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Au Congo et aux Indes

11 y aura bientôt deux ans, j’ai eu le bonheur de faire le pèleriuag'e des Lieux-Saints. Parmi les souvenirs qui depuis lors embaument mon âme. il en est un qui s'est ravivé tlès l’instant oii les auteurs des })ap,‘es qu’on va lire m’ont demandé d'en écrire la préface. Le mercredi 1 1 septembre 11K)4, fête de l’Exaltation de la Sainte- Croix, par une de ces matinées oii le ciel bleu d’Orient étale ses mystérieuses profondeurs toutes irradiées des premiers feux du soleil, je liravissais silencieusement les sentiers rudes et solitaires qui conduisent au sommet du mont des Oliviers. .l’allais avoir l’immense consolation de célél)rer le saint sa cri lice de la messe au lieu même de l'Ascension de .lésns. L(' texte de révanp,ile où sont consig-nées les dernières paroles du Maître, occiq)ait (mi ce moment toutes mes pensées. Toute puissance m'a etc donnée au Ciel et sur ta Terre : allez donc, enseifinez toutes les nations. (Matth. XX'niI, 18, Ib.) (Mielle autre parole a été plus lêconde (lue celhî-là^ (’’est de ce mot d'ordre

donné et exécuté ((iie date le début de la transformation du monde : alors commence la lutte de la civilisation chrétienne contre la civilisation païenne. Et voilà dix-neuf siècles qü’elle continue, avec des revers sans doute, mais pres(pie toujours victorieuse, et ajoutant à charpie âge des conquêtes nouvelles aux conquêtes antérieures.

(,)u’est-ce donc qui explique cette persévérance dans le comliat et la victoire, en dépit de tous les obstacles du dehors et du dedans, des faiblesses de notre pauvre nature, et des forces' de résistance que ceux-là même qu’il faut sauver opposent à leurs libérateurs ?

Sans doute, l’explication profonde de cette merveille, c'est la toute-puissance de Jésus : Data est mihi omnis potestus; elle travaille avec ses apôtres et au ciel et sur la terre : in cœ/o et in terra. Et c’est pour cela qu’ils vont partout, et sous le ciel lirïilant des tropiques, et parmi les glaces du septentrion ; Euntes ergo, docete onmes gentes.

C'est bien là la cause première.

Mais quand, arrivé dans la mosquée octogone élevée à remplacement môme de l’Ascension, je commençai la célébration de la sainte messe et que je tins entre mes mains l’hostie consacrée, en y contemplant sous les voiles eucharistiques la vivante réalité du Christ Jésus, je compris mieux que jamais que c’était la jierpétuelle communion de l’Église catholique avec son divin Fondateur qui était le principe immédiat et l'admii-able instru-

ment dont Dieu se servait pour susciter chaque jour de nouveaux héroïsmes.

Béni soit le Cœur de Jésus de ce qu’il nous a laissé cet Aliment divin de l’apostolat, qui nous transforme en d’autres christs, jusqu’à inspirer à des milliers d’àmes la coopération la plus parfaite à sou œuvre rédemptrice !

Si l’on étudie l’histoire de l’évangélisation, on constatera sans peine que l’œuvre de conversion est réservée presque exclusivement aux congrégations religieuses. Le clergé séculier n’a point à en être jaloux. Sa mission est de travailler là où la conquête est délinitive, d’y multiplier les prières et les sympathies pour la propagation, de la foi, d’y faire éclore les vocations à la pratique des conseils évangéliques. Mais les ordres religieux sont admirablement outillés pour l’apostolat dans les pays lointains. Cet apostolat a ses dangers physiques et moraux : la vie commune prémunit contre les uns et les autres. 11 suppose une force extraordinaire de renoncement : les trois vœux de religion la donnent et la garantissent. Souvent il entraîne une vieillesse prématurée ou des inlirmités qui exigent des soins familiaux : le missionnaire affaibli retrouve des frères pleins d’atfection pour retremper auprès d’eux ses forces, ou attendre dans la }»aix l’heure de l’éternel repos.

Toutefois, l’histoire de l’apostolat depuis h‘ début du XIX* siècle nous présente une modalité nouvelle : c’est

l'entrée en masse dans les pays d<' Mission des con.nréii’alions religieuses de femmes. C'est là un fait providentiel, qui jtermet de prévoir que les progrès futurs du catholicisme seront beaucoup plus rapides qu'ils m* l'ont été dans les siècles [)récédents. Et C('rtes, la- Révolution française, en chassant les congrégations religieuses de la vieille Europe, ne s(t tloutait pas qu'elle semait à i)leines mains le catholicisme sur toutes les plages.

