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—Bah! leur disje en plaisantant, pour soir à quel point le sentiment de cette ter:
reur.extraordinaire les dominait,—j'ai déjà “ délivré ” un loup garon; il ne me sera pas difficile d’en rencontrer un second.
Nous allâmes à la fontaine. C'était une claire fontaine comme toutes celles que vous connaissez. Le cuisinier rapporta la chaudière pleine d’eau. Nous l’escortions. en.
masse serrée; —rien d'étrange ne signala.
notre marche, soit en allant, soit en revenant.
Le genièvre. coula. jusqu’à la dernière goutte du flacon. A la ronde finale, les plus nerveux parlaient de sortir et de provoquer.
en combat singulier le manitou du Saint.
Maurice. En homme rusé, je soutenais que personne n’oserait accomplir cette prouesse.
Au plus fort de la contestation, la porte s’ouvrit brusquement. et. Olivier Lachance entra.
—Bonsoir-la. compagnie, dit-il. Te suis venu plus tôtque vous ne m’attendiez parce:
qu'au chantier voisin j'ai entendu raconter des histoires qui ne me vont pas du tout;
Pierre Miron l'invita à s'asseoir. Je lui
disque l'affaire en question me paraissait prendre .une tournure alarmante. Bref, nous lui contânes tout ce qui pouvait l'éclairer sur la situation. |
Olivier est un homme tout d'une pièce, physiquement et moralement. Il eut bientôt pris un parti.
—Pierriche, ditil, en s’alressant au petit garçon qui dans les chantiers sert de marmiton et d'aide au cuisinier, tu vas aller, tout seul, puiser da l’eau à la fontaine, et moi je vais te suivre de l'œil, mais de l'œil seulement. Ne crains rien. Et vous autres, reprit-il en se tournant vers les hommes, restez tranquilles, je défends que l’on cherche mème à savoir ce que je vais faire.
Le petit garçon ne paraissait pas du tout rassuré.
—Voyons, lui dit fermement Olivier, tu n’as que faire de t’épeurer, je sais ce que c'est, et je te promets qu’il ne te sera pas fait de mal. A présent, prends la chaudière et surtout mets le plus gros casque du campement, c’est le point principal. Vous, monsieur Charles, veuillez rester ici à surveiller
les hommes; je ne veux pas qu'ils me voient agir. Viens, mon garçon, termina:-til en amenant lierriche.
Et la porte se referma sur eux. Ils étaiont dehors.
Pendant dix minutes, personne ne souffla mot autour de moi. Un malaise indéfinissable accablait tous les esprits Ce silence fut rompu par les cris de détresse de Pierriche et par lé gros rire de Lachance qui rentra presque sur le coup en tenant l'enfant par la main.
Le mystère était exp'iqué. Olivier avait vu le manitou!
Nous n'avions pas assez de paroles pour formuler toutes nos questions. Peine inutile, Olivier prétendait garder son secret jusqu’au lendemain.
Quant à l'enfant, interrogé, il répondit qu’il n’avait rien vu.—En sortant, ditil, M.
Lachance se cacha, et moi je marchai vers la fontaine ; je savais qu’il ne me perdait pas de vue; la nuit n’est pas très-noire.
Toutà-coup je l'entendis qui me disait :
“ Vite, vite, Pierriche, reviens ! ” C’est alors
qne je criai,.car en l’entendaut m'appeler ainsi, j'eus peur qu’il n’y eut du danger ; mais lui, il riait,
C'était tout. Impossible d'en savoir plus 4 long. Je ne tentai même pas de faire parler À Lachance sur ce sujet, car sa première parole en réponse aux interpellations des.
|| hommes du chantier avait été : “ Vous:
saurez cela demain, soyez tranquilles. ”
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Le lendemain arriva. Dès sept heures du | matin l'ouvrage recommençait dans la forêt | pour se continuer jusqu’au, soir. | ï
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|| Lachance, Pierriche et moi, nous restion au chantier. |
| Vers huit heures, Lachance avait chaussé Al ses raquettes, et une hachette à la main il | allait d'un arbre à l’autre, choisissant les || plus gros autour de notre logis, et frappant. (l sur le tronc avec.le dos ou tête de son arme. Après chaque coup illevait.les yeux vers le { faîte:de l’ar bre: et attendait: un instant
Au cinquième arbre, il poussa un cri de triomphe :
—Nous le tenons! —Qui ?
