l'athosphège
août nons ‘invité: à
nos première années
C6 n'est pas: ail s'arrêter pour - le calme de no
rière rustique entre la ville etn ici que sont la
leurs; c’est: ici: qü'il ‘faut reprendre Courage, ressaisir S esprits et placer ‘une bar::
ous, C'est retraite et la Nouveauté.
Figurez-vous mon bonheur : pas à faire sous l'ardeur du soleil, pas sière à avaler tout le long du jour,
de visites :
de pous..
Tel que vous ne me Voyez pas;
lecteurs, ;
“mn 60 —
je suis.en train de décider s'ilne vaudrait pas mieux vors raconter ceci ou cela.
* Parlons plutôt de ce qui se présente en.
à | ce momen! sous mes yeux, savoir : MON sac 1 de voyage et mon compagnon de voyage.
‘Mon sac de voyagz n'est point un sac, c'est un panier aux provisions, il loge trèsbien entre les varangnes de mon canot d'6corce et, Dieu merci, nous ne sommes pas dyspeptique.
S'il m'arrive de manquer un coupde fusil, le guide ne manque pas le sien: de cette manière, le gibier qui nous visite nous trouve toujours à domicile et n’y laisse jamais sa carte.
Mon guide n'est point un vulgaire engagé, c'est un ami, un garçon qui passe sa vie dans les bois, mais spirituel, habile, brave. en fou, assez instruitet, comme feu Molière, observateur Personne ne voit mieux les travers du peupie civilisé, personne ne s’én L d
moque à meilleur titre. Avec. cela, heureux comme un roi de l'aucien temps, ayant une pente à la poésie, la poésie des voyageurs, la joyeuse, la mélancolique, la bonne, la vraie. Si vous l’entendiez chanter en maniant son aviron :
Dans la forêt.et sur la cage,
Nous étions trente voyageur.
ou bien encore :
‘Dans les prisons de Nantes
Y at-un prisonnier !
vous ‘ donneriez Sorel, Michiche et St Denis ” pour vivre à ses.côtés !
Par la tradition, il acscenden lignedroite de cette vaillante et nobie race de voyageurs canadiens, dont Fenimore Cooper nous a si adroitement escamoté:le type en littérature.
{se nomme Gonzagues.
La première fois que nous nous sommes rencontrés, je ne l'ai pas pris pour un homme ; il me semble qu ni à participait de la nature des êtres fantastiques—bion des gens le croyaient aussi,
C'était il y à eu six ans au mois de juin,
AA Aimrrt
Re cet
re pig
sur le bord de la rivière Vermillon. La.
bande des flotteurs de bois était arrêtée dans un endroit périlleux; leur chef ne savait plus à quel saint se vouer pour passer outre avec les houneurs de la lutte.
Expliquons-nous.
Quinze, vingt, trente hommes sont établis en automne aux abords d’une rivière ou d’un cours d’eau quelconque.
Pendant l'hiver, ils abattent des arte les coupent en billots et les charroient sur la rive. 4
Il n’est pas rare que cette rive soit un escarpement, une falaise, enfin quelqu'’endroit moins praticable que le carré Viger.
Le printemps venu, l’on ferme le chantier et les hommes destinés à l'opération difficile du flottage descendent les rivières en chassant devant eux les pièces de bois Æéchouées au rivage, accrochées sur les pointes des rochers où empilées par le mou.
vement des eaux à la lète des cascades et des rapides.
C'est une rude corvée dans laquelle il est
bon d'apporter un poignet solide, un coup d'œil promptet sûr, de grandes qualités de nageur, de rameur et d’équilibriste et pardessus tout une conscience ;en paix avec Dieu, car la mort se dresse à chaque pas de ces vigoureux exercices.
Ce printemps-là, une escouade de flot.
teurs arrivait par la rivière Vermillon en face de l'obstacle que je vais vous décrire : près de quatre cents billots déposés sur la croupe d’une rive très estarpée s'étaient mis en mouvement lorsque le soleil avait fondu la neige au flanc de la falaise. D’après le calcul des bûcherons, cela devait arriver et précipiter les billots tous ensemble dans l& rivière, en simplifiant les travaux du flottage.
Le plan était trop bzau pour réussir. IL se présenta une barrière naturelle. Deux souches placées à mi-côte et que la neige avait rendues imperceptibles pendant l'hi-
L'Ét—
ver, reçurent les premiers billots échappés du sominet, les arrètèrent, et bientôt lé:
norme charge se trouva à poser tout entière sur ces deux appuis.
En-dessous, une vingtäiné de pieds res taient libres entre le niveau de la rivière et la masse de billots accrochés.
Au-dessus, il y avait accès pour les trawailleurs—mais repêcher quatre cents bildots, les tirer à la côte et les faire rouler plus loin vers la rivière, cela coûte beaucoup d'argent. Cominent s’y prendre ?
, Sur ces entrefaites, arriva Gonzagües.
Bûcherons, chasseurs, voyageurs, guidés de cages, étc., säluëz, é’est votre maitre À tous.
