‹ Au Congo et aux IndesChapitre 17 sur 114 · RAVITAILI-EMENT DE LA MISSION · texte numérisé non relu

RAVITAILI-EMENT DE LA MISSION

Le luku.

comme celle d'un ballon, l'un d'eux eut le toupet de venir me dire : « Mfumu, je n'ai pas encore mangé!... »

Des signes par trop évidents indiquaient manifestement le contraire. Aussi, pour toute réponse, mon doigt montra l'abdomen rebondi du négrillon.

ce Oui!... répondit candidement l'enfant, c'est le mbizi (viande), mais je n'ai pas encore eu de luku!... »

Faire un repas sans cliikwangue est pour le Congolais ce que serait pour nous un dîner de sucre d'orge et de caramels.

Il est difficile de se procurer, à des prix abordables, la quantité de pain de manioc nécessaire à un personnel aussi nombreux que celui de Bergeyck-Saint-Ignace. Les indigènes vous répondent toujours : « Nous n'en avons plus!... »

Ils n'en ont jamais ces moricauds ! Mais offrez leur

double prix... ils en auront bientôt découvert i,ooo ou i,5oo kilogrammes.

Seulement, qui eu doute, les ressources de la Mission ne permettent pas de pareils marchés. Et cependant, il faut de la cliikwarigue, il en faut absolument, sans cela les enfants ne seraient pas contents et s'en iraient.

Que faire donc?... Cultiver nous-mêmes du manioc?...

C'est ce qu'on fait!

En mai 1904, les champs de manioc comprenaient

27 1/2 hectares. Mais le manioc n'est pas encore la chik-

wangue. Il faut fabriquer le pain, ce qui exige

une grande main-d'œuvre. Après avoir fait

tremper les racines pendant quelques

jours, on les pèle;

puis elles sontpilées

et tamisées. De la

farine qui résulte de

ces opérations, on

fait des espèces de

gâteaux, qui sont

roulés dans des

feuilles debananiers,

puis bouillis.

A Kisantu, pour faire la chikwangue nécessaire à cinq cents Noirs, il faut le travail quotidien de soixante filles de la colonie des Soeurs.

Mais ces cent vingt bras sont nécessaires aux travaux des champs!...

Alors?...

On a bien essayé de diminuer la main-

JBDNE NÉGRESSE TENANT UN RÉGIME DE BANANES d'œUVrC en Cm-

Grève des femmes.

ployant des râpes mécaniques. Mais les négrillons n'ont pas voulu de ce luku, parce qu'il y restait des fibres moulues.

Ajoutez à toutes ces difficultés la crise que traverse le j)ays. Au Congo, la culture des terres est la besogne des femmes. Or, un grand nombre de ces dames se sont mises en grève, trouvant qu'il vaut mieux ne plus planter... Pourquoi?... Ecoutez la raison, congolaise s'il en fut!

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