LES TRAINS DU DIMANCHE
Le dimanche banal est cher
Aux Parisiens privés d'air.
Ils se bousculent dans les gares,
Épanouis visiblement
Et possédant ce don charmant
De se plaire dans les bagarres.
Ils sont libres pour tout un jour ' « Deux places, aller et retour, Pour Ville-d'Avray, pour Nanterre!.
Les p »rces roulent sur leurs gonds; On cherche en vain dans les wagons Un compartiment solitaire.
LES HORIZONS AI. M M S
Le long des petits escaliers Qui leur sont pourtant familiers, Les dames montrent leurs bottines.
Comme il arrive sur les ponts, Et tapotent sur leurs jupons, Impatientes et mutines.
Des visages laids mais heureux, Des cocottes, des amoureux, Des gens qui sont dans le commerce Et vont dîner sur le gazon, Bravant le feu de l'horizon Ou la menace d'une averse.
Devant les bourgeois solennels On s'embrasse sous les tunnels; On sonne du cor. ou Ton chante Dans une vapeur de tabac Des ritournelles d'Oft'enbach Ou quelque musique approchante.
Et la cohue en revenant!
Tapageuse, moite, tenant A peine dans la salle en planches.
L'air satisfait mais éreinté, Fleurs à la main, habit quitte, Chapeaux de paille, robe
Jeunesse, printemps envolés, Beaux dimanches bariolés, Départs joyeux, routes heureuses Dans les lilas ou les roseaux, Ciel d'Asnières dont les oiseaux Sont nos petites amoureuses ;
Grâce facile de l'entrain, Cris sauvages du dernier train.
Retours sur les impériales, Demeurez dans le souvenir, Comme un air bon à retenir Malgré des notes triviales!
LES HORIZONS AIMES
LES AUBEPINES
AsrONY VALABRÈCUE
Aimez -vous la pâleur des arbustes de France ?
— Les lauriers étages aux coteaux de Florence,
Les myrtes, l'aloès au calice de feu,
ISTe font pas oublier la fleur qui dure peu ,
L'aubépine pareille à des nappes brodées
Dont au premier ciel bleu nos routes sont bordées.
Il semble que ce soit de la neige; on dirait,
Dans l'air déjà plus tiède où le printemps paraît.
Des étoiles d'argent que le regard demande
Ou des lèvres soufflant une haleine d'amande.
Un s >ii\ dans le chemin qui pa J'aspirais ce parfum cher et léger. Des \
Des souffles me versaient une extase oubliée. La jeune terre était comme une mariée Portant à sa ceinture un gros bouquet de fleurs, Et la lune mettait sur son front des pâleurs. L'âme des forêts pense et n'est pas taciturne ; Les rossignols riaient de la terreur nocturne Et, défendus par l'ombre et se gardant du jour, Envoyaient aux échos de longs trilles d'amour.
LES HORIZONS AIMES