‹ Au Congo et aux IndesChapitre 44 sur 113 · II · texte numérisé non relu

II

Sous la pluie.

A Kinkoko

donner... mais puisque vous ne voulez pas de nous, j’irai les offrir à un autre chef plus malin... Bonjour!...

— Attendez, Miindele Nzambi, attendez; et voyons les cadeaux.

— Non! non!... c’est inutile, vous ne voulez pas de Blancs chez vous... Je pars.

— Non!... restez... si vous avez des cadeaux... Ou pourrait peut-être s’arranger...

— Allons! soit... »

Et voilà le Père exhibant des pièces de calicot aux couleurs voyantes; et tout autour de lui, les Noirs qui admirent bruyamment, les négrillons qui poussent des cris de joie, et qui, pour témoigner de leur enthousiasme, se roulent par terre !

La discussion reprend. Le chef voudrait avoir tout... Enfin après de longs pourparlers, on finit par tomber d’accord.

Le mfumu reçoit des étoffes, des couteaux, des perles; il donne le terrain et quatre, eiuq, dix enfants. Aussitôt les installations commencent.

Cela ne v^a pas toujours aussi facilement, loin de là!... Certains chefs envoyant la prosi)érité des fermes-chapelles dans les villages voisins, les cadeaux qui ont été donnés à l’aristocatie du paj^s, supplient avec instances les Pères de s’établir ehez eux. Puis quand on arrive... bonsoir!... ils n’en veulent 2)lus!

Voici comment le Père Prévers raconte la fondation de Kinkoko :

« Je jjars de Ndembo, le lundi à 6 h. 1/2, par la fraîcheur. A une heure d’ici, j’avais déjà les membres inférieurs tout mouillés par la rosée. C’est frais, mais c'est aussi malsain qu’inévitable. Me voilà en outre assailli imr la pluie. Et pas un abri!... Bien inutile ici le parapluie : l’eau dévale par cuvettes.

)> Enfin à ii heures, nous arrivons à Kinkoko, où les indigènes nous demandent depuis trois mois de venir nous établir. Pas une âme au village!

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» La faim est là pourtant,... faim congolaise, qui pour beaucoup est de la fringale.

» Enfin, on découvre et l’on m’amène, à moitié j)ar force, un indigène.

n — Le chef du village, déclare-t-il, est au loin pour affaires; les habitants sont loin aussi pour les cultures et ne rentj eront que le soir...

» — Dans ce cas, je vais m’installer sanslapermission du propriétaire, dans le premier cliimbek à ma convenance...

» Hélas!... le meilleur ne valait rien!... vraie banne percée de tous les côtés, laissant voir le ciel en maint endroit, avec force meurtrières, livrant passage au vent et à la pluie.

)) Avec cela, des puces, d’insolentes punaises, des chiques, des moustiques... toute l’arche de Noé eu miniature!... Encore si la nuit on se reposait!...

» J’étais à Kiiikoko depuis vingt-quatre heures, sans avoir avancé d’un pas dans la fondation du poste.

» Les chefs ne viendraient-ils i)as?...

» Ils vinrent enfin, les misérables, mais sans malafii (vin de palme), ce qui était mauvais signe, et n’aiiportant qu’une poule, et quelle poule!...

» Lorsqu’ils furent installés devant moi, je pris la parole pour leur exprimer mou désir de m’installer chez eux. Je leur dis le.s avantages de la présence du Blanc, etc... Mou discours fini, ce fut leur tour!...

» — Mundele, réi^liqua leur porte-parole, nous vous donnons une poule en cadeau, mais c’est à condition que vous vous en retourniez à Xdembo ou que vous alliez plus loin... En tous cas, ne restez pas ici, nous ne voulons pas de vous !

» J’avais plus envie de lire que de me fâcher, tant ma position me semblait drôle ! ..

« — C’est bien, dis-je, reprenez votre poule. On ne se joue pas ainsi du Blanc. Votre chef m’avait invité à venir ici. Si vous m’aviez bien accueilli, je vous aurais fait de beaux cadeaux. Les cadeaux resteront dans mon coffre !...

« Du coup les bons chefs devinrent pensifs et s’eu retournèrent l’oreille basse.

» La nuit vint-elle leur porter conseil?... Le fait est que

le lendemain, la procession revenait plus nombreuse que la veille ; six on sept chefs, suivis de leurs serfs apportant du malafu et... un bouc.

» — Ka diatnbii ko!... soit, me dit leur avocat; puisque le Blanc s’établit chez nous, nous sommes contents!... Qu’il reste, et voyons les conditions.

» Un euphémisme apparemment pour désigner les cadeaux.

» — C’est bien, leur dis-je, j’ai avec moi de belles couvertures, des étoffes, des couteaux solides. Mais... rien pour rien, mes bons amis! Vous, mfurau Ntongi, vous me donnerez deux chimbeks ; vous, mfumu Xsoti, vous me vendrez à bon compte de la chikwangue...

» J’eus, moyennant finance, tout ce que je voulus ; je restai six jours à Kiukoko, et lorsque je quittai, deux bons chimbeks se dressaient à l’entrée du bois, sous les palmiers et les safous. La basse-cour était commencée, un assez bon lot de terrain était planté de j)atates douces et de maïs. Quatre enfai^ts de chefs formaient, avec deux anciens, l’embryon de la petite colonie. Et moi j’en étais quitte pour l’acompte d’une grosse fièvre. «

Quand un missionnaire a passé quelques jours dans un hameau indigène, il est presque toujours devenu l’ami du chef et de ses sujets.

La méfiance des premiers instants tombe quand ces pauvres nègres voient le Père causer et rire avec ses enfants, dire un mot amical ou plaisant à ceux qui viennent les voir travailler.

» Deux sortes de gens ont nos préférences au sujet de nos petites fondations : d’abord ceux qui nous demandent avec inctance : cela se comprend; puis ceux qui ne veulent i)as entrer en relations amicales avec le Blanc. En nous fixant chez ces derniers, nous rendons service à l’État, et nous nous débarrassons de nos ennemis en en faisant nos amis.

» Car ces pauvres gens, une fois qu’ils nous ont vus de

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!i: Ji:

Très superstitieux,

près, deviennent généralement nos plus eliauds i)artisans (i). »

Cela n’empêche qu’en se rendant chez ces sauvages, les Pères sont parfois exposés a de sérieux dangers. Un jour, le Père Piévers se trouvait chez une peuplade très féroce.

Une bande de vauriens noirs manifestait clairement l’intention de se débarrasser de ce Blanc qui n’avait pas d’armes. Le Père les laisse s’assembler devant la hutte qu’il occupait, puis, tout à coup, il sort d’un air furieux et passant sa main sous sa grande barbe, il en relève brusquement les poils devant sa bouche. A la vue de ces yeux noii's terribles, de cette figure barbue et menaçante, les nègres pris de panique, hurlant et se bousculant, s’enfuient sans se retourner.

Sauvé

par sa barbe.

les sauvages païens s’imaginent que les terribles Européens ont des l)uissants que leurs fétiches.

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