‹ Au jardin de l'infante; augmenté de plusieurs poèmesChapitre 28 sur 58 · CLÉOPATRE · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE

A Alfred Valletie.

Accoudée en silence aux créneaux de la tour,

La Reine aux cheveux bleus serrés de bandelettes,

Sous l'incantation trouble des cassolettes,

Sent monter dans son cœur ta mer, immense Amour.

Immobile, sous ses paupières violettes Elle rêve, pâmée aux fuites des coussins ; Et les lourds colliers d'or soulevés par ses seins Racontent sa langueur et ses fièvres muettes.

Un adieu rose flotte au front des monuments.

Le soir, velouté d'ombre, est plein d'enchantements ;

Et cependant qu'au loin pleurent les crocodiles,

La Reine aux doigts crispés, sanglotante d'aveux,

Frissonne de sentir, lascives et subtiles,

Des mains qui dans le vent épuisent ses cheveux.

Lourde pèse la nuit au bord du Nil obscur,.. Cléopâtre, à genoux sous les astres qui brûlent, Soudain pâle, écartant ses femmes qui reculent, Déchire sa tunique en un grand geste impur,

Et dresse éperdument sur la haute terrasse

Son corps vierge, gonflé d'amour comme un fruit mûr.

Toute nue, elle vibre ! et, deboutsous l'azur,

Se tord, couleuvre ardente, au vent tiède et vorace.

AU JARDIN DE i/lNFANTE

Elle veut, et ses yeux fauves dardent l'éclair, Que le monde ait, ce soir, le parfum de sa chair... 0 sombre fleur du sexe éparse en Fair nocturne !

Et leSphynx, immobile aux sables de Fennui, Sent un feu pénétrer son granit taciturne ; Et le désert immense a remué sous lui.

AU JARDIN DE i/lNFANTE

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