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PAYS ET HABITANTS

Topographie. — Les races. — Types Ouraons et Mundas.

Ç A i6o kilomètres environ au nord-ouest de Calcutta commence le Cliota Nagpore. Il est borné au nord par le Mirzapur et le Beliar, à l'est par les Santal -Pergannalis et la [division de Burdwan, au sud par l'Orissa et les provinces centrales, à l'ouest par quelques états natifs. I^D'une superficie de plus de 100,000 kilomètres carrés, soit près de quatre fois la Belgique, il forme dei^ais i854, au point de vue administratif, une « division » de la province anglaise du Bengale (Lou;er^e/ig-a/froymces). Il comprend les cinq districts de Singblium, Manblium, Hazaiibagli, Palamow et Rancbi, administrés par des Depnty commissioners relevant du lieutenant-général du Bengale; puis un certain nombre d'états natifs tributaires, dont les rajahs gardent une certaine indépendance.

L'aspect du pays est varié et parfois grandiose. A partir [des collines boisées de Singblium, abritant, comme Topographie, d'un rempart, d'immenses plaines cultivées, le grand plateau central s'élève en ondulant du sud-est vers le nord-ouest. C'est le pays agricole par excellence, émaillé de bouquets de manguiers plantés aux abords des villages, avec, çà et là, des collines rocheuses isolées, ou ijlus rarement, un coin de jungle surgissant intense sur une langue de terre inculte. Tout le reste est cultivé avec soin et couvert'principalement de rizières. Taillées dans les pentes résultant des continuelles dépressions 'et élévations de terrain, elles s'étagent en terrasses parfaitement de niveau et soigneusement endiguées.

A cet immense plateau d'une altitude moyenne de 600 mètres succèdent subitement les régions tourmentées

du Checliari et du Barway, vrai fouillis de vallées, de ravins, de montognes boisées et de pentes rocailleuses où les forêts touffues et la jungle sauvage font place, quand le terrain s'y prête,' aux rizières accrochées au flanc des collines ou descendant jusqu'au fond des vallées. Nous sommes dans la région des Gahls et des Pats, qui s'étend à travers le Sarguja et le Jaslipnr à l'ouest jusqu'aux extrémités de la contrée.

C'est au sein de ces contrées sauvnges que vivent les grands fauves de l'Inde, le léopard, l'ours noir, le tigre

royal. 11 est paifois bien près de

vous, ce redoutable et silen- ^cieux maiclieur : un léger froissement d'herbes sèches, c'est le tigre du Bengale qui vient de passer!

Au nord, dans le district dePalamow retentit parfois le long mugissement du bison et, dans le grand silence des nuits, l'aboiement criard des troupes de chiens sauvages qui passent.

Par tout le Chota Nagpore on trouve les loups, les hj'-ènes, les antilopes, les sangliers.

Dans tout le Chota Nagpore, l'extrémité nord-ouest exceptée, des hectares entiers de terrain sont joarfois jonchés de blocs de gneiss entassés les uns sur les autres et formant comme les ruines fantastiques d'anciens dômes aux dimensions énormes. Ces blocs d'origine ignée se i)résentent tantôt empilés les uns sur les autres, tantôt surgissant du sol comme d'immenses bulles pétrifiées.

« Il y a peu de contrées, dit Hunter, offrant un spectacle de beauté plus tranquille que le Cliota Nagpore. A l'époque des pluies et pcudant la saisou froide, les rochers de gneiss dont la couleur noirâtre contraste avec

PAGODE HiNOOUE BATIE SUR UN BLOC DE GNEISS

le feuillage de la jungle voisine, l'iiorizoïi bleu foncé des lignes de faîte se profilant au loin, les bosquets de manguiers, les rizières, les fleurs jaunes et brillantes des champs de « sarguja » et le rouge sombre du sol fraîchement reumé forment une variété de couleurs frappante et peu coaimunc. »

« Une particularité, écrit le Père Ilaghenbeek, surtout à la saison sèche, ce sont les cours d'eau. Figurez-vous de profonds ravins, quelquefois de 3o et 40 mètres de large, dont les bords sont rongés par les eaux; la plaine avoisinante est coupée par des ravines plus profondes, qui convergent toutes vers le canal principal. Ces ravines sont creusées pendant la saison des pluies par les eaux du ciel. Au fond du fleuve, il y a, à cette époque-ci, un petit ruisseau de 10 à 12 mètres de large et de i ou 2 décimètres de profondeur. Pendant lu saison des pluies, au contraire,

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tout le ravin est rempli d'eau boueuse, qui coule avec violence et qui atteint G à 7 ruèti-es de i)rofondciir. Pour traverser ces fleuves, il n'y a pas de ponts; on descend dedans; si on est à pied, on ôte ses souliers et ses bas; si on est à clieval, on traverse sans s'inquiéter de l'eau, en relevant les jambes tant qu'on peut, à moins qu'on ne soit déjà dans le flot jusqu'à la poitrine. »

Les races. En 1901, le Cliota Nogporc comptait 5.90i,85o habitants :

d'une part des Hindous, des semi-aborigènes et des musulmans; de l'autre, des aborigènes appelés Kôles et qui no constituent plus que le tiers de la x>opulation.

