I.A GROTTE DE NOTRE-D.\ME DE LOURDES A KISANTU
Le lendemain, vei'S G h. 1/2, nous étions en route. Les ehrétiens de chaque poste étaient grbupés autour d’un drapeau, portant le nom de leur village. On priait, on chantait des cantiques, ou bien on causait en marchant. 11 régnait parmi les pèlerins un enthousiasme indescrip-
tible: ils hissaient bien haut leuis bannières, s’extasiaient de voir ee grand cortège, ces drapeaux, ces groupes se succéder sans fin par les chemins sinueux, descendre les longues pentes, couvrir de nouveau les i^entes des collines opposées et comme ils le disaient fièrement, occuper à la fois deux montagnes...
» Arrivés à proximité de Kisantu, nous nous arrêtâmes pour bien reformer le cortège. Nos pèlerins se mirent à prier. Ce fut d’abord le chapelet, puis, en vue de la Mission, à une distance d’environ 5oo mètres, ils entonnèrent les litanies. Les enfants de l’école avec leurs voix éclatantes de soprano et de ténor, faisaient retentir au loin les belles invocations des litanies, auxquelles répondait, plus grave, sur toute l’étendue du cortège, la supplique si simple, si accentuée : Utiisambilete, priez pour nous.
» Pendant qu’on avance lentement, la foule immense des pèlerins qui nous ont précédés, jointe à celle des curieux accourant de la Mission, se porte à notre rencontre, forme la haie pour nous laisser passer et, entraînée par l’élan de ce cortège pieux, fait écho à nos chants et à nos prières et nous suit jusqu’à la grotte.
» Là, devant la statue de Marie Immaculée, le cortège se forme rapidement en deux cercles et voilà toute cette foule à genoux sous les drapeaux ondoyants, les yeux fixés sur la belle statue, se dessinant au milieu de la verdure et des fleurs, comme une vision d’en haut appelant la bénédiction de Dieu sur les Noirs prosternés. Il y eut un moment de silence et de prière muette. Alors, les enfants de l’école entonnèrent le Magnificat en kikongo, et toute la foule y répondit (i). »
Le soir, par jjetits groupes, accroupis ou couchés autour des feux, les pèlerins s’endorment à la belle étoile. Quelques-uns sont chargés d’entretenir la flamme, et par moments, quand ils se lèvent, on voit leurs corps noirs éclairés brusquement de fauves reflets.
A 2 heui'es du matin, il en est déjà qui attendent devant les portes de l’église. A 5 heures, on ouvre enfin,
(i) Lettre du Père Butaye au chanoine Leroy, président du grand Séminaire de Liège (Missions Belges, igoa).
et, par grovipes, ils entrent, communient, récitent les prières d’action de grâces, puis ressortent pour faire place à d’autres.
Quand tous ont reçu la sainte eucharistie, commence une messe en plein air.
(c A l’évangile, il y eut sermon : on félicita les chrétiens. Ils étaient venus de loin pour donner ici, en commun, un éclatant témoignage de leur foi. Ils avaient passé laNsele,
la Lukunga. D’autres venaient de Kimpako et des envi-
de Nlemfu et même d’au delà de la Nsele, de la région de Ntumba-Maui, de plus de 20 lieues de distance. «
Les postes liégeois pouvaient se réjouir justement et s’appliquer spécialement ces éloges, car quelques-uns avaient fait trois journées de marche.
« On leur montra encore que ce pèlerinage était une puissante prédication : une immense région, des centaines de villages les avaient vus passer et pi ier!... Ils pouvaient se compter : cinquante il y a dix ans, les voilà maintenant cinq mille (i). »
Après la messe, la procession se forme. Ici la palme est aux Sœurs de Notre-Dame. Elles ont organisé des gi’oupes
(i) Lettre du Père Butayc au chanoine Lei’oy, président du grand Séminaire de Liège {Missions Belges, 1902},