REGRETS D’'EXPATRIE
AIR :—O Carillon ….
N Canadien, séduit par le mirage, U Rêvait un soir sous un bel oranget Le pauvre enfant songeait à son village, Seul, sans travail, sous un ciel étranger.
Son œil errait à l'horizon de flamme :
Son cœur trop plein soudain dut éclater :
L'ennui, l'ennui jaillissant de son âme, Comme un captif il se mit à chanter :
Au joyer de mon presbytère
‘ Pauvre exilé, la tristesse m’abreuve.
La vie ici n’est qu’un brillant tombeau, J'étais si bien là-bas près du grand fleuve ! J'étais heureux, dans mon pauvre hameau !
Pays baigné d'amour et de lumière,
Oh ! laisse-moi te pleurer, te bénir :—
O Saint-Laurent ! ô ma pauvre chaumière !
Beau Canada ! te revoir et mourir !
Au point du jour c’est la cloche inhumaine :
Le maître est dur, l’air n’est pas embaumé.
Pour l'atelier j'ai déserté la plaine,
Mon ciel d'azur, mon vallon parfumé !
Pour un peu d'or, pour un peu de poussière,
J'ai tout perdu, —fierté, force, avenir :— O Saint-Laurent ! Ô ma pauvre chaumière ! Beau Canada ! te revoir et mourir !
Si le trépas, sur ce lointain rivage,
Me surprenait loin du sol canadien,
J'irais au pied de quelqu'arbre sauvage, J'irais, mon Dieu, dormir comme un païen.
Jamais les pleurs d’un ami, d’une mère, Ne viendraient là m'aider ni me bénir :— O mon clocher ! ô mon vieux cimetière |
Dans mon pays, j'irai, j'irai mourir ! ”