— Voyons donc, dit-il, est ce qu'il n’y au-.
rait pas moyen de passer ici comme des messieurs ?
Et sans perdre plus de temps, il prit uñé ‘hache et monta la côte, droit sous l’amas de billots. :
Cette manière de monter à l'assaut étais soût-à-fait dans lé caractère de Gonrages
Où le connaissait et personne n'aurait osé Finterroger sur ses intentions, avant qu'il ea eût parlé lui-même.
* Chacun se rappelait que l'année précédente il était monté sans souffler mot sur une jam ou empilement de pièces de bois formé à la tête d’une cascade dangereuse, et que là, tout seul, un pic à la main, il était parvenu à décoller la clef ou pièce principale qui retenait l’avalanchs de biilots au-dessus du gouffre. Au moment où tout cela s’ébranlait pour bondir en avant, Gon..
zagues s'était précipité de côté dans un ondroit de la chute un peu moins roide, vers lequel les billots ne pouvaient se diriger, et ses hommes l'avaient perdu de vue dans les bouillons blancs de 1a rivière.
: Pendant ce temps, les billots avaient éga:
lement sauté la chute et se dandinaient au bas sur ces mêmes bouillons hlancs.
Les hommes partis à la recherche du corps de Gonzagues furent stupéfaits en Papercevant qui se chauffait au soleil sur un petit rocher à fleur d’eau, d'où il leur fit signe d'aller le cherahes.
Sur le reproche de témérité qu’on lui adressa quelques minutes après, il répondit, en bourrant sa pipe et hochant les épaules : .
—Bah ! est-ce que vous croyez qu'il y a assez d’eau dans le Saint-Maurice pour me noyer |...
Je viens de dire qu’il avait monté la côte, droit sous l’amas de billots.
| | . Nous étions à le regarder, immobiles dans | nos grandes berges de drave (drave, ou drive; | en français: flottage des bois) ne nous ren- | dant pas compte de son idée.
Tout à-coup'chacun poussa un cri d’angoisse en y mêlant le nom du téméraire.
Gonzagues entamait à tour de bras l'une des deux sonches. Sa hache s’abattait, rapide et ferme, sur les attaches du barrage, les grosses racines de la souche.
Mais les cris, les supplications s’élevèrent avec une telle énergie qu’il s'arrêta.
—Qu'est-ce au’il vous faut ? dit il,
nn dll
— Il faut que tu descendes, lui criâmesnous, ne vois-tu pas que tu vas attirer sur toi les billots suspendus surta tête, c'est la mort inévitable !
—Rangez vos berges, et ne craignez rien pour moi; mais rangez-vous, sinon vous serez écrasés comme des mouches.
Ce fut tout son raisonnement. Je ne réus.
srai jainais à décrire ce qui se passa ensuite. Nous étions spectateurs d'un drame dont le dénouement paraissait fatal ; chaque coup de hache avait un écho dans nos poitrines, chaque seconde amenaïit une nou.
velle épouvante. Un condamné sur l’écha.
faut n’est pas plus près du sacrifice que ne l'était Gonzagues. Gris, menaces, supplications, il n’écoutait rien et bûchait toujours. La rivière, très-profonde en cet endroit, coulait sous lui à vingt pieds, presqu'à pic. Il avait devant lui, bien haut pardessus les épaules, la pile des billots retenue
- par l'obstacle qu'il brisait.
Soudain il s'arrêta, La souche avait craqué.
La respiration des hommes qui étaient là se pouvaient compter.
; Gonsagues, au guet, avait encore la main sur la hache, il attendait.
Comme la débâcle ne se faisait pas, il se remit à pratiquer des entailles,
Au bout d'une minute, la masse écrasa les derniers liens, mais avant de se ruer au bas de la pente, elle chancela pendant trois secondes et l’intrépide bûcheur en profita
pour plonger comme une anguille dans le courant placé sous lui. Ilavait à peine atteint le fond, que la rivière était cou verte de hillots flattant pèle-mêle,—les uns, qui avaient piqué une pointe en bas, revenaient à la surface et dansaient comme des ma- . rionnettes avant de se coucher mollement sut la lame; les autres, entraînés par l'élan formidable qu’ils avaient reçu, se pourchassaient au loin et heurtaient les premiers ; c'était une scène d'éléments déchainés dont le tableau pourrait se faire sur la toile, mais difficile à traiter la plume à la main.
Lorsque nes yeux découvrirent l’auteur de cet exploit, il se tenait debout sur l’un des billots les plus éloignés et reprenait haleine. Sa course entre deux eaux, en
ligne droite vers la rive opposée, l'avait mis
hors de danger, car en somme la charge des pièces de hois s'était plutôt abattue près du rivage, et la résistance de l’eau avait contribué à l’amortir considérablement,
Parvenu à terre, Gonzages reçut nos éloges avec un grand sang-froid. Quand nous lui d’mes que sans son courage il aurait fallu renoncer à flotter ces quatre cent billots, il répondit simplement : ‘ Vous auriez bien pu faire éclater l’une des souches
avec de la poudre, sans y mettre tant de cérémouies !”