‹ Au cœur de l'AuvergneChapitre 40 sur 61 · En plein penf (P.-V. Stock, éditeur · texte numérisé non relu

En plein penf (P.-V. Stock, éditeur

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aux louanges qu'il recevait des maîtres à qui il avait fait le service de son livre.

Mais les étés peuvent se prolonger jusqu'à la Saint-Martin : ils ont une fin. Notre Lintilhac ne venait plus faire sa pleine eau dans la Gère, en suspendant « sa moumoute », — sa perruque — à quelque branche. Les camarades avaient repris le train pour la capitale. On s'installait pour les quartiers d'hiver — lorsqu'un soir, Vermenouze m'arriva tout défait: il quittait Aurillac — et moi, je m'embarquais pour l'Indochine.

Ce furent les années (1901-1904) où il composa Mon Auvergne. Il me montra le manuscrit avec gêne, j'y allais tout franc comme d'habitude. Son recueil manquait un peu de l'unité qui liait ses précédents ouvrages, patois ou français. Je remarquais surtout les professions de foi trop fréquentes, et banales, qui intervenaient à tout propos. Je trouvais Vermenouze irréductible. Des influences confessionnelles l'avaientencerclé. Gepeifdant Mon Auvergne, sous la réserve des critiques précédentes, montre un Vermenouze d'inspiration élargie et d'envolée plus haute. L'homme vieilli s'est attendri. Dans sa maison natale, entre les siens, — sa mère vivait encore, — il est touché d'une grâce exquise. Jl sort moins, craignant de laisser trop seule et inquiète la vieille femme chérie. 11 ne chasse et ne pèche plus guère qu'autour de chez lui. Il tisonne, sous la vaste cheminée familiale ; sa foi devient plus exigeante. Il m'écrit, au sujet d'un roman projeté en collaboration sur les émigrants cantaliens en Espagne :

l^a AU CŒUR DE L AUVERGNE

Je me mets à votre disposition pour vous fournir tou3 les renseignements et documents qu'il sera en mon pouvoir de me procurer. Il est même possible que j'écrive quelque chapitre du livre, pourvu que la morale et la religion chrétienne y soient partout respectées !

Ainsi, pour lui, un livre n'est plus un livre, mais une manifestation religieuse et politique. Il mêle la poésie et « les inventaires » ; je n'insiste pas. Jouissons seulement des beautés du livre en soi, — sous la typographie fâcheuse et le puéril ex libris de la Reçue des Poètes :

11 n'est pas de poète régionaliste qui ait chanté d'une voix plus douce les horizons intimes ; sa langue s'est assouplie, comme sa rudesse s'est apaisée :

Ma Mère

Notre logis, sous sa glycine et son tilleul, Egayait les prés verts de sa blancheur riante, Mais la mort vint, qui prit l'aïeule, puis l'aïeul, Et qui bientôt courba, douloureuse et priante.

L'épouse veuve sur un troisième linceul. Et dans cette maison, où mène une humble sente. Ma mère pour toujours s'enferme, vieillissante. Avec le souvenir de ses morts, seule à seul.

Maintenant, elle, aussi, vers Dieu s'en est allée... Mais quand ma lèvre, après que j'ai prié, le soir, Touche les pieds du Christ en bois vétusté et noir,

A la place où son âme un jour s'est exhalée, C'est un peu d'elle encor que j'embrasse à genoux, Sur ce Christ qu'ont baisé tous les morts de chez nous,

En fait, ce n'est que par le ton que Mon Auvergne

AU CŒUR DE L'AUVERGNE l'jS

diffère d'En plein Vent, dont elle répète le plus souvent le thème limité au décor familier, aux scènes du foyer, aux courses dans la montagne, aux pittoresques émigrants.

Mais aux sonnets rigides, parfois d'un réalisme quelque peu pictural, a succédé une poésie, plus affective et repliée, où le sentiment l'emporte sur l'impression, alors que la forme elle-même s'assouplit et se nuance davantage.

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