AR ATEN
LLÂSEE
ee ET
oO … 2
us »- PRE ZA {VRP JE ET Se CR ES eee dns dt EMA CÉRE x
redescend par une pente aussi raide; cette gymnastique fatigue beaucoup les chevaux, dont les charges se déplacent et qui sont obligés de tripler leurs efforts.
Du haut de ce sommet nous apercevons, pour la dernière fois, le lac de Van, dont les eaux bleues tranchent sur les tons monotones des montagnes; pour la dernière fois aussi nous voyons le Cipan, avec sa crête neigeuse, dont la masse imposante au nord-ouest du lac domine toutes les autres. Le Varach et plusieurs cimes environnantes ont conservé les traces de la tempête d’hier, et la neige est restée sur bien des sommets. Nous descendons à pied, tenant nos chevaux par la bride; nous passons au petit village de Bijingut, où une source coule par un canal artificiel jusqu’au Tigre. Ce canal remonte à Sémiramis, dont 1l porte le nom : Chemeram-Sou. Quelque temps après, nous passons près d’un très vieux monastère nommé Okotzrwank (retraite d’hommes), qui renferme de très anciens manuscrits. Décidément, nous avons bien fait de nous débarrasser de Gérôme. Ses services ne pouvaient nous être utiles. Dans ces régions, on ne peut que se guider soi-même, il suffit d’avoir un interprète pour vous traduire et ce qu’il entend et ce que vous désirez demander. On se fait conduire de village en village par un indigène, en lui donnant la direction que l’on veut suivre.
Je ne sais quel voyageur à prétendu que les plus beaux chevaux du monde se trouvaient en Asie Mineure et en Perse, et que là le coursier du dernier des mendiants serait digne de figurer dans un haras royal d'Europe. À considérer nos chevaux et tous ceux que nous avons rencontrés, l’éloge est bien exagéré; ils n’ont qu’un avantage, c’est d’être doux et durs à la fatigue; l’allure est médiocre.
À onze heures, nous faisons la halte près d’un ruisseau, en plein soleil. À quelque distance de nous, à l’ouest, nous voyons les ruines d’un vieux château en terre, au pied desquelles quelques pauvres maisons forment un petit village; de l’autre côté, à l’est, quelques tentes de nomades. Nous voulons prendre la photographie de ces tentes, mais les habitants s’imaginent, en voyant notre appareil, que nous voulons les attaquer, et ils sortent avec leurs lances et leurs fusils à pierre. Simon leur explique à grand’peine que nos intentions sont toutes pacifiques ; néanmoins, nous ne pouvons prendre la vue que de leurs demeures, et encore à une assez grande distance ; aucun d’eux ne veut se laisser
photographier.
DE VAN À DJOULAMERG. 155
Nous assistons à une singulière facon de fabriquer les feutres grossiers de leurs tapis de tentes et de leurs manteaux d’hiver. Les résidus de laine, étalés par terre, sont roulés sur un bâton d’un mètre cinquante de long environ; une assez longue corde est attachée à chaque bout, et les autres extrémités de cette corde sont attachées au collier d'un cheval qui,pendant plusieurs jours, court et galope à travers champs en traînant ce rouleau, conduit par un enfant.
À deux heures, nous nous remettons en route et marchons paisiblement au milieu de plaines couvertes d’herbes desséchées. A quatre : heures et demie, nous passions près d’un petit groupe d'habitations; les muletiers voulaient s’arrêter ; mais comme Je me croyais, d’après les renselgnements pris à Van, à peine à deux heures de Meraven, village le plus important du Nordous !, je ne tins pas compte de leurs récriminations et fis continuer la marche. Le paysan que J'avais pris pour nous conduire nous quitte là, les zapetiés prétendent qu'ils connaissent la route. Tout allait bien; je ne voyais plus aucun sentier, et pourtant la direction suivie me semblait bonne.
Nous marchons droit devant nous. Un des zapetiés galope à sept ou huit cents mètres en avant, court à droite et à gauche; les muletiers grommellent je ne sais quoi entre eux. Nous nous sommes égarés. J’ai grand’peine à calmer les zapetiés et les katerdjis qui se disputent, rejetant la faute les uns sur les autres. La nuit est complètement tombée ; il fait noir, pas de lune ni d’étoiles; nous nous groupons le plus possible pour ne pas nous diviser; nous ne savons où nous allons, ni même où nos montures mettent le pied; de temps à autre on aperçoit au loin une petite lumière, on cherche à se diriger sur elle, mais on la perd de vue en descendant une côte, et il faut chercher une autre direction. Nous suivons le flanc d’une colline que nous descendons en biais, tant la pente est à pic; tout à coup un cheval de bagage déboule dans le précipice; il est blanc, et nous le voyons rouler plus de vingt mètres avec sa charge, jus-
qu'à un monceau de pierres qui le retient. La colonne s’arrête. Hamelin avec Simon, Yovan et un soldat gardent les autres chevaux et Je descends avec les muletiers. La bête n’a pas de mal, mais sa charge est fort endommagée; il nous faut une grande heure pour la remettre en état de continuer le chemin.
1. Le Nordous est le nom de cette région du Kurdistan ; cette appellation correspond à nos désignations françaises de Beauce, Vexin, etc.