‹ Au Canada et chez les peaux-rouges [microforme]Chapitre 12 sur 36 · DA S · texte numérisé non relu

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porte à destination par un chemin pittoresque qui gravit en zigza les flanes boisés de Ja montagne où lon a dessiné un pare. De la terrasse du Mont-Royal se déroule un magnifique panorama, Au prenier plan s'étend toute Hi ville de Montréal avec sa multitude de loits, les flèches de ses églises etles deux grandes tours de Ja cathé-

drale qui dominent toute la ville. Au delà, coule dans toute sa ma-

jesté le Saint-Laurent. aux larges bords. aux îles nombreuses, dont

quelques-unes, eéomme File Sainte-Hélène, sont des lieux de piquenique fort à la mode, L'île Sainte-Hélène na aucun rapport avec Napoléon EL comme on serait tenté de le croire au premier abord ; elle Gre son nom d'Hélène Boulé. femme de Champlain, de même que File Saint-Paul, sa voisine, est ainsi dénommée en Fhonneur de M. P. de Maisonneuve, Le pont tubulaire qu'on aperçoit sur le fleuve estle pont Victoria, un des plus grands du monde, car sa longueur dépasse 2,000 mètres: le chemin de fer, pour lequel ila été construit, met quatre minutes à le traverser, Cette œuvre à demandé quatre années de travail et a coûté 80 millions de francs, Si sa longueur faitson mérite, par contre son élégance et Fharmonie de ses Tignes laissent fort à désirer,

Le Mont-Royal posséde encore son caractère demi-sauvage, mais la ville, qui en a acquis la propriété à grands frais. v multiplie les voies d'accès et le transforme en un vaste pare qui sera une des plus pittoresques promenades de la vallée du Saint-Laurent.

Sur lun des flancs de la montagne étend le cimetière protestant, qui occupe une superficie considérable, else présente sous un aspect qui n'a rien d'altristant, On n'y rencontre point celte sombre végés tation, cet aspect morne el sévère qui, d'ordinaire, vous impressionnent et vous invitent au Silence et au recucillement, Non, c'est un véritable jardin, traversé par de jolies allées, plantées d'arbres et bordées de coté et d'autre par des corbeilles de fleurs admirablement entretehues, De riches mausolées, un certain nombre de belles colonnes de granit, recouvrent des concessions, L'une des allées porte le nom de « Locuste ». Nerait-elle réservée aux victimes du poison? Une

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parue du cimetière n'est point encore aménagée et, par un singulier contraste, à conservé sa végétation primitive; aussi n'eston pis surpris de rencontrer des tombes en plein bois.

Non loin de là se trouve le cimetière catholique, très étendu lui aussi, mais moins riche en monuments, On sent tout de suite que ce n'est pas là que reposent les grands seigneurs et les princes de Ta finance. Un obélisque y a été élevé à la mémoire des victimes de l'insurrection de 1837.

A la sortie du cimetière, on lit ce singulier avis : « Les personnes revenant des funérailles et désirant passer par les avenues sont prices d'ôter leur crêpe, » Ceci rappelle une vieille coutume suivant laquelle la famille du défunt. à l'issue de la cérémonie funèbre, distribuait un voile de deuil à chacun des assistants. Get usage, qui finissait par devenir fort dispendieux en certaines circonstances, est aujourd'hui tombé en désuétude,

Avant de rentrer en ville nous faisons halte devant un établissement qui, par ses proportions, sinon par sa forme, a tout Fair d'un petit Escurial: c'est le couvent de Ville-Marie, imaison-mère des sœurs de Notre-Dame, congrégation fondée, dans les premiers temps de Ha colonisation, par la sœur Bourgeois, de Troyes. Ce gigantesque bàtiment est à fa fois un noviciat et un pensionnat. Celui-ci renferme 250 à 300 jeunes filles et, ehose digne de remarque, on compte dans ce nombre un quart de protestantes, Au point de vue des nationalités, plus de la moitié des jeunes filles provient des États-Unis où de la province anglaise d'Ontario, Cette répartition des élèves dans un établissement. foncièérement français, est le plus bel éloge que Fon puisse faire du système d'éducation qui v est suivi.

