‹ Au Mississippi; la première explorationChapitre 14 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ce que la Compagnie de Jésus fait pour les Missions.

Depuis le jour où le roi de Portugal, Jean lU, demanda à saint Ignace d'envoyer aux Indes des ouvriers évangéliques, les Jésuites n'ont jamais cessé de montrer la plus louable ardeur pour les missions étrangères. Les appels enflammés de saint François Xavier aux Universités d'Europe et le désir d'implanter la foi parmi des millions et des uiillions d'idolâtres contribuèrent même d'une manière sensible à la diffusion du nouvel Institut. Si l'enthousiasme avait pu créer ce mouvement (1), la persévérance montra depuis lors, à l'évidence, qu'un esprit vraiment apostolique avait seul pu produire la continuité du dévouement et de la générosité. Pendant près de 230 ans, un nombre considérable de Jésuites ne cessèrent de s'enrôler dans la milice des missions étrangères. Il serait trop long de les citer ici toutes. Rappelons celles du Japon, de la Chine, des Philippines, des Indes, du Levant, de l'Ethiopie, du Mozambique, de la Cafrerie, du Congo,

(i) Les lettres de saint François Xavier ne permettent pas de le croire. Depuis la publication des originaux ou des plus anciennes copies, dans les Monumenta Xaveriana, qui font partie du vaste Recueil, en cours de publication, sous le titre do Monumenta Historica Societatis Jesu. Mddrid, i06, Apartado, il n'est plus permis h un historien sérieux de chercher ailleurs ses citations. Saint François Xavier s'y montre beaucoup moins prolixe que ne le font paraître ses traducteurs latins.

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62 MISSISSIPI. — PÈRC MARQUEm

puisse jamais commeltre d'erreur daos le clieix des sujets et qu*U n y en ait jamais eu. Tel pourra lutter des amiées contre un défaut naturel et se crcrire à Tabri des ehutes, qui, plus tard, dam un mOieu moins favorable, et livré sans eontrùle à la fougue de son tempérament, se retrouvera vaincu par une passion mal domptée. En général , si l'on tient compte du temps qui s*écoule entre l'appel de la grftce, c'est-à-dire aux débuts de la vie religieuse, et le moment du départ pour la mission, les candidats ont eu mainte occasion de couil>attre leur défaut dominant, avec d'autant plus d'ardeur que la vocation aux rades travaux et au martyre leur a paru plus belle et plus désirable. Tous ont eu deux ans de noviciat, trois ans consacrés à l'étude de la philosophie, cinq, six, sept et même huit années de régence, au milieu d'enfants prompts à découvrir le point fSûble du maître, trois ou quatre ans de théologie, et une troisième année de retraite et de prière, où le cœur de l'homme spirituel reçoit sa dernière formation. Si cela ne fait pas du Jésuite un sujet propre à la vie apostolique, en Europe ou à l'étranger, c'est qu'il est resté des points en souffrance dans cette longue période de quatorze à dix*sept ans.

En voyant exposé, d*après l'Institut, l'ensemble des qualités requises, avant d'admettre un religieux prêtre aux exercices du saint ministère, peut-être se demandera-t-on si ceux qui restent appliqués aux œuvres d'un autre ordre, sans quitter l'Europe, ont tous moins de vertu que ceux dont on a fait choix pour la prédication de l'Évangile. Il serait injuste de le dire. Plusieurs n'ont pas la santé voulue. D'autres paraissent nécessaires en Europe, eu raison de leur savoir ou de leurs aptitudes pour le gouvernement, etc., etc. Quelques-uns d'ailleurs voient leur carrière apostolique retardée, ou même ajournée, sine die, pour diverses raisons. EnlBin plusieurs, à cause de leur inaptitude, restent dans des communautés plus nombreuses, quand ils n'offrent pas toutes les garanties désirables de succès en pays étranger, ne serait-ce, par exemple, que pour leur peu de disposition à parler des langues si différentes de la leur.

GH. IV. — APOSTOLAT DES jiSUITSS 58

En résumé, si l'on considère coiimie un honneur d'être choisi pour les missions, ce n'est pas pour personne un déshonneur de vivre et de travailler en pays chrétien; autrement il faudrait cesser d'admirer tous ceux qui se sanctifient en Europe, comme saint François Régis et saint François de Hiéronimo, faute d'avoir pu obtenir les missions étrangères.

Que de vertu solide ne faut-il pas pour se résigner à un poste obscur, pour j passer toute sa vie, sans se plaindre, et s'j dépenser sans mesure, même quand la tftche est ingrate, pénible et monotone! Beaucoup de ceux à qui revient la croix si lourde de la supériorité, les prédieataurs, la plupart des honmies d'œuvres et d'action envient le sort du missionnaire et n'en sont pas moins bons religieux, parce que leurs supérieurs ne leur ont pas permis de travailler à la conversion des infidèles. Les remarques précédentes sur l'abn^ation nécessaire à ceux qui se destinent à la carrière des missions n'étaient pas pourtant inutiles. Jamais l'esprit d'aventures n'a été et ne saurait ôtre pour le Jésuite une marque de vocation à l'apostolat.

Si Jacques Marquette devint un de nos grands explorateurs, ce lut donc l'esprit apostolique qui guida ses pas. D'ailleurs, il n'avait pas quitté sa patrie, sans s'être préparé aux durs travaux qui l'attendaient en touchant le port de Québec.

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