‹ Au-dessus de la mêléeChapitre 19 sur 28 · La Hollande · texte numérisé non relu

La Hollande

l'entourent, pût devenir, en ces jours, le cœur de l'Europe idéale, en qui nous avons foi, — le foyer où se concentreront les volontés de ceux qui aspirent à la reconstituer.

Il en est, de toutes parts, qui s'ignorent mutuellement. Connaissons-les et aidons-les à se connaître. Je vous en présente aujourd'hui deux groupes importants, — dont l'un nous vient du Nord et l'autre du Midi : — les intellectuels catalans, qui ont fondé à Barcelone la société des Amis de V Union morale de V Europe (je vous envoie leur beau manifeste), et V Union of Démocratie Control, qui a surgi à Londres de l'indignation causée par cette guerre européenne et de la volonté ferme que les diplomaties et les partis militaires soient mis dans l'impossibilité d'en provoquer jamais une seconde. Je vous en fais envoyer les programmes et les premières publications. Cette Union, qui compte dans son Conseil général des membres du Parlement et des écrivains comme Israël Zangwill, Norman Angell, Vernon Lee, a déjà des ramifications dans vingt villes de la Grande-Bretagne.

Entre ces organisations, dont chacune a sa couleur de race et sa physionomie individuelle, mais qui toutes visent à rétablir, par des moyens divers, l'unité européenne, tâchons de former des liens intimes et permanents. Prenons conscience, avec elles, de notre force commune. Ensuite, nous agirons.

LETTRE A FRÉDÉRIC VAN EEDEN iil

Quelle sera notre action? De tenter d'arrêter le combat? Il n'y faut plus songer. La bête est lâchée, et les gouvernements se sont si bien appliqués à déchaîner les violences et les haines que, quand ils le voudraient à présent, ils ne pourraient plus la faire rentrer dans le chenil. L'irréparable est accompli. Il est possible que les neutres d'Europe et les États-Unis d'Amérique se décident un jour à s'interposer pour essayer de mettre fin à une guerre qui, en s'éternisant, menace de les ruiner, aussi bien que les belligérants. Mais je ne sais ce qu'il l attendre de cette intervention, trop tardive.

En tous cas, je vois un autre emploi à notre activité. Que la guerre soit ce qu'elle soit, nous n'y pouvons plus rien; mais nous devons au moins tâcher que de ce fléau sorte le moins de mal et le plus de bien possible. Et pour cela, il faut intéresser l'opinion publique du monde entier à ce que la paix future soit juste, à ce que les appétits du vainqueur, quel qu'il soit, et les intrigues de la diplomatie n'en fassent plusl'amorced'une nouvelleguerrede revanche, à ce que les crimes moraux commis dans le passé ne se renouvellent plus, ou ne s'aggravent encore. C'est pourquoi je regarde comme un principe sacré ce premier aitit lo de Y Union of Démocratie Control qu'aucun pays ne puis

passer d'un gouvernement sous un autre, sans le consentement explicite, librement affirmé, de sa population. Il s'agit de faire justice des maximes odieuses qui ont trop longtemps pesé sur le monde esclave et que, récemment encore, le professeur Lasson osait répéter, comme une menace prochaine, dans son cynique catéchisme de la Force (Bas Kulturideal und der Krieg) '.

Et il faut que ce principe soit posé, tout de suite, sans attendre. Si l'ou remettait, pour le proclamer, au moment où, la guerre finie, se réunira le Congrès des puissances, on serait suspect de vouloir faire servir la justice au profit du vaincu. C'est à présent, où les forces des deux partis sont égales, qu'il faut établir ce droit primordial, qui plane au-dessus de toutes les armées.

De ce principe découle une application immédiate. Puisque l'Europe tout entière est bouleversée, qu'on en profite pour faire de l'ordre dans cette maison malpropre. Depuis longtemps )nya laissé s'accumuler les injustices. C'est le moment de les réparer, quand viendra l'heure de a liquidation de comptes générale. Notre devoir, il tous ceux d'entre nous qui ont le sentiment de la fraternité humaine, est de rappeler alors les

i. « Laisser un peuple, dit-il, ou à plus forte raison une fraction d'un peuple décider de questions internationales, par exemple son attribution à tel ou tel État, équivaudrait à faire voter les 1 enfants d'une maison sur le choix de leur père. C'est le mensonge le plus frivole que jamais tête welsche ait inventé. » /

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