UNE
Sphynx aux yeux d'émeraude, angélique vampire,
Elle rêve sous l'or cruel de ses frisons ;
La rougeur de sa bouche est pareille aux tisons.
Ses yeux sont faux, son cœur est faux, son amour pire.
Sous son front dur médite un songe obscur d'empire.
Elle est la fleur superbe et froide des poisons.
Et le péché mortel aux acres floraisons
De sa chair vénéneuse en parfums noirs transpire.
Sur son trône, qu'un art sombre sut tourmenter,
Immobile, elle écoute au loin se lamenter
La mer des pauvres cœurs qui saignent ses blessures ;
Et bercée aux sanglots, elle songe, et parfois Brûle d'un regard lourd, où couvent des luxures, L'âme vierge du lys qui se meurt dans ses doigts.
GALSWINTE
Galswinte au crépuscule est assise et grelotte. Toujours ce ciel de fer et ces grands leudes roux ! Oh ! son beau pays d'or où tous les mois sont doux,.. Et, le front dans ses mains, secrète, elle sanglote.
A peine on l'entrevoit glisser, frêle et pâlotte, Dans le palais brutal où vit son rude époux. Seule, des jours entiers, elle prie à genoux Dans sa chambre où sans fin l'odeur des cierges flotte.
Les Barbares pour elle ont presque du mépris ; Et lente, et si lointaine au fond de ses yeux gris, Elle va, de pleurs froids en silence baignée.
0 toi, qui pour l'exil ainsi fus désignée, Que de fois j'ai baisé ta face avec ferveur, Blanche morte étendue au plus doux de mon cœur,
Vase mélancolique, ô Galswinte, ma sœur.
AU JARDIN DE l/lNFANTE 101