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110 AU: KOÜBDISTAN.
descendant à peine à la taille, par-dessus laquelle ils mettent souvent un manteau, pas plus long que la jaquette en poil de chèvre, garni sur le devant de grossières passementeries ; comme chaussures, ils ont des bottes en cuir ronge, avec de fortes ferrures au talon.
On prétend que la grande analogie du caractère kurde et du caractère français vient de ce qu’à l’époque de la deuxième croisade, une partie de l’expédition s’égara vers le Nord-Est et, ne sachant comment revenir, s'établit dans le Kurdistan. Là les Croisés se mélangèrent aux habitants, auxquels ils transmirent quelques-unes de leurs idées et de leurs mœurs. Dans la langue kurde, plusieurs mots ressemblent au français, surtout dans la numération. La construction des forteresses du Kurdistan rappelle tout à fait celle de nos châteaux forts. En somme, les Kurdes sont de beaux hommes, forts, intelligents, d’un Joli type et, lorsque la civilisation les aura policés, ils seront supérieurs à leurs voisins les Turcs et les Persans.
Nous nous arrêtons pour prendre une vue du château, ce qui permet aux bêtes de souffler; la montée est pénible. Les perdrix pullulent dans ces gorges et j’en tue quelques-unes qui changeront agréablement notre ordinaire. À midi, nous rencontrons un endroit plat près du torrent ; Je donne le signal de la halte, les chevaux sont débarrassés ; il y a justement quelques herbes et chardons qui vont faire leurs délices.
À deux heures, nous nous remettons en marche, et ce n’est qu'au bout d’une grande heure, au milieu de rochers et de sentiers de chèvres que nous arrivons au col. Ce matin, le baromètre indiquait une hauteur de 1,350 mètres au-dessus du niveau de la mer, maintenant il indique plus de 2,800 ; cette différence de 1,450 mètres, que Je crois tout à fait exacte, donnera une idée de notre ascension. Sur la crête de la montagne qui sépare la Perse de la Turquie, nous sommes exposés à tous les vents et il fait très frais. Quel que soit le désir des hommes de s’arrêter, Je laisse à peine le temps de rajuster les bagages et de les disposer de manière à moins fatiguer les bêtes à la descente.
L'aspect du paysage change un peu, l’herbe est plus abondante, elle est semée de touffes de genévriers d’un mètre de hauteur au plus ; mais la nature n’a rien perdu de sa sauvagerie ; il n’y a plus de sentiers. Il est déjà trois heures et il faut commencer à chercher un gite; tout ce que nous demandons, c’est de rencontrer un groupe de quelques maisons ; une cabane de paysans, füt-elle même abandonnée, nous suffirait ; le
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principal, c’est de nous abriter dans un endroit fermé, qui, en cas d’attaque, nous permette d’être plus facilement sur la défensive. Nous suivons donc le ravin, car s’il y a une habitation dans les environs, elle est près d’un endroit où l’eau coule au moins momentanément. Tantôt dans le fond du ravin, tantôt à mi-côte, nous suivons une route impossible. Hamelin et un tcharvadar marchent les premiers, afin d'empêcher la tête de continuer si l’arrière-garde venait à être attaquée et, en cas d’accident, à éviter une débandade. Jamais je n’aurais cru les chevaux capables de passer par de tels chemins. Par trois fois nous sommes obligés de décharger les bagages, de les passer à bras ou avec des cordes et de laisser aller les chevaux à la grâce de Dieu. Nous apercevons au loin quelques mouflons ; j'essaye de les tirer avec le winchester, mais ils sont hors de portée et ne puis les atteindre. Après cette rude descente, nous arrivons à une petite vallée tributaire de celle où nous sommes; je laisse reposer la caravane dans un carré d'herbe touffue, près d’un ruisseau ; au bout d’une demi-heure nous continuons notre route.
Je commençais à désespérer de trouver un village, le soleil se couchat et la pluie tombait un peu, lorsque, sur la rive gauche du ravin (nous suivions la rive droite), je vois un groupe d’une dizaine de maisons kurdes. Je demande si on veut bien nous recevoir et si quelqu’un consent à nous prêter sa maison pour la nuit; on fait quelques difficultés, mais l’appât d’une bonne aubaine est si tentant que le chef du hameau finit par nous céder la sienne et va loger chez son voisin.
Par une petite porte basse d’un mètre cinquante à peine, on se glisse en suivant un couloir de quatre à cinq mètres de long, pas plus élevé que la porte, jusqu’à une chambre de quatre à cinq mètres de côté, taudis infect et puant où chats, chiens, volailles, hommes, femmes et vermine vivent pêle-mêle ; à côté est une autre chambre à moitié délabrée, où sont les bœufs et les vaches pendant l’hiver. Au milieu de la pièce est creusé dans la terre un four à pain ; au-dessus, un trou pour laisser passer la fumée, On décharge les bagages et on les apporte dans la maison. Les chevaux entrent, passent je ne sais comment dans ce petit couloir, frottant le plafond de leur dos, et sont placés dans l’étable.
Une fois tout en ordre pour le campement et pendant que le cuisinier prépare le diner, je laisse Gérôme à la garde des colis et je fais un tour avec Hamelin pour m’orienter. Le petit hameau s’appelle Kashkahn et, à moins qu’il n’y en ait deux du même nom, il est mal indiqué sur la
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