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Le temps est splendide, et nous Jouissons une dernière fois du panorama de Constantinople. A l’entrée de la Corne d’or, en face de nous, le Vieux-Scraï, avec ses palais et ses Jardins; au loin, dans l’entassement des maisons, Sainte-Sophie, la mosquée d’Ahmet et mille autres temples, dont les majestueuses coupoles et les minarets élancés, dorés par le de se détachent sur le ciel.
Jn part à l’heure exactement, mais nous manquons de nous Jeter sur un autre bâtiment. On n’avait oublié, en se mettant en route, que d’enrayer l’engrenage du gouv ernail.
Pendant une heure, le paysage du Bosphore se déroule devant nous avec ses rives verdoyantes ‘si accidentées, bordées de somptueux palais élevés par les princes lors de leur folie fastueuse, semées de villages rustiques et de châteaux en ruine. À l’heure du diner, nous sommes en pleine mer.
Le temps est mauvais toute la nuit. Vers le matin, le vent s’apaise, la mer est calme comme un lac, et la traversée semble d'autant plus agréable qu’au début elle a été plus pénible. Nous longeons la côte où des vallées boisées s’étendent jusqu’à la mer.
Nous arrivons à Zrébizonde le 18, à trois heures du soir; le bateau e s'y arrête, paraît-il, que quelques heures. Nous en profitons pour faire une visite au consul de France, M. Querry, qui a longtemps habité la Perse ; notre visite est fort écourtée, à cause du peu de temps que nous croyons avoir. Nous revenons au bateau à l’heure fixée, et nous ne partons que vingt-quatre heures après, sans qu’on nous ait permis de retourner à terre. Notre dernière soirée en mer est superbe ; nous la passons sur le pont. Demain matin, nous serons enfin à
Batoumn.
20 août.
Nous entrons dans le port à cinq heures du matin. Ce port est bien situé. dans une anse naturelle assez profonde pour permettre aux bateaux d'arriver à quai; il remplace celui de Poti, plus fréquenté autrefois. IL est plus commode, et le climat, quoique fiévreux, y est moins malsain. de Russes y font en ce moment de gr: ands travaux de fortifi-
eation et de défense. car il à pour eux une importance stratévique COnSI-
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dérable. Le colonel anglais Wilson, celui qui devait arriver deux jours trop tard à Khartoum pour délivrer Gordon, avait été envoyé en mission pour surveiller leurs progrès ; il ne put que constater, au grand déplaisir de l’Angleterre, que par les positions qu’ils avaient su prendre en Transcaucasie, les Russes, s'ils n’obtenaient ce qu'ils voulaient de la Porte, pouvaient envahir l’Asie Mineure à leur gré, et que le sultan, chassé d'Europe, n'aurait même plus la ressource de se réfugier en Asie.
Quoique Batoum soit un port franc, la douane fait des difficultés à la vérification de nos colis, et, comme les douaniers russes ne sont payés que par un intérêt sur les recettes, ils sont extrêmement durs. Nous laissons donc une partie de nos bagages à la consigne et allons à l'hôtel de France. Notre première visite est pour le consul, M. de La Chaume, qui se montre à notre égard aussi obligeant et aussi gracieux que possible. Arrivant de Terre-Neuve, la demandé ce poste dans l’espoir d'être bientôt nommé à Tiflis ; il connaît le Caucase à fond, comprend le caractère russe et, par le charme de ses rapports, s’est attiré toutes les sympathies de ceux qui l’entourent.
M. de La Chaume, en venant avec nous à la douane, lève toutes les difficultés et nous apprend en même temps une nouvelle fort désagréable : la caisse que nous espérions trouver au consulat n’est pas arrivée. À cause du choléra, elle est arrêtée à Constantinople par une
quarantaine de douze jours, et, une fois à Batoum, elle aura à en sabir une autre de quatorze; c’est donc plus d’un mois qu'il nous faudrait attendre à Batoum si nous voulions l'avoir.
Nous hésitons un peu. Cette caisse contient des armes, des munitions, des boîtes de conserves, produits et plaques de photographie, tout l'équipement de voyage à cheval, etc. D’un autre côté, il est bien difficile de retarder d’un mois notre départ. Cependant, dans ma malle se trouvent des papiers qui peuvent remplacer les glaces sensibles et que J'avais eu la bonne inspiration d’acheter à tout hasard, quelque douteuse que fût cette toute nouvelle invention. Quant aux armes, nous avons avec nous un Winchester, un fusil de chasse et deux revolvers qui, à la rigueur, nous suffiront ; nous trouverons à Tiflis une selle et des munitions ; les boîtes de conserves seules nous manqueront. Nous pouvons remplacer
à peu près les choses les plus indispensables ; nous nous résignons donc
1. Depuis le mois de juillet 1886, par un ukase du czar, Batoum a cessé d’être port franc.
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x abandonner la caisse; M. de La Chaume aura la complaisance de la renvoyer à Paris lorsqu'elle arrivera.
Pour occuper une de nos journées, le consul nous fit faire une char-
mante promenade à cheval dans les environs. M° Voslescenski, femme