‹ Au Congo et aux IndesChapitre 33 sur 113 · TROIS ELEVES · texte numérisé non relu

TROIS ELEVES

Comment on donne la classe

» Il ne parlait pas, ayant sans doute conscience que je ne le comprendrais pas, mais tout le reste de la classe venait se frotter contre ma jambe, comme un petit cliat qui fait ronron !

» Et voilà comment est venu pour la première fois en classe, mon petit bonhomme à robe rose dont je vous ai parlé et qui s’appelle, pour vous servir : Moussiélélé, ce qui s’écrit : « Musielele » (i). »

A Monsieur Musielele et à ses compagnons allons apprendre l’A B C.

Prenons d’abord l’alpbabet minuscule imprimé.

La lettre a... Oli!... beaucoup trop compliqué pour commencer !

Prenons /... C’est la plus simple. Ecrivons un / au tableau... Voyons?... A quoi cela ressemble-t-il ?... A une baguette, n’est-il pas vrai?... Hé bien, cela... cette grande baguette... s’appelle /... /... Compris?...

— Eli! vous, là-bas, Louis... Comment appelle-t-on ce qui ressemble à une grande baguette?...

— Voyous, je viens de le dire!... /... U...

— Ah ! oui !...

— Et vous Jean?... Comment aiipelous-nous cette grande baguette?

— C’est /...

— Très bien!... Paul, à quoi l ressemble-t-il?...

— ... Aune grande baguette!...

— A la bonne heure... Comment appelez-vous cette grande baguette, Joseiih?...

— Parfait... Maintenant, regardez bien tous, ce que je vais faire... Devant cette grande baguette, je colle un gros ventre... Voyez-vous?

— Oui! oui! un gros ventre...

(i) Lettre du Père Sadiu (octobre 1904).

— Hé bien, quand la baguette a un ventre à droite, c’ôst b... quand elle a un ventre à’gaucbe, c’est d... b... d...

Ici cela devient déjàiplus compliqué! On retient bien

qu’il y a deux ventres, l’un à droite, l’autre à gauche... Mais c’est bien difficile de se rappeler que h a le ventre à droite et que d le porte à gauche !...

Pendant tout le temps de la classe, le dialogue entre le professeur et les élèves se poursuit vif et animé, g-, c’est le grand serpent; s, le petit; i, c’est la petite baguette avec un chapeau ; r, c’est le petit hameçon; f, le grand; v, les cornes de chèvres... etc., etc. !

Le lendemain, répétition !...

Hélas ! pauvre professeur ! Que de fois tout est à refaire ! Les gamins savent dire : Ceci est la grande baguette ; ce sont les cornes de chèvre... Mais le nom de la lettre?... envolé...

C’est si peu intéressant pour le père hanquet

. ces galopins noirs!... En voyant

tout cela à distance, nous rions, nous !... Mais quelle provision de patience le professeur doit avoir pour ne pas se fâcher!...

Pour la leçon d’écriture, nos petits bonshommes sont installés à la turque, l’un ici, l’autre là, faisant face à toutes les directions.

Et, dégroupé en groupe, le professeur passe, approuve, corrige le griffonnage que les mains inhabiles ont tracé sur l’ardoise.

Beaucoup de négrillons ont l’esprit vif, plus vif même que les petits Blancs de leur âge. Seulement, ils semblent généralement incapables de pousser plus loin que les éléments. Qu’importe, d’ailleurs?... Ils ne sont pas destinés à devenir des savants et des docteurs, ces braves

Lettre

e Louis Mambu.

Congolais. On tâche d’en faire des hommes et de bons chrétiens.

Les résultats que l’on obtient sont déjà fort beaux. Voici une lettre que Louis Mambu, kapita de Gand-Sainte- Barbe, écrivait en 1900 au Père Préfet du collège des Jésuites, à Gand :

« Vous me demandez combien il y a d’enfants baj)tisés à Gand-Sainte-Barbe. Il y en a vingt-quatre, et ceux qui ne le sont pas encore, sont au nombre de dix-huit. Peut-être que le dimanche de Pâques, il y en a qui seront baptisés, ainsi que deux femmes noires. Mfumu le Préfet, priez Dieu pour moi afin que jusqu’à ma mort j’observe bien les commandements de Dieu.