—Le diable ! Le loup-garou. Tenez, re.
gardez dans la fourche, là-haut,
Nous regardons. Effectivement dans une grosse fourche du dernier arbre frappé par Lachance, il y avait un être vivant, dont lés gros yeux et la mine renfrognée manifestaient une mauvaise humeur mal contenue.
C'était un très-gros hibou gris.
Lachance eut bientôt saisie sa carabine de chasse et abattu le gibier, qui à l'examen se trouva être prodigieusement fort, un roi de l'espèce.
—Hier soir, nous dit Laclianc:, quand je l’'aperçus tout-à-coup qui planait au-dessus de la tête de Pierriche, j’enus peur pour cet enfant. Vrai, je Le trouvais si puissamment découplé que je le croyais capable d'enlever le petit marmiton tout grandi. Mais, au son de ma voix, il tarda des’ahattreet Pierriche gut le temps de revenir à moi. Du reste, en
écoutant les récits des gens du chantier, j'avais déjà acquis la certitude qu'il devait y avoir du hibou là-dedans. Ces animaux-là sont plus effrontés qu’on ne le pense, et les plus gros, comme celui-ci, ont une force surprenante. Regardez ces ailes, ces pattes, ces serres. C'est ça qui vous décoiffe un 1 homme ? Sans compter qu’en s’abattant sur sa victime, le hibou frappe, comrre l'aigle, 4 un double coup de ses ailes qui peut étour- É dir l’homme le plus solide. Cest ce qui est arrivé à nos gens.
—Vous pensez donc qu'ils retrouveront leurs coiffures ?
.—Hél pardine, oui! Dans le nid de loiscau vous les trouverez toutes les sept, “mais laissez-moi faire, n'en dites rien aux ‘hommes.
Le soir arriva. Chacun, au retour de Jouvrage de la journée, s'informait du résultat des recherches de Lachance.
—Soupez;: dit celui-ci; après -cela je vous L Île ferai voir.
L'art avec lequel notre contre-maitre en | chef conduisait jusqu’au bout cette mystifñ- \ cation défie toute tentative de description.
L'apparente tranquillité d'esprit que sa
“figure revêt d'ordinaire était plus marquée que jamais au milieu des angoisses de Ceux qui l’entouraient et que sa position et son air d'autorité tenaient en respect. Il mettait son plaisir à ne pas paraître s'occuper de cette terrible affaire, et feignait de la‘traiter avec le dernier mépris.
Le souper fini, il appela quelques-uns des bûücherons, leur fit prendre des haches, et accompagné de tout le monde, il marcha droit à l’orbre du hibou.
—Abattez-moi ça, commanda:t:il,
Sans hésiter, les bücherons se mirent à l'œuvre. Ils se perdaient en coujectures sur il le but de ce singulier travail, Î
Enfin l'arbre tomba.
C'est bon, dit Lachance, en regardant les ‘hommes, rentrons en chantier maintenaut
Ceux qui ont perdu des casques pourront les repreudre dans le trou de la grosse fourche.
Et il désignait du doigt la partie de l'arbre où était cette fourch}, très visible d’ailleurs,
On se fizure aisément si la surprise fut grande. Le cuisinier se mit le premier à fouiller dans l’immense nid de hibou;—il en relira les sept casques en peu de temps.
Lo diable s'était fait Là un nid hien rembourré, bien capitouus, bien chaud
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