‹ Au Congo et aux IndesChapitre 76 sur 114 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

l'inde. religion et coutumes

E 28 novembre 1859, quelques Jésuites belges, sous la conduite du R, P. Depelcliin (i), débarquaient à Calcutta et prenaient possession du cliamp apostolique récemment assigné à la province belge de la Compagnie de Jésus. Au cœur même de l'Inde, confiants en la puissance de leur divin Maître, ils allaient jetei" les fondements d'une œuvre immense, au milieu de périls et de difficultés sans nombre. Avant de ^es voir au travail, jetons un rapide coup d'œii sur la contrée dont ils vont entreprendre l'évangélisation et faisons couuaifcsauce avec le Bengale. L'Inde! Que de contrées et de peuples, que de langues et de coutumes évoquées par ce seul mot ! Près de 3oo millions d'habitants répandus sur un territoire grand comme le tiers de l'Europe et sous un climat variant de la chaleur

(i) Après avoir travaillé aux Indes pendant treize ans, le Père Ileuiù Depelchin fut choisi pour fonder la mission du Zambèze. On ne saurait exi)rimer ce qu'il y déploj'a d'énergie et de courage. Revenu en Europe en i883, il sollicita en 1887 l'honneur de retourner à son premier champ d'apostolat. Il est mort à Calcutta, le iG mai kjoo.

torride des plaines au froid intense des régions liiraalayennes.

Sans entreprendre ici l'histoire des conquêtes successives de l'Inde, donnons-en un rapide aperçu.

Aux Dravidas primitifs, groupés encore en masse compacte dans le sud et éparpillés dans tous les districts montagneux, se sont superposés, dix-huit siècles environ avant

LE PERE HENRI DEPELCHIN AU ZAMBEZE

J.-C, des Aryens, de la même famille que la plupart des peuples d'Europe, descendus des plateaux de l'Iran. Ces envahisseurs se répandirent peu à peu dans toute la région. A partir du iv® siècle avant J.-C, les Grecs d'Alexandre, les Parsis origin:ùres de la Perse, les Scythes des bords de la mer Caspienne, firent tour à tour une rapide ap[)arition dans le pays. Au x*' siècle de notre ère, les Arabes conquirent la péninsule; puis vinrent les Mongols, enfiu les Européens. Portugais, Hollandais, Français prédominèrent là-bas, jusqu'au jour où la bataille de Plossey assura à l'Angleterre la suprématie dans ces vastes régions.

Les Anglais, on le sait, ont pour principe de changer le moins possible les coutumes civiles et religieuses des peuples qu'ils gouvernent; aussi l'hindouisme, forme actuelle du brahmanisme, règne-t-il dans toute l'Inde, tant au Bengale qu'ailleui's.

Expliquer l'hindouisme revient à exposer la formation du système civil et religieux des Indous; le voici dans ses grandes lignes.

Aux premières divinités des Aryens succède Bralima, l'être suprême. Cette divinité abstraite se manifeste dans Brahma, le dieu créateur; dans Vishnu, le dieu préservateur, et dans Siva, le dieu destructeur et reproducteur.

Cinquante ans environ avant notre ère, entre l'antique brahmanisme et le bouddhisme, né dei)uis quatre siècles, surgit une lutte acharnée, à la fois religieuse et sociale. Elle dura près de dix siècles. Le bouddhisme vaincu continue de s'éteindre doucement aux Indes, non sans avoir inoculé à son adversaire beaucoup de ses institutions. Pendant ce temps, d'ailleurs, le brahmanisme, sans perdre ses principes constitutifs, avait subi dans son propre sein une révolution profonde. Brahma est resté, sans doute, la première personnalité de la triade hindoue, mais ce n'est plus le Brahma des anciens temps ; il a été défiguré, écrasé sous un amas de légendes burlesques ou obscènes; il n'a plus de culte. Vishnu et Siva l'ont supplanté, et avec eux, sous leur égide et pour ainsi dire sous leur conduite, une tourbe innombrable de i)rétendus êtres divins ont rempli la scène. Le brahmanisme est devenu une arène immense dans laquelle s'agitent, se mêlent et se coudoient avec les dieux des antiques Aryas, les fétiches des populations aborigènes et sauvages. « Les animaux, les poissons, les reptiles, les montagnes, les pierres, par-dessus tout les divinités féminines des tribus dravidiennes. les dieux de chaque village, les esprits démoniaques de toute nature; c'est un amas confus et sans cesse divers de croyances, de légendes, de pratiques et de prétentions qui se résolvent en sectes innombrables, plus différentes néanmoins par leurs dénominations que par le fond même de leurs doctrines (i). •>•>

(i) Le brahmanisme par Mgr Laoueuau, III* partie, p. 2.

Voilà l'élément religieux de l'hindouisme. Sa constitution sociale repose tout entière sur le système des castes. D'après Hunter (i), les castes se seraient formées de la manière suivante. A l'origine, dans les colonies aryennes, tout père de famille était laboureur, guerrier et prêtre. Par degrés, des familles privilégiées, celles qui composèrent les hymnes védiques ou les apprirent par cœur, furent

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