LE CÔTÉ INTELLECTUEL
Moyen pratique pour se procurer des élèves.— Aspect d'une classe. — Une maman qui n'y va pas par quatre chemins. — «Musielele». — Comment on donne la classe. — Lettre de Louis Mambu — La collection du Frère Charles.
Moyen
de se procurer
des élèves.
tt En classe, la première fois que j'y vins, écrivait le Père Sadin nouvellement arrivé au Congo, il y avait une vingtaine de présents sur quarante inscrits. J'appelle le Père Struyf et lui fais demander pourquoi les autres ne sont pas venus.
d'une classe.
» Réponse : « Ils n'aiment absolument pas de venir !... » S'ils n'aiment absolument pas de venir que voulez-vous faire?... Il fallait donc attirer mes gosses (i). Savez-voiis comment je m'y pris?... Je leur donnai un peu de sel de temps à autre ! Je fis cela pendant un mois. Les présences s'accrurent, j'eus des nouveaux.
» Maintenant le magasin de sel est fermé pour eux, mais l'élan est donné. J'ai tous les jours près de cinquante présents qui viennent avec entrain.
» Dès 8 heures, presque tous sont là, bien que la classe ne commence qu'à 8 li. 1/2. Mais je vais près d'eux, je les plaisante, je les fais chanter en leur donnant une patate!... »
Accroupis sur le sol par groupes de quatre ou cinq, ou Aspect
bien assis sur des bancs rudiraentaires, les négrillons sont là, fixant de leurs gros yeux étonnés les tableaux pendus aux murs.
Le professeur, en soutane blanche, va et vient la pipe à la main.
« Ma classe me donne des consolations quand je vois les progrès de mes petits gosses, progrès d'autant plus sûrs qu'ils sont plus lents!... J'avais quarante-huit bambins présents ce matin sur quarante-cinq inscrits!... C'est le monde renversé !
» Il y en a de toutes sortes; des grands de 11 à 12 ans, les autres, par gradation descendante, jusqu'à 2 1/2 ans. Il y en a même un qui n'a pas plus de 2 ans, sil les a!... Un vrai petit chérubin! C'est le fils d'un richard, par conséquent, quoique chérubin, il a un caleçon, et même mieux, une superbe robe, jadis rose pâle!
» De cette robe sortent do petits mollets et de petits bras potelés, bien noirs, bien frottés d'huile de palme, luisants coiîime le parquet ciré d'un pensionnat de demoiselles... Un jour que j'attendais gravement mes mioches sur le seuil de ma classe, je vois venir droit à moi une femme indigène ! . . .
(i) Il s'agit évidemment des externes.
» Ficlitre!... avec tout mon kikongo je n'irai pas loin, me disais-je à part moi, et déjà je m'apprêtais, avec un geste superbe et deux mots expressifs, à la renvoyer à quelqu'autre, quand, d'un tour de main, elle empoigne quelque chose derrière son dos et le dépose devant moi.
)) Et voilà que ce quelque chose se met à geindre et à pleurer à chaudes larmes en criant : è marné!
è marné t.. .
» Oni-da! mais la marné était filée sans mot dire, et sans se retourneT pour voir si elle avait bien mis son mioche sur les pieds, et pas sur la tête!... Et le petit criait ! .. . fallait voir! ... ou plutôt, fallait entendre ça !...
C'est que, même à 2 ans, ils ont les cordes vocales passablement développées ces Noirs !...
» Mais ce que vous auriez dû voir après, c'est le Père Sadin, de la
Compagnie de Jésus, s'essayant, avec tout ce qu'il savait de kikongo, à consoler ce petit moricaud qui criait après sa mamél...
» Vous riez?.,. Eh bien! ça n'a pas duré cinq minutes que le gamin et moi fussions bons amis, quoique je n'eusse rien à lui donner, n'ayant moi-même que ma pipe.
Une maman expéditive.