RETOUR DE CHASSE
souches du futur troupeau, et, en rendant compte au Père, ils diront : « Une chèvre est morte... » Ils oublieront d’ajouter qu’ils l’ont aidée à mourir en lui eoupant le eou 1 Ces choses-là se voient en pays congolais !
Bien nourris dans leur petite colonie, les enfants sont
contents et le montrent. Leurs discours, leur bonne mine, tentent les gamins des environs et les attirent à la fermecbapelle.
La prospérité de leurs cultures, leur vie de travail, leur Les indigènes conduite plus morale, donnent à ces jeunes gens un pres-
DAJvS LES ROSEAUX
tige et une autorité étonnante sur la population des villages voisins.
Il n’est pas jusqu’aux vieux sauvages qui ne subissent leur ascendant; ils se rapprochent bientôt des petits colons, et en grands mendiants qu’ils sont, tâchent d’obtenir des cadeaux.
L’espoir d’en recevoir davantage les attire aux prières, aux catéchismes. Ils apprennent ainsi qu’après cette vie tout n’est pas fini, qu’il y a un Ciel pour ceux qui se font chrétiens, et, quand ils sentent que leur dernière heure est là, songeant à ce paradis et voulant y aller, ils demandent le kapitaet se font baptiser.
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Zimbu.
Souvent aussi les catéchistes ont l’occasion de conférei’ le ba])têine aux petits enfants malades.
Il y avait à Kisantu un pauvre diable de noir, que la maladie du sommeil avait rendu fou. On avait même dû le séparer tout à fait des autres parce qu’il devenait dangereux. C’était un ancien catéchiste. Plusieurs fois on avait essayé de le confesser, mais la tête était bien partie.
Un matin, on remarque qu’un petit garçon est atteint par le ten ible mal. Vite on l’écarte des autres et on le met dans un cbimbek à quelque distance de celui de Zimbu — c’était le nom du fou. Le soir, le train devait amener quelques Pbincs.
Pour les recevoir, les Pères se rendaient au garage du chemin de fer, quand tout à coup un noir accourt :
« Mfumu, vite, venez!... le petit gaiçon de ce matin va mourir. »
Le Père Hendrickx part, et, à côté de la butte de Zimbu, au milieu d’un groupe de nègres, il trouve l’enfant déjà mort.
Le Père fait de vifs reproches : « Comment n’êtes-vous pas venu nous chercher plus tôt?... Voilà que jîar votre faute ce pauvre petit est mort sans baptême!...
UN IC KERME-CHAPEI.I.E (lîUZET SAINT-ALEXANDRE)
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— Pas du tout, interrompt Zimbu... il est baptisé.
— Comment? il est baptisé?., par qui?
— Par moi !
— Par vous?... quand cela?
— Tout à l’beure!
— Comment avez-vous fait?
— Voilà!... Le petit était venu s’asseoir ici... et moi, en le voyant, je me suis dit : il va mourir... Et moi, je lui ai demandé s’il aimait bien le bon Dieu... et il a dit oui. Et moi je lui ai demandé s’il croyait que Jésus est Dieu et qu’il est mort, pour nous... et il a dit oui... Et moi je lui ai demandé s’il voulait être baptisé pour aller au Ciel,... et il a dit oui... Et moi j’ai pris de l’eau et je l’ai versée sur sa tête en disant ; « .Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. »
Zimbu garda sa lucidité jusqu’au soir et put se confesser. Après il ne donna plus signe d’intelligence.
Le fait de ce fou qui, dans un petit moment de lucidité, confère le baptême à un enfant mourant semble bien indiquer que les catéchistes sont habitués à agir ainsi.
Après ce que nous avons dit, on peut jusqu’à un certain point se figurer la vie ordinaire de ces petites communautés, qui sont comme les postes avancés de la Mission.
Parfois, quand le soir tombe, après une rude journée, le missionnaire arrive loger dans une ferme-chapelle.
Et tandis qu’il s'approche, voici que tout à coup, dans le grand silence des solitudes africaines, il entend monter de l’humble chapelle, au toit de chaume, le chant si pieux, si doux, du Laudate Dominiim.
Oh! quelle émotion pour ce cœur de prêtre, d’entendre, dans eette belle langue congolaise, retentir les louanges de son Dieu. Il s’arrête alors, et son âme chante aussi :
Lukembila Mfumu Nzambi be.si boiiso,
Lukeiiibila yaiidi banlii bau kiilu (i).
Louez le Seigneur, toutes les nations,
Louez le nom du Seigneur!
(i) On psalmodie sur la musique du Laudate Dominum latin ; u se prononce ou. La langue congolaise bien parlée est très harmonieuse et très douce.