistoire des peuples. Le dernier recensement de a populations fait en {SST. à donné 32219 habitants.

Dans ce chiffre on compte 2,56N,600 nglo-Saxons (dont 957,103 Ir-

landaisis 4,29K,929 Francaiss 254,319 Allemands: TON TT Sauvages, Dix ans auparavant, la population n'étuit que de 8,547,996 habitants et. en 480, de 240,000 âmes seulement, ee qui fut une augmentaion annuelle. depuis le commencement du siècle. de 217070, tandis que, dans lt mème période de temps. Faugmentation m'étut que de 15 0/0 aux Etats-Unis, Le recensement de St donnait encore la majorité à lélément français dans Fensemble des deux provinees du Canada, mais celui de [S52 constatait que la prépondéranee étui assurée à l'élément anglais. sans cesse alimenté par une émigration nombreuse venant de ti Grande-Bretagne, tandis que Félément fran- Quis, bien que croissant d'une facon prodigieuse, ne se reproduisut que par lui-même, nulle assistanee ne fur arrivant du dehors, C'est ainsi que le Haut-Canada anglais. qui avait 500,000 habitants en LSTE, en comptait 952,000 en 1832. Aux mêmes dates, Ha population du Bas-Canada français ne s'élevait que de 697,000 à 90.000 mes,

I est facile de voir que l'acte de confédération, longtemps combattu par les Canadiens-Francais à eu pour conséquence de noyer ces dernicrs dans le flot des Anglo-Saxonsti mais grâce à l'autonomie que possède chaque province. Félément francais, qui se trouve pour les 49% dans li province de Québec. jouit. dans cette province. de la plus grande somme de liberté qu'il puisse désirer, Bientôt y régnera en maitre presque exclusif et déja il déborde sur la province, si anglaise, d'Ontario, Si lon ajoute aux 1300,000 Français du Canada, = qui sont bien 1,500,000 aujourd'hui, les 6 où 800,000 qui vivent aux États-Unis. on dépasse 2 millions. On voit que les 65.000 colons de 1763, dont ils sont eus les descendants. n'étaient pas dégénérés. et on juge factlement, par cet exemple. de la force de résistance et d'expansion que peut atteindre Ha race francaise. dont les facultés colonisalrices ne sauraient plus être méconnues, Nolle part d'ailleurs, la race française n'a été aussi prolifique qu'au Canada: les célibataires y sont rares, les mariages SY font de bonne heure et les familles ont une moyenne de 6 à 8 enfants, moyenne supérieure à celle des

funilles anglaises, Parfois le nombre des enfuuts, de même père et de

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méme mère, atteint 25, et, quand ee chiffre est dépasse, le 20% enfant est élevé aux frais de la paroisse. C'est dans cette rapidité d'accroissement, tout à l'américaine, que réside le secret de Ta force des Canadiens-Francais, Qui sait si avec quelques renforts de France is ne parvicndront pas un jour à reprendre la prépondérance et à tonder dans le nord de F'Amérique un grand empire français destiné à servir de contrepoids à la Confédération des Etats-Unis?

Malheureusement pour les Canadiens, Fémigration de France est des plus minimes et la difficulté des transactions commerciales ne contribue pas à lencourager, Sous ce rapport un tarif douanier fort élevé élève entre le Canada et la France une véritable barrière qui due de l'époque où le Canada voulut protéger et développer son industrie naissante, En ÆS60, le Canada avait été assimilé à PAngleterre sous le rapport du régime d'introduction des produits français. Nos. vins ne pavaient alors qu'un sehelling CE fr. 291 par gallon, comme en Angleterre, [en fat ainsi jusqu'en IN73. A cette époque eut lieu un chansement de régime; le Canada eessa de profiter des traités de commerece, non renouvelés et établit un tarif général des douanes, En 1879, une nouvelle augmentation de tarif se fit sentir; les droits sur les vins furent frappés d'une surtaxe de 30 0/0, Mais le gouvernement canadien se fit autoriser par le Parlement à rapporter cette surtaxe pour là France et FEspagne, Si le jugent utile,

Cet état de choses, toujours en vigueur, n'a point favorisé le conmeree français, L'exportation de France au Canada qui n'étut. en 1865, que de 1,709,000 franes, atteignait 9,848,000 francs, en IS74. Mais, depuis cette époque, date de l'établissement du tarif général, elle n’a cessé de décroitre. Quant à l'importation du Canada en France, elle élit de 2,145,000 francs en 1868 et, depuis ee moment, elle à suivi constamment une échelle ascendante,

A deux reprises, en 1882 60 en 1883. des négociations ont été engagées pour arriver de part et d'autre à un abaissement de tarifs, M. Alexandre Gall, commissaire du Canada, offrait pour unique concession la suppression de la surtaxe de 30 0/0 eC demandait l'abolition de la surtaxe d'entrepôt pour les produits canadiens importés par la voie d'Angleterre, une réduction de droits sur quelques articles (cuirs. coutellerie, ete.) et le (raitement de la nation la plus favorisée,

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Le gouvernement français représenté, en premier lieu, par MM, Tirard et de Freycinet, puis par MM, Hérisson ct Challemel-Lacour, alors ministres, ne put consentir à abolir la surtaxe d'entrepôt, se basant sur ce fait que c'était une règle générale à laquelle tous les pays étrangers élaient soumis, Hfilen outre remarquer que les droits canadiens, établis en 1879, étaient excessifs, M. Gall ayant répondu que le Canada ne pouvait renoncer à sa politique protectionniste, Faccord ne put pas s'établir,

I faut espérer que, dans un intérêt politique autant que commercial, les négociations seront un jour reprises avec plus de chances de succès et amèneront un contact commercial qui devrait exister depuis longtemps entre deux peuples animés des mêmes sentiments sympathiques et unis par de communs et glorieux souvenirs.

Telles sont les diverses phases traversées par le Canada depuis les premiers {emps de la colonisation jusqu'à ee jour, Tel est l'exposé sommaire de la Situation de ce pays si jeune et ecpendant si expérimenté

déjà, exposé qui facilitera l'intelligenec du récit qui va suivre,

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