DÉCOUVERTE DES RESTES
la portion jadis consacrée à l’habitation du missionnaire, il se trouva des débris indiquant l’existence d’une forge. Sans doute les coureurs de bois, demeurés seuls après le départ des Jésuites, avaient transporté là une de leurs industries ordinaires, dans l’intervalle de leurs chasses ou de leurs voyages pour le commerce des pelleteries.
Ailleurs, sur la gauche, au fond de l’ancienne chapelle, les terrassiers découvrirent une cavité non voûtée, à section du trapèze, et au-dessous de sou extrémité inférieure leurs instruments dégagèrent une autre excavation de moindre largeur. Bientôt un morceau d’écorce, encore bien reconnaissable, fut retiré de ce trou. Il était facile de constater que l’action du feu s’était fait sentir sur le bois. D’autres ne tardèrent pas à se rencontrer au milieu de sable, de gravier et de plusieurs fragments d’os humains de diverses grosseurs ; les uns noirs mais solides, et d’autres assez blancs, mais la plupart cassants et friables. Dès ce moment, les plus grandes précautions furent prises avec l’espoir de reconstituer le squelette entier. L’opération cependant allait bientôt se terminer sans réaliser ce pieux désir. En effet, en approchant du fond de ce trou, les ouvriers ramenèrent un assez large morceau d’écorce, arrondi à ses extrémités et paraissant avoir formé le fond d’un coffre. D’une part, l’action du feu ne s’était pas exercé si bas et, par conséquent, personne n’avait probablement touché à cette partie. D’autre part, au-dessous, il n’y avait que des morceaux de bois pourri ; évidemment des traverses placées là pour séparer la boîte du sol inférieur et la terre qui les supportait avait toute apparence d’être restée vierge, c’est-à-dire à l’abri de la main des hommes.
Des sondages furent pratiqués sur d’autres points et n’amenèrent aucun résultat. En récapitulant les faits, il était facile de conclure :
1° La chapelle était placée comme l’indique Lahontan.
2° Le P. Marquette est le seul missionnaire dont l’inhumation ait été faite dans cette chapelle.
PÈRE MARQUETTE
3° La sépulture avait été violée, posiérieureiuent à 1706.
4° La plus grande partie du squelette avait disparu.
Dès le lendemain, le sable retiré de la fosse fut soumis à UD examen plus approfondi, et tout compte fait, quand le P. Jacker apparut sur le chantier, on en avait retiré trente-six fragments. Lui -même eut le bonheur d’en découvrir un de plus. Restait à les soumettre à l’inspection d’un médecin, au moins les plus gros morceaux. Après les avoir bien considérés, ce dernier rendit son jugement et déclara qu’ils appartenaient à l’espèce humaine. Parmi ces débris, Lun d’eux, une partie de l’os frontal, présentait une particularité inattendue, à savoir : une incision très nette, pratiquée avec un iustrunient tranchant. Or les Kiskaskons avaient, selon leur coutume, enlevé la peau encore intacte, et cette opération n’avait pu se faire sans incision sur le crâne. S’il avait pu rester le moindre doute, ce point aurait servi à témoigner de Lt provenance des ossements. On était donc en présence des restes du vénéré P. Jacques Marquette.
ii convient maintenant d’expliquer la disparition des autres parties du squelette. Elle n’était pas l’œuvre des Jésuites. A supposer qu’ils en eussent eu la pensée en quittant Mackinac, leur premier soin aurait été d’enlever les précieux ossemenis avant de mettre le feu à leur église. Or la destruction est postérieure à l’incendie. D’ailleurs, les relations inédites du xviii® siècle en auraient fait mention et elles gardent sur ce point un profond silence. Même en admettant que l’ouverture de la fosse eût pris place après la destruction du sanctuaire, elle eût été faite avec plus de soin et plus de respect, puisque la mémoire du P. Marquette est demeurée en vénération dans l’esprit de ses successeurs. Le coffre d’écorce aurait été retiré en entier et aucun fragment n’aurait été rejeté pêle-mêle avec du sable et du gravier. Les Français restés maîtres du terrain ont bien pu occuper la maison d’habitation et l’approprier à leurs usages. Mais savaient-ils que le P. Marquette fût enterré sous la chapelle ? Même s’ils le savaient,
cil. XVII. -7 DÉCOUVERTE DES RESTES
rexhumation n’avait pour eux aucun intérêt. An contraire, les Indiens, dont le catholicisme n’avaii pns encore détruit toutes les idées ni les usages de leurs aïeux, praticpiaient à un 'haut degré le culîe des morts. Mille fois déjà, sur le lac Michigan, au moment du danger, leurs bandes avaient invoqué la protection du grand apôtre de ces quartiers. La plupart croyaient •'au ci édit dont il jouissait dans la gloire du ciel. Il est donc probable que les chrétiens de Mackinac, avant de suivre les Pères dans d’autres parages, profanèrent la toml)e après l’incendie et se partagèrent, en forme de talisman, la
plupart des ossements volés.
Quoi qu’il en soit, les trente-sept fragments furent recueillis, le 4 septembre 1877, avec un soin et un respect religieux, puis enveloppés séparément dans de la soie, selon l’usage. Mgr Mrak eu revendiqua la plus grande partie et l’attribua au collège établi dans sa ville épiscopale de Marquette. Le surplus est resté à Mackinac, où d’innombrables pèlerins sont venus les vénérer de toutes les parties de l’Amérique. Eu
attendant le jour où s’élèvera le monument gigantesque de 130.000 francs , dont s’occupe un comité formé d’hommes très actifs et des plus influents, des milliers et des milliers de citoyens d’une grande nation vont, chaque année, rendre hommage au hienfaiteur de rhumanité , à l’explorateur couronné par le succès. A ce tribut d'éloges se mêle aussi un
sentiment de profonde admiration pour les vertus éminentes
et les travaux apostoliques du P. Jacques Marquette. Au pays de la tolérance et de la liberté, les non catholiques ne craignent pas de se signaler, au premier rang, parmi les admirateurs de cet homme, digne, suivant eux, des plus grands honneurs.
On annonce que le crucifix du P. Marquette vient d’être découvert à Francfort (Michigan).