Situé dans une grande île formée par le Saint-Laurent et FOutaouais, Montréal est la tète de ligne de Ja navigation maritime, comme du nouveau chemin de fer du Pacifique. qui réunit les deux océans par

une ligne plus courte que celles des Etats-Unis, Assise, comme Anvers,

sur les bords d'un fleuve magnilique, et bordée d'une longue file de quais accessibles aux navires du plus fort tonnage, cette ville se pose en rivale de New-York, Mais le blocus annuel du Saint-Laurent par les glaces doit lui enlever espoir de supplanter le premier port dé commerce de l'Amérique.

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Si la grande navigation Sarrête à Montréal, cela Gent à ce qu'en L

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amont de cette ville le Saint-Laurent est barré par des rapides, C'est le pif

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fond du lit du fleuve occasionne un remous ef des tourbillons, qui 8 or

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entravent, et souvent empêchent complètement Ha navigation, N'iPest y cn

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relativement facile de descendre les rapides. il est presque hnpossible OS

de les remonter, et, pour ne pas arrêter le navigation ia fallu créer miel des canaux lutéraux au Saint-Laurent, Le premier canal que Fon rene 2 fran

contre est celut de Montréal à Lachine, petit village ainsi nommé parce Get

que les premiers explorateurs qui Sarrélrent en cet endroit croyaient . MD

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trouver par Bla route de la Chine, de même que Christophe Colomb, Mini abordant aux Antilles, croyait avoir découvert lt route directe des NS; PO

Indes, En face de Lachine. sur a rive droite du Saint-Laurent, se trouve le village indien de Caughnawaga, où se trouvent les derniers lroquois, presque aussi civilisés que les Hurons, inais plus nombreux que ceux-ci, car ils sont encore 4,400, ee ct re Mine les [ les (|

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Sauter les rapides est une chose fort simple telle eue nous allons fa faire, cest-à-dire en bateau à vapeur. Cette expression sauter, fort

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exacte pour un “not que le remous des eaux agile en tous sens, perd presque entièrement sa valeur Jorsqu'il s'agit d'un gros bateau. Le

rapide, à peine signalé par la blancheur de ses eaux formant raie | lon,

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sur le fleuve, tout le monde se précipite sur le pont. On regarde avec curiosité, mais sans anxiété, car le passage n'a rien d'effrayant. La modilication subie par le niveau du fleuve ne se traduit que par une légère oscillation du bateau, Par contre, les vagues déferlent contre Favant el parfois même éclaboussent les passagers, Quatre hommes tiennent con Slamment la barre, elle vapeur, qui a arrêté sa machine, <e laisse un moment entrainer par le courant, mais ee m'estque affaire d'un instant. Le même effet se produit au Wildstrubel, sur le Danube, entre Linz et

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Vienne, dans un cadre plus sévère mais beaucoup moins étendu.

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A Montréal, bien plus qu'à Québec, la presse française est puissante et répandue, et les organes politiques qui Sv publient donnent généralement la note dans tout le Dominion, Leur format est plus considé- | rable, leur tirage plus élevé, leurs nouvelles plus fraiches, ce qui leur E permet de paraitre deux et trois fois par jour.

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La dovenne des gazcies est la Minerve, Fondée le 8 septembre 1826 par Ludger Duvernay, le grand patriote canadien-français qui créa la Societé nationale de SaintdJean-Baplüste, elle eut pour premier rédacteur

Morin, qui devint par la suite le chef du parti français au Parlement. et fut premier ministre. Morin eut pour principal collaborateur Léon Gosselin, qui lui succéda comme rédacteur en chef vers 1832, Les premicres années de la Minerve furent consacrées à défendre Hi cause française et les droits populaires contre Le parti anglais et bureaucrate, Cette lutte, qui durait au Parlement depuis un demi-siôele, aboutit à l'insurrection de 1837, oui fut noyée dans le sang, Le propriétaire de la Minerve, impliqué dans les troubles, fut alors exilé el son journal suspendu. La publication en fut reprise après l'acte d'union, en 1S4£

Au moment de <a suppression, lt Minerve avait parmi ses coHaborateurs M, Aubin. qui depuis fonda le Castor à Québec, puis le Fantasque, qui eut son heure de succès, M, John Phelan, Irlandais dévoué à la cause française, faisait également partie de la rédaction à ce moment et revint au journal au moment de sa réapparition.s De 185 à IS47 la Minerve eut pour directeur Antoine Gérin-Lajoie, un des littérateurs les plus distingués eC les plus populaires du Canada, Encore assis sur les bancs du collège il avait publié une tragédie, Le Jeune Latour : il est aussi Fauteur de Jean Ricard, roman en faveur de la colonisalion, qui fut populaire, De AS à 1855, MR, Bellemare, écrivain et bibliophile distingué, fut à son tour rédacteur en chef. resta direceur du journal jusqu'en 1870, mais en nv apportant plus qu'une collaboration moins assidue,