La religieuse pénètre dans bien des cabanes sauvages qui seraient impitoyablement fermées aux missionnaires. Et surtout, tandis que ceux-ci élèvent les adolescents, les religieuses s’occupent des jeunes filles. De cette façon, les chrétiens trouvent désormais des épouses (pii partagent leur foi, et ils fondent des familles chrétiennes. Ainsi le mariage devient dans les pays infidèles ce qu'il est partout oi'i l’Église est établie, le grand instrument de propagation des adorateurs du Christ Jésus et des élus à l’éternel bonheur.

Un autre phénomène de notre temps est à signaler : c’est l’introduction rapide et sur tous les points de l’Afrique et de l’Asie de tous les progrès de la civilisation. Les nations infidèles, soit par elles-mêmes, comme le Japon, soit par la force de [lénétration des nations civilisées, comme les iieuplades africaines, profitent de nos découvertes scientifi([ues comme de notre t'xjiérience soidale. Et encore (pie les gouvernements modernes se soient plus ou moins détachés de l’Église catholi(pie.

reiu[)ire de la terre, pour parler avec Bossuet; conliiiue — iuconsciemmeut ou non — à servir l’empire du Ciel. Il y a (pielques jours au Parlement anglais, un député, aux applaudissements unanimes de ses collègues, racontait ([lie, lors de la guerre des Boers, un pauvre Irlandais se mourait de maladie dans un camp, tandis que l’aumônier militaire était à 700 milles de là. (,)ue tlt le général? Il télégraphia à l’aumônier et, sur son ordre, -quelques heures après, un train spécial amenait au chevet du malatle le prêtre, porteur des suprêmes réconforts. Ce fait est symboli(ine. Il montre que les «libertés modernes» et les progrès de la science vont là où Dieu les mène, c’est-à-dire à l’œuvre salvifi([ue de rhumanité.

Le livre (pi’on va lire nous présente dans une trilogie émouvante la véritication des aperçus sommaires ({ue nous venons d’esquisser. Le lecteur n’aura point de peine à s'en convaincre, pour peu ([u’il veuille les conserver devant les yeux mi parcourant ces pages écrites d'une plume alerte et avec un cceur de frère.

<vHii en dout(^ ? Toutes les congrégations religieuses pourraient nous donner de semblables récits. Plusieurs l'ont fait et je prie Dieu d'inspirer à toutes les autres de les imiter : il est l)on^-«+ê révéler les (ouvres de Dieu (Tobie XII, 7). et ^..Gilirist loue ceux (pii laissent voir leurs belh's actions yonv fain* glorilier le Père (jui est dans les cimix (Mattli. Y, Di). Mais je suis particulièr(nneni lieiçi’eux que les trois auteurs du livre actiud, dont j'ai

couiui le premier alors qu’adolescent il aunouçait déjà au petit séminaire de Saint-Trond la délicatesse de sentinient qui s’épanouit dans toute son œuvre, je suis, dis-je, heureux qu’ils aient songé à faire revivre sous nos yeux, sur une sorte de cinématographe littéraire et artistique, l’apostolat de leurs confrères belges de la Compagnie de Jésus. Ils ont ajouté une preuve de plus à la démonstration de la fidélité constante de leur Ordre à la loi de ses origines telle que le grand Ignace l’a formulée : toujours rendre plus grande la gloire de Dieu, ad majorem Dei gloriam, à l’intérieur par l’instruction et le ministère, à l’extérieur par l’apostolat.

()ue Dieu bénisse ce livre ! Qu’il suscite partout des prières et des aumônes, et surtout que dans le cœur des jeunes gens chrétiens à l’àme généreuse, des vierges capables de l’immolation totale d’elles-mêmes, il allume la flamme du zèle apostolique ! Au début elle sera peutêtre faible et facile à éteindre : que ces âmes n’oublient pas que c’est au contact fréquent avec la Sainte Eucharistie que cette flamme continue à brûler et qu’elle s’avive.

Liège, ce vendredi 18 mai 190d.

Georges MONCHAMP,

Vicaire ffétiéraf.

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