» Beaucoup d’enfants voudraient venir au catéchisme, mais leurs parents ne veulent pas.

)) Priez Dieu pour que leurs parents les laissent venir à l’instruction. Dites à vos enfants de prier pour eux, car ils sont fous, ils ne connaissent pas Dieu.

» Je prie Dieu pour vous, et servez bien Dieu jusqu’à l’heure de votre mort. »

A lire cette lettre on serait tenté de croire qu’elle a été dictée ou inspirée par un missionnaire.

Il n’en est rien x^ourtant. Disons toutefois qu’à l’éj^oque où cette lettre fut écrite, Louis Mambu était le meilleur catéchiste de la Mission.

Tous n’ont pas des sentiments aussi délicats, mais un bon nombre pourtant est sincèrement attaché aux Pères. Témoin cette lettre écrite en français au Père Hendrickx X^ar un garçon de l’école des catéchistes. Je transcris sim- X^lement en laissant l’orthograxihe de l’original :

Kisautu, 10 mars 1905.

Mou Révérend Père Andrékisi,

Bonjour.

Maintenant, à vous. Est ce que vous ôtes guéri? Si vous lîortez bien, je remercie beaucoup le bon Dieu.

.l’ai vû de la douleur, acause de vous retournait en Europe. ^Maintenant je j)rie Dieu. Il vous soigne bien. Alors vous retourner ici, iiour soigner nous avec tous les autres choses, le coi‘i)s avec l'âine.

Votre enfant,

Hubert Xsingi

Votre ami longtemps à Ndembo.

En voici une écrite en kikongo à nn autre Père rentré en Belgique.

Mfumu Malembe, mbote iningi.

Tuwidi iikemla iule kiefu go iizevo zaku bampangi baku bawidi zeiiga zo kuaiidi, mu diambu di kubela; kaiisi mpamba. Beto bantu ka tu bedila mu nzevo ko, kansi bimbefo bitukila go mu mbaiizi, go mu ntulu, go mu iisiiigu.

^lavimpi maku, Mfumu Malembe, kua mono muana aku

Donbasi.

Mfumu Malembe, bonjour.

Nous avons entendu la nouvelle que vos frères vous ont fait couper votre barbe, parce que vous étiez malade ; mais c'est en vain.

Nous autres hommes, nous ne sommes pas malades à cause de la barbe, car toutes les maladies proviennent ou des côtes, ou de la poitrine, ou du cou.

Les salutations, Mfumu Malembe, de votre enfant.

Doubazi (Sébastien).

L’auteur de cette lettre est un enfant d’une intelligence plutôt médiocre.

Un fait assez curieux, c’est que les gamins n’aiment pas trop à parler le fran^'ais... Pourquoi?... Tout simplement par vanité. Ils craignent d’être ridicules en faisant des fautes et, plutôt que de voir sourire à leurs bévues, ils préfèrent ne pas parler cette langue que j^ourtant ils aiment à apprendre.

J’ai parlé des travailleurs, des hommes de métiers, des écoliers, des futurs catécliistes. Il estime catégorie d’individus dont je n’ai pas encore fait mention. C’est celle que le Père iSadin appelait « la collection du Frère Charles » (i).

Il faudrait une palette réaliste pour peindre ces pauvres gens, car on dit avec assez de raison que la peinture, comme la photographie, embellit.

C’est le rendez-vous de tous les miséreux, ])htisiques, estropiés, rachitiques, boiteux, anémiés, épileiitiques, avortons, etc., etc..., ramassés non seulement à Kisantu, mais encore dans les postes qui en dépendent.

La collection du Frère Charles.

( i) Le Frère Coadjuteur Charles Gérard, cuisinier à Kisantu.

— So-

ns sont là près de vingt, et il n’y en a peut-être pas trois qui soient quelque peu valides. D’abord une dizaine de petits gamins abandonnés, trouvés dans la brousse, ou chassés des villages, à cause de leurs plaies ; beaucoiq) n’ont lias 6 ans !...

Soignées par le Frère infirmier, leurs plaies se sont refermées, mais ces enfants ont souffert de la faim, n’ont

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