Vinrent ensuite M, Joseph Royal, depuis ministre au Manitoba, député du comté de Provencher, à la Chambre des communes, et chef reconnu du parti français et catholique dans le Nord-Ouest (1); M. Provencher, depuis à la Presse; M, Arthur Dansercau, polémiste vigoureux, enfin M. Joseph assé,

Parmi les rédacteurs qui ont apporté dans ces dernières années leur concours à la Minerve, 1 faut citer M, Trudel, depuis directeur de lEtendard ; M, Evariste Gélinas, aujourd'hui décédé, dont le pseudonvme élit Carl Tom: M. Elzéar Gérin, rédacteur au Journal de Paris à La fin du régne de Napoléon HE actuellement consoiller législatif:

1) Actucllement licutenant-gouverneur du Nord-Ouest,

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M. Oscar Dunn, une plume correcte, qui mourut secrétaire de Pins uction publique à Québec: M, de Celles, aujourd'hui conservateur de la bibliothèque du Parlement, à Ottawa.

M. Joseph assé, le jeune directeur actuel, est un éerivain dl mérile qui, sous ce titre : les Canadiens de l'Ouest, à écrit la biographie des Canadiens qui se sont distingués dans Fouest américain. Elu à 29 ans député, en ASTS, il a représenté Ottawa à la Chambre des communes, Autour de fui gravitent MM. Aimé Gélinas, Elie Tasse, Benjamin Nulle, ete, M, Sulte, aujourd'hui sous-députéaninistre de la milice à OUawa, n'aborde plus que les sujets littéraires eCUhistoriques. est Fauteur d'une foule de chroniques et de monographies, qu'il assaisonne toujours de sel gaulois, et qui ont pour but prineipal Fée tude et la glorification de la race française en Amérique,

Après la mortde BL. Duvernav, la propriété de la Minerve passa à ses fils qui la partagérent ensuite avec M. Dansereau. Le journal appar- Gent aujourd'hui à une Kociété par actions présidée par M. Tasse.

La Minerve esUun journal du matin, du prix de 2 centins le nu inéro où de 6 piastres par an, pour la ville et de à piastres sculement pour li campagne et les États-Unis, Le samedi de chaque semaine, le numéro etant double eomme format, les questions littéraires. scientifiques et autres v trouvent une large place. Le Grage quotidien est de 6 à 7,000 exemplaires. Une autre édition hebdomadaire, s'adressant particulièrement aux eultivateurs, est Ürée à un nombre à peu près égal, Comme opinion, la Minerve est Porgane atttré du parti conservateur et du part éanadien-français, Elle est regardée comme le journal oflicieux français du cabinet Macdonald. Cest elle qui pour ainsi dire, donne le mot d'ordre et de ralliement à tous les organes de son part, La Minerve esU une autorité pour Le Canada et partieulièrement pour le district de Montréal, Cest le seul journal français qui, au moment méme de la mort de Riel, aitapprouvé sans restriction Fexécu- Hion du chef métis,

Dans les mômes eaux que la Minerve on rencontre Je onde, eut pour fondateur, te 15 août 1867, M, 4, Royal, qui ne trouvait pas les intérêts catholiques suffisamment représentés et voulait leur donner un organe spécial, A cette époque il s'appelait le Nouveau Monde: cv nest que neuf ans plus lard, quand d'ultrascatholique il devint con

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servateur modéré, qu'itprit le nom qu'il porte actuellement M. Kiméon Lesage, aujourd'hui sous-ministre des travaux publics à Québee. suceéda à M, Royal comme rédacteur en chef, Vinrent ensuite M, Cléophas Beausoleil, passé depuis dans le camp libéral ; M. Alphonse Desjardins, aujourd'hui président de Ta banque Jacques- Cartier et représentant d'Hochelaga aux Communes, où il jouit d'une erande influence parmi la députation française; M, Frédéric Houde, ancien député de Maskinongé à Québec. mort en 1883; M. EF, X, Demers: MM, Provencher et Blumhart, que nous retrouverons à la Presse, et enfin M, Fabien Vanasse, député d'Yamaska aux Communes, entre les mains duquel se trouve la direction du Monde depuis 188%, Le journal appartient à la Compagnie d'imprimerie et de publication du Canada, refondue depuis 1884, et qui en a loujours eu la propriété,

