‹ Au coin du feu (volume 3)Chapitre 18 sur 30 · L'ONCLE D'AMÉRIQUE. 4G · texte numérisé non relu

L'ONCLE D'AMÉRIQUE. 4G

le fils Martin., qui avait de la lecture, y reconnut le style d'un homme trop libre et de trop bonne humeur pour n > pas s'être enrichi. Évidemment le marin revenait avec quelques tonnes d'éeus, dont il ne refuserait pas de faire part à sa famille.

Une fois en route, l'imagination marche vite. Chacun ajouta ses suppositions à celles de Martial ; Julienne ellemême, la filleule recueillie par la veuve, et qui habitait la ferme, moins comme servante que comme parente d'adoption, Julienne se mit à chercher ce que l'oncle d'Amérique pourrait lui donner.

— Je lui demanderai un caraco de drap et une croix d'or, dit-elle après une nouvelle lecture de la lettre que Martin venait de faire tout haut.

— Ah ! dit la veuve en soupirant, si mon pauvre Didier vivait, voilà qu'il eût trouvé un protecteur.

— Il y a toujours ses enfants, marraine, fit observer la jeune fille, sans compter mam'selle Clémence, qui ne refuserait pas une dot.

— Pourquoi faire? dit Clémence, en secouant triplement la tête.

— Pourquoi ? répéta Julienne ; mais pour que les parents de M. Marc n'aient plus rien à dire. Ils ont eu beau embarquer leur fils, à cette fin d'empêcher le mariage ; si l'oncle Bruno le veut, allez ! le futur sera bientôt de retour.

— Reste à savoir s'il a envie de revenir, objecta la jeune fille à demi-voix.

— Eh bien ! si ce n'est pas lui, tu en trouveras un autre, dit Martin, qui ne voyait aue le mariage de sa

sœur, tandis que celle-ci voyait surtout le mari; avec un oncle d'Amérique, on trouve toujours une bonne alliance. Qui sait même s'il n'a pas avec lui quelque compagnon de fortune, quelque millionnaire dont il voudra se faire un neveu?

— Oh! j'espère bien que non! s'écria Clémence effrayée ; rien ne presse pour mon mariage.

— Ce qui presse, c'est de trouver une place pour ton frère, reprit la veuve d'un ton chagrin.

— Monsieur le comte me fait toujours espérer la recette de ses fermes, objecta Martin.

— Mais il ne se décide pas, reprit la vieille femme; en attendant, le temps se passe et le blé se mange. Les grands seigneurs ne savent pas ça ; leur esprit est au plaisir, et, quand ils se rappellent le morceau de pain qu'ils vous ont promis, vous êtes déjà mort de famine.

— Nous n'aurons plus ça à craindre avec l'amitié de l'oncle Bruno, dit Martin; il n'y a pas à se tromper; sa lettre dit : « J'arriverai demain à Omonville, avec tout ce que je possède. » Ce qui signifie qu'il ne compte pas nous oublier.

— Il doit être en route, interrompit la veuve, il peut arriver à chaque instant. Avez-vous bien tout préparé, Clémence?

La jeune fille se leva et montra le buffet garni avec une abondance inaccoutumée. Près d'un gigot de mouton qu'on venait de retirer du four se dressait un énorme quartier de lard fumé, flanqué de deux assiettes de louasses de froment et d'une terrine de crème douce. Plusieurs pots de maître-cidre complétaient ce menu,

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