Il existe entre les deux principales races qui peuplent le Cliota Niigpore, w -'i^v'-^H £ ^m ^6s Hindous et les Kôles,

W ^»W^ f ^1 ^^^^^ liaiue prufoude dont

nous verrous plus loin la cause. De grandes divergences d'ailleurs les séparent.

Les Hindous ont les traits des races blanches, tandis riue les aborigènes, race mixte résultant du mélange de jaunes et de nègres, ont les cheveux fi)rten)ent ondulés, les liounnettes saillantes, le nez large, les lèvi es épaisses et un certain prognathisme.

Les Hindous ont le système des castes, incounu chez les aboiigènes, ils ne mangent pas de bœuf, ne font pas usage de liqueurs fermentécs, et

LE PERE D HOOP Missionnaire à Tongo

n'acceptent que des mets préparés par des gens de leur casic ou d'une caste supérieure; les aborigènes mangent do toute sorte de viande préparée par n'importe qui, et, bien loin de s'abstenir de liqueurs fortes, les considèrent comme le complément indispensable de toute l'ète religieuse ou civile. Les institutions sont municipales cliez les uns, et leurs cours de justice composées de membres de même rang; chez les autres, les institutions sont patriarcales et les causes sont jugées par les chefs de tribu ou de famille.

TYPE OURAON

Examinons de plus près la physionomie de ces Kôles Types ouraons qui sont actuellement la j)î*incipale sollicitude de nos mis- ^* Jviundas. sionnaires.

Ils se subdivisent en Mundaris, Hos et Kharrias, qui sont les Kôles proprement dits, et en Ouraons, d'oi'igiue Dravidienue.

Les Mundaris occupent le pays situé à l'est, au sud et au sud-ouest de Ranchi. A l'ouest et au nord-ouest, ce sont les Ouraons et entre les deux, à l'ouest, sud-ouest, les Kharrias.

Les Mundaris forment la principale des tribus kôles.

Le travail des champs est leur occupation exclusive, et la chasse, leur passe-temps favori. Pas d'artisans parmi eux, les métiers de forgeron, potier, blanchisseur, etc., étant exercés par des étrangers établis dans leurs villages.

Leur divinité suprême est Sing-Bonga, dieu essentiellement bon qu'ils honorent par l'offrande occasionnelle d'une poule ou d'une chèvre.

Des sacrifices plus fréquents sont offerts aux divinités inférieures et locales pour écarter les maladies et les malheurs. Un culte spécial, celui des ancêtres, est profondément enraciné chez eux et, sous ce rapport, les Ouraons ne diffèrent pas des Mundas.

La nation ouraonne est forte d'environ 600,000 hommes, dont 35o,ooo au Chota Nagpore.

Il n'est pas difficile de distinguer un Ouraon d'un Mundari. L'Ouraon est plus petit, mais bien proportionné; ses traits sont plus grossiers, son teint plus foncé, sa figure plus allongée, avec une certaine tendance à l'angle facial du nègre. Le visage large et aplati du Mundari rappelle le type Mongol ; sa physionomie est ordinairement grave.

Ce qui distingue, au contraire, l'Ouraon, c'est sa mine enjouée, son air souriant qui le rend très sympathique. (c II est ami du rire et de la plaisanterie, écrit un de leurs missionnaires ; ni procès, ni exactions, ni famines, n'y changeront grand'chose. Qu'un Ouraon ait reçu un coup de couteau ou ait été bâtonné jusqu'au sang, il appliquera sur son mal de la bouse de vache, s'il en a; mais son meilleur emplâtre sera encore quelque bon proverbe folichon. M

Les Kôles ont d'ailleurs le cœur excellent; ils aimeiit leurs missionnaires. « Après trois semaines d'absence de Kurdeg, écrit le Père De Gryse, je devais, pour rentrer de la gare chez moi, faire un voyage de 80 kilomètres à cheval. Sur un parcours de 5o kilomètres, les jeunes gens, au son des tambours, m'ont conduit d'un village à l'autre et, en arrivant chez moi, garçons et jeunes filles ont dansé pendant trois heures devant mon bungalow. »

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