‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 64 sur 210 · IR · texte numérisé non relu

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tempête gigantesque et dont les flots se seraient subitement pétrifiés ; à perte de vue c’est un chaos de dômes, de crêtes et de pics arides et dénudés, tantôt rouges comme de la brique, tantôt bleus, gris, verdâtres ou violets.

La descente, sans être commode, n'offre rien de bien dangereux. Un petit village se présente à notre gauche, ce doit être Silh. En passant près de ce village, nouvelle discussion avec Abdullah qui veut S'y

arrêter ; les zapetiés{, qui comprennent qu'ils ont tout à gagner à nous

bien servir, poussent les chevaux et se chargent des chevaux de bagages.

Au bout d’une demi-heure, je vois mes hommes qui restent en arrière et viennent tout doucement au pas. Ils m'ont l’air de bouder, Je leur crie de venir; au bout de trois quarts d'heure, ils ne m'ont pas écouté et sont loin derrière. Je finis par perdre patience, Je prends le grand fouet de Gérôme, et, lui disant de continuer avec Hamelin, je galope en arrière les retrouver; je leur fais mon compliment en français; et, fouettant à tour de bras hommes et chevaux, Je les chasse à fond de train et les ai bientôt fait rejoindre le groupe. Hamelin, revenu fort gentiment au-devant de moi par crainte qu'il ne m'arrive quelque chose, riait à se tordre, en voyant ces hommes effarés, cramponnés sur leurs chevaux lancés à fond de train, sautant ruisseaux et fossés malgré eux et moi derrière gesticulant et criant.

Nous continuons notre route. Je m'aperçois que mon fusil s’est décroché de ma selle. Je retourne aussitôt sur mes pas et je vois un de nos palefreniers resté en arrière qui le ramasse. Il aurait probablement enterré pour le reprendre plus tard, si personne ne l’eût vu. Mais, se voyant découvert, il m'apporte l’arme et je lui donne pour récompense de son honnôteté forcée un bon bakchich. Il ronchonne quelques mots que je ne comprends pas et me rend le pourboire que Je lui ai donné ; comme il insiste, je le reprends et demande à Gérôme de me traduire ce qu’il dit. Il prétend que, puisque j'avais perdu le fusil, il n’était plus à moi et que, puisqu'il l'avait trouvé, il lui appartenait ; il voudrait le prix du fusil.

Le ruisseau dont nous suivons le ravin, qui n’était pas plus large qu'un sillon après le passage du col, est beaucoup plus gros maintenant ;

il s’est accru de plusieurs sources et est devenu un torrent; 1l reçoit,

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