CONTRE LE JEU
Le jeu de cartes n’est pas moins opposé à l’économie domestique, et c’est avec douleur que nous sommes forcé de constater le ravage que déjà il a fait dans plusieurs de nos paroisses. Le jeu de cartes intéressé, dépassant les bornes d’un simple amusement, se transforme en ennemi terrible de la paix, pour la conscience et pour la famille du malheureux adonné à ce vice. Une fois engagé dans le réseau formé autour de lui par ses compagnons habitués ou d’occasion,le joueur n’est plus maître de lui-même. L’éloignement des siens qu’il ne voit que rarement, les inquiétudes dont il sait qu'est dévoré le coeur de son épouse, ne lui font rien; la nuit sans sommeil qu’il va passer, le laissant le matin incapable de reprendre décemment son travail, la diminution rapide et bientôt la perte totale de la confiance publique, tout cela n’est rien à côté de ce désir fiévreux, sans cesse surrexcité par lappât du gain, ou l’espoir de reprendre : une somme perdue; sa santé dépérit, son
humeur devient triste et maussade, l’amour familial décroit rapidement, et, dans bien des cas arrive la Catastrophe suprême où, pour couvrir un abîme il faut en creuser un autre, celui de la malhonnêteté et du vol dans lequel tout s’engouffre avec l’honneur.
Ce qui augmente encore notre peine, c’est que des pères de famille et des jeunes gens de nos bonnes campagnes, dédaignant le jeu trop modeste et trop restreint de leur voisinage, ne craignent pas de se rendre périodiquement à la ville, dans les endroits où l’on joue, et d’où ces malheureux reviennent rapportant à leur famille un visage flétri par les veillés, un coeur malade et chagrin, portant peut-être les premier. Messures d’un désespoir mortel.