DU FOND DU LAC—DU FOND DE L'AME
H ! comme il est gai, cet ami :
Quelle verve !—Plus il s’en donne, Plus au contraire je soupçonne
Qu'il n’est jamais gai qu’à demi.
Comme un nuage aux flancs d’un mont, Dans la plus vive causerie
J'ai vu souvent la rêverie
Soudain passer sur son beau front.
O mystère du cœur humain, Souvent au milieu d’un fou-rire J'ai vu de son âme en délire Un soupir s'échapper soudain, L
Le lac, riant, profond et pur, Etait bordé de fleurs nouvelles :
En l’effleurant, les hirondelles :N'en ridaient pas les flots d'azur.
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J'étais enfant : j'aimais À voir
Les verts goujons, les rouges truites, Converger vers les marguerites
Que j'égrainais sur ce miroir.
Heureux de son riche décor, Le lac, dans son miroir inerte, Réfléchissait la forêt verte, Répercutait le beau ciel d'or.
Mais moi, du fond de l'étang clair, Dont la surface était de flamme, Comme un soupir du fond d’une âme Je vis poindre une bulle d'air.
Du fond du lac—du fond de l'âme
Et je dis : sur le sable fin
Qui fait le fond du lac sauvage, Remue un vivant coquillage, Un crabe noir, que sais-je enfin,
Ari 1 l'étang clair, c'est ton cœur.
‘ Au fond du cœur le plus limpide Remue un petit monstre avide, — Le secret désir du bonheur !
Saint-Edouard de Lotbinière, 1880.
benne biere