CHAPITRE XVI
Maladie du P. Marquette. Sa Mort. Ses Funérailles.
Le malade en était réduit au point de ne pouvoir faire un seul mouvement. Comme sa faiblesse le contraignait à demeurer étendu sur une natte, au fond du canot, il fallait le porter et le remuer comme un petit enfant. Mais si la nature avait perdu tout ressort, son âme demeurait forte et sa vertu avait conservé tout son éclat. Dans la traversée du lac, tandis que le canot cheminait, sans que les rameurs connussent bien la route encore inexplorée de la rive orientale, Marquette voulut bénir de l'eau selon les prescriptions de la liturgie, afin de n'être pas privé du secours des sacramentaux, à défaut des sacrements. Cependant Pierre Porteret et Jacques, penchés sur leurs avirons, faisaient voler le léger esquif, afin de procurer à leur maître bien-aimé la consolation de mourir entre les bras d'un prêtre, si telle était la sainte volonté de Dieu. Malgré toute leur ardeur, la mort avançait plus rapide que leurs désirs.
Un soir, vendredi 17 mai, ils reçurent du malade l'annonce de sa mort prochaine pour le lendemain, et le malade eut la délicatesse de les consoler et de les exhorter à la résignation.