Le Monde a trois éditions par jour midi. 8 et 5 heures, au prix de Lcentin le numéro où 3 piastres par an, Le samedi paraît un supplément littéraire. Le firage moyen est de 14,000 exemplaires ; le sunedtilatteint 18,000. En outre le Monde à une édition hebdomadaire de huit pages, résumant tous les faits de a semaine, dont le Grage arrive à 15,000 exemplaires, destinés, pour les deux tiers, aux Canadiens des États-Unis, Le Honde est un journal dé nouvelles et une feuille populaire, peut revendiquer Fhonneur davoir créé, dans la presse française, le journal à bon marché, rempli de renseignements et°de nouvelles, politiques aussi bien que variées, Test fait sur le modèle des grands journaux anglais, Pour un sou il donne quatre grandes pages d'impression, à huit colonnes chacune avec des caractères très fins: aussi le lecteur ne peutilse plaindre de ne pas en avoir pour son argent. Comme opinion politique le Hoñde soutient les intérêts conservateurs el recoit les inspirations de sir Hector Langevin, ministre des travaux publies à Ottawa.

Tout autre est le journal la Patrie,

Le 23 févrior IN79, au lendemain de la disparition du Nationul, organe Hbéral du district, mort d'anémie après avoir longtemps végété, un groupe de libéraux se trouvait réuni chez le sénateur Thibaudea. I S'agissuit de trouver fout de suite un successeur au défunt. Pour cela 1 fallait une direction, un local et des fonds. La chose semblait possible. ear il était admis qu'un journal de langue française ne

[Fa AU CANADA ET CHEZ LES PEAUXeHROUGES

pouvait vivre sans les subventions de ses anis politiques et les annonces el encouragements provenant du gouvernement, ee qui souvent ne Fempéchait pas d'être réduit à la mendicité ainst qu'il était advenu au National. La discussion s'échauffait ete bouillant sénateur Simpalientait, Bref, ditsit, combien faudrait pour fonder une publie » cation provisoire ?

» 2 où 3,000 piastres répondé un peu en Fair, M. Beaugrand,

» Disons 2,900, repré 4 oo baudeau, et je donne ma garantie per- » sonnelle que cette soi pavec dans le délai d'un an, à celui » qui fondera le journal,

Après quelques minutes de réflex. M, Beaugrand accepta la direc ion de la nouvelle feuille. Le jour même, 1 louait des bureaux rue Saint-Gabriel, dans une vieille maison, aujourd'hui démolie, qui avail vu aire el mourir le Honileur canadien eU V'Union nalionale, Le lendemain, 2% février, paraissait le premier numéro de li Patrie,

Les commencements furent dificiles. Le format élaiteelui des petits journaux, Trois mois après 1 étail agrandi et le Le janvier 4880, la Patrie adoptait le format des grandes feuilles tout en maintenant le prix du numéro à un sou, A Fanniversaire de sa fondation le journal irait à 9,000 exemplaires, Ce chiffre est aujourd'hui de beaucoup dépasse, avec deux éditions par jour, à midi el à quatre heures, Le Peuple est l'édition hebdomadaire de la Patrie el son Grage est de 6 à 7,000 nu- HICros,

La Patrie est Forgane attitré du parti libéral, le journal rouge comme lappellent ses adversaires. Son directeur, M. Honorius Beaugrand- Clanmpagne, à fait campagne au Mexique dans la fameuse contre-guévilla Dupin. Devenu journaliste (en 1869), il a fondé plusieurs feuilles aux États-Unis, à FallRiver (en français), à Saint-Louis (en anglais puis à Boston (en français). Maire de Montréal en 1885, 11 a été fait chevalier de la Légion d'honneur Ha même année, A la même époque M, Mare Sauvalle a pris la rédaction en chef du journal. Sous-ieute. nant de cuirassiers dans Farmée française jusqu'en 1880, M, Sauvalle fut ensuite rédacteur à FAbeille, de la Nouvelle-Orléans, eC rédacteur en chef du Trail d'Union, de Mexico, d'où il fut expulsé pour cause poli: lique, sous la présidence du général Gonzalez.

Parmi les principaux collaborateurs de là Patrie se trouvent: MIE

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