‹ Au couchant de la monarchieChapitre 95 sur 148 · I. Remontrances du parlement au Roi · texte numérisé non relu

I. Remontrances du parlement au Roi

LOTIS XYI BT TfllCOT. 281

encore plus loin : « Ce sont les gênes, les entraves, les prolûbitions, qui font la gloire, la sûreté, l'immensité du commerce de France. » D'autres enfin, comme l'abbé Galiani, invoquaient contre le projet des arguments tirés de la psychologie : a Pour ce qui est de la suppression des jurandes, c'est une bêtise, une faute, une absurdité. Plus une chose est difficile, pénible, coûteuse, plus les hommes l'aiment et s'y attachent... Je suis persuadé que M. Turgot a porté le coup fatal aux manufactures de la France '. »

Malgré critiques et objections — dont les unes étaient présentées par les membres de son conseil, d'autres, plus vives encore, par les gens de son entourage, — Louis XVI, le 9 février, signa les six édits et en ordonna le jour même l'envoi au parlement, afin d'y être enregistrés. Cette décision, selon toute apparence, lui fut principalement dictée par des raisons d'ordre sentimental, qui primèrent tous les arguments invoqués pour ou contre. Adoucir le sort des classes pauvres, soulager les populations rurales, prendre les intérêts des faibles contre les puissants, gagner ainsi le cœur des obscurs et des humbles, il forma ce beau rêve avec une bonne foi indéniable. C'est, dit-on, à cette occasion qu'il prononça le mot célèbre ; « Il n'y a que M. Turgot et moi qui

f. Lettre du i3 avril 177C. Ed. Asse.

aimions le peuple ». Parole dont l'abbé de Véri donne une version nouvelle, non moins touchante que Taulre et peut-être plus vraisemblable : « On met dans la bouche du Roi, écrit-il *, un propos qui lui ferait honneur : Je vois ^ lui fait-on dire, que le peuple ri a que deux amis dans ce pays-ci, M, Turgot et moi. Voilà ce que le public raconte, voici le fait au vrai : un ouvrier que le Roi emploie lorsqu'il s*amuse à tourner, lui dit un jour : Sire^ je ne vois ici que vous et Af. Turgot qui soyez amis du peuple. Le Roi répéta ce mot à la Reine, qui le répandit. »

Le préambule, rédigé par Turgot, d'accord avec le Roi, pour expliquer le sens et le but des édils, faisait foi de ces sentiments. Il affectait une forme dogmatique qui en accentuait l'importance : « L'homme qui travaille par force et sans récompense travaille avec langueur et sans intérêt; son ouvrage est mal fait. Un pareil ouvrage coûte plus cher au peuple et à l'État qu'il ne coûterait s'il était exécuté à prix d'argent... Le droit de travailler n'est pas un droit royal que le prince puisse vendre et que les sujets doivent acheter... Dieu, en donnant à l'homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme... » N'entend-on pas, dans quelques-

Page 1