‹ Au foyer de mon presbytère [microforme]Chapitre 38 sur 66 · REGRETS D'UN JEUNE MALADE AU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

REGRETS D'UN JEUNE MALADE AU PRINTEMPS

Amicus noster dormit,

E Saint-Laurent, le long de ses rivages, Trafnait encor quelques rares glaçons.

Où le soleil donnait, de verts feuillages Déjà pourtant couronnaïient les buissons.

Lui, sans espoir, et l'âme plus gonflée Que les ruisseaux qui couraient sous ses yeux, Avait choisi cette roche isolée D'où l'œil au loin voit l'église et les cieux.

144 Au foyer de mon Lresbytère

nr ane nmans ae 2 0 SU PRE

De la douleur son front portait la trace,

Et quand son Ame exhalait un soupir,

Son œil errant semblait Chercher la place

Où le trépas l'invitait à dormir.

La vie avant d'abandonner cet ange, L'illuminant de son dernier reflet,

Sa joue en feu——c'est un symptôme étrange— Faisait pleurer sœurs et mère en secret,

‘" Déjà mourir ! ” soupirait-il sans cesse, — Et dans le ciel souriait le soleil,

Les champs, les bois étaient dans l'allégresse :

Car le printemps ressuscitait vermeil.

Car tout semblait, dans la nature immense,

L’herbe des prés, l'oiseau dans le ciel bleu, Ivre d'amour, de joie et d'espérance : | Mais lui, rêveur, disait, parlant à Dieu :

RATS uni

‘ L'hiver s’en va ‘—qu'un peu de neige encore Dans ce ravin qui fume et reverdit,..,

Le sol tressaille, et l'arbre se colore ; L'oiseau revient, l’oiseau, divin proscrit !

Mille parfums embaument là prairie ; :

L'insecte d’or bourdonne avec amour : ‘4 Mon Dieu ! quand tout se réveille à la vie, Il est bien dur de païtir sans retour I

PT dpi

nn rm mm at men tn

Sa dernière promenade dans Le verger

L'agneau bondit sur l'herbe printanière ; Un vert feuillage habille les rameaux !

Chaud mois de mai! mois que mon cœur révère !

O mois béni, que tes rayons sont beaux |!

—Et moi je meurs !.,, Insensible nature, Pour ma douleur tu n'as donc pas d'égard !

En revêtant cette belle parure,

Viens-tu gaîment célébrer mon départ ?

Beau mois de mai, de toi mon Âme est pleine, Mais aujourd'hui, ton éclat me fait mal.

Hélas ! je vois le ruisseau dans la plaine Briser joyeux son tombeau de cristal :

Mais le cercueil qui va couvrir ma cendre,

Oh ! quel soleil fondra son marbre noir !

Dans le pays où je me sens descendre,

Aucun matin, là, ne succède au soir |

Gentil oiseau, palpitant d'espérance,

Achève en paix ce gracieux berceau :

Peuple-le vite, afin que l'innocence

Dans quelques jours chante sur mon tombeau !

Déjà, je suis étranger sur la terre... ét

Si dans ces lieux pour jamais je m’endors,

Un cœur ami prierd-t-il sur ma bière ?

On n'aime guère à visiter les morts !.

140 Au foyer de mon Dresbytère éd

Eh ! bien, du moins, toi, petit oiseau, chante Sur le rameau qui me doit ombrager :

Reste avec moi! que ta plainte touchante Après ma mort anime ce verger ! ”

— Pauvre exilé, pourquoi cette tristesse ?

Pourquoi de pleurs ton œil s'humecte-t-il ?

Bannis, plutôt, ce chagrin qui t'oppresse :

Vois ce beau ciel au-dessus de l'exil !

Frère ! la mort—quand la Foi l’illumine—- C’est un chemin débouchant sur le ciel.

Un noir sentier sous les Alpes chemine :

Comme la mort ressemble à ce tunnel !

Par un vallon brumeux de la Savoie Voyez d'abord entrer les voyageurs. . ..

Puis on en sort saluant avec joie

Le chaud soleil de l'Italie en fleurs |

Lorsque l'automne empourpra le feuillage, :

Au cimetière austère et dépouillé, 4 Silencieux, près d'une croix sauvage, \ à Un autre enfant priait agenouilié.

Là, chaque soir, mêlés à sa prière,

Ses pleurs disaient au raalade endormi

Qu'un bon ami, plus fidèle qu'un frère,

Jusqu'au tombeau visite son ami. }

Mai 1867.

D er TELE CN NET MP htenmnnu di

Re:

:4 ve Re.

se

Page 1