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Mélange de vin et de bouillon

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bien d'ailleurs que j'étais rond comme un œuf — et qu'elles perdraient leur temps à se demander grâce ; — donc elles se mirent face à face et dansèrent. D'abord, elles tirent un peu doucement — unemenette est comme une nonne, c'est toujours plein de timidité ; — mais sur la lin elles prirent élan et elles dansèrent à faire trembler le pont. — La plus vieille surtout, quelle rude menette !

— Je faillis en crever l'outre de ma musette ! — vous auriez dit une toupie ; — elle volait quasi comme un oiseau. — Je leur jouai d'abord : Sur la lisière du petit bois, puis, la Marianne, — puis Je montai la marmite.

La plus jeune, qui avait les pieds comme une canne,

— devint pourpre et se lassa tôt. — Mais l'autre m'aurait lassé, moi ! — Noire, sèche, édentée, cette vieille fée, — dansa, sans suer, jusqu'à la dernière bourrée, — et quand s'acheva le bal, — je crois qu'elle le regretta.

Ainsi parla Jean Pel. Il était Gn de veillée, — l'homme se leva, caressa sa barbe en éventail, — but encore un demi-verre devin, — puis s'en alla. Je ne lai pas revu depuis.

Ainsi se découvrait Vermenouze en ses débuts réalistes. Là, je crois bien, il fut le plus près de nos compatriotes. Gomment n'auraient-ils pas été sensibles aux strophes qui célébraient d'un tel accent filial la beauté méconnue des plus humbles sites. Vermenouze aura été l'inventeur passionné, le paysagiste grandiose de ces espaces ignorés du peintre :

DANS LES CHATAIGNERAIES

De Montsalvy nous partons pour le pays de la vigne, — mais d'une vigne maigre et rance, qui boude, — qui traîne à regret par les pays et les pentes — ses pousses maladives, tordues comme des serpents. — Aussi le petit vin jailli de sa grappe — n'est pas bien fort, le pauvre.

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et ne tache pas la nappe, — Mais de franc comme lui je n'en connais aucun : — il emplit la vessie et jamais ne monte à la tête.

C'est du bon vin, encore qu'il ne soit pas fort, — et moi, je lui trouve une senteur de violettes.

Entraygnes, brave endroit, laisse-moite chanter, — et boire de ton vin digne d'être vanté — une chopine à ta santé. — Mais avant de chanter la vigne et le vignoble, — je veux chanter le châtaignier. — 11 est rustique, il n'est pas élégant, il n'est pas noble. — Mais c'est un arbre nourricier. — C'est l'arbre du pauvre, c'est l'arbre du peuple. — Je veux chanter le châtaignier.

Au froment exigeant il faut de la terre grasse, — il lui faut tout, culture et terrain, et fumier. — La vigne maladive (elle est de trop \ieille race), — veut du soleil levant un coup d'œil, le premier, — mais lui n'a pas besoin de cela, le châtaignier.

Il pousse partout, dans la terre glaise, dans le sable et dans le gravier : — souvent au milieu d'un roc, perdu dans les genêts, — vous voyez comme un roi qui a sa couronne en tête, — ou comme un coq à la plus haute cime d'un clocher, — un gros arbre feuillu (vous le connaissez de reste), — seul, d'un roc dur comme le fer, peut sortir le châtaignier.

Et il sort, de ce roc, qui s'est fendu par le milieu : — sa racine s'y est fichée et, dans le trou obscur, — elle laboure, trouve la terre au fond, s'en repaît, — et cela suffit: du roc, l'arbre n'est pas prisonnier. — Son tronc, creux et vermoulu, perce la pierre dure, — et glorieux vers le soleil monte le châtaignier.

Le long des puys, que la chaleur rôtit et brûle, — où plus rien ne pousse, pas même l'arrête-bœuf, — sur des sommets qui sont pelés comme des œufs, — le châtaignier, gaillard, épanouit sa frondaison.

Plus la chaleur plombe, plus il me plaît, lui : — quand tout se froisse, sèche et meurt dans la campagne, — le

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brave châtaignier, tout chargé de chàtaigaes, — vaniteux comme on paon, fait la roue au soleil.

Au milieu d'un sable rouge et nu. sans une lige, — cet énorme tronc, couronné de feuilles, — vous surprend d'autant plus que souvent tout creusé, — il n'a pas deux doigts de bois sain sous son écorce.

« Fichu pays, ce pays de châtaigniers ! » — disent les iiers paysans, fils des terres hautes, — les montagnards aux cheveux blonds, aux joues rouges, — qui toujours ont de la viande et du vin à la maison, — « fichu pays, disent-ils, pour l'homme et le bétail. »

a Cela n'enrichit pas un pays, la châtaigne, — encore que les châtaigniers rompent sous le poids des rameaux : — l'herbe par en bas vous monte à peine sur les orteils, — et de deux choses l'une : les prés sont comme des marais ou secs au point qu'on y voit chevaucher les grillons.

« Le foin de vers là-bas ne vaut pas notre paille, — et les bœufs, et les taureaux rouges de Saint-Chamant — ou de Salers, quand ils l'ont rongé toute une année, — deviennent fauves et sont comme des cosses.

« Les hommes, non plus, n'y sont pas bien gaillards : — ils n'ont pas le ventre gros ni davantage la mine rouge ; ils font surtout la soupe avec des quartiers de courge, — et les grands jours de fête avec des quartiers de lard. »

Du bas pays ainsi parlent les montagnards.

Ils ne disent pas, les rusées et les méchantes langues, — que si Ihomme de la châtaigneraie est un peu maigrot, — quand il s'irrite, il est vaillant, malin et têtu, — et qu'alors il n'y a pas de diable qui le tienne.

Le montagnard ne sait pas (s'il le sait, il n'en a pas l'air) — que dans le bas pays les filles sont belles, — et que le pays, qui produit ces plantes, — a le droit de

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s'en croire et d'en être lier — autant, pour le moins, que d'un veau de Salers.

Cependant, Vermenouze n'était pas toujours sur les sommets . Il descendait aux contingences de la politique d'arrondissement, entraîné parles circonstances, en tirailleur isolé, forcené, intransigeant, à croire qu'il avait rapporté de ses courses en Espagne l'intolérance de toutes les Inquisitions ; une tête de Torquemada, aussi, de coupe dure, d'une maigreur ascétique, de regard fixe, qui devenait violent, mais vite radouci, à qui ses principes religieux n'interdisaient pas encore des contes dont la bonne humeur et la saine gaillardise contrastent avec sa production postérieure.

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