CHAPITRE III
devenait de plus en plus néfaste; dès lors, nous avions la conviction que nos efforts resteraient infructueux.
De village en village, nous parvînmes à Tétang de la route de Thu-Dan-Mot, où nous établîmes le campement de chasse. Il fallait se débarrasser de l'escorte inutile. Par un traitement antiseptique la blessure du Bèp s'était améliorée et les hommes, encore fiévreux, reprenaient courage à ridée qu'ils ne feraient pas « tiet » cette fois-ci. Nous les adressâmes avec le prisonnier à M. de C*** et continuâmes sur Kratié. Les adieux ne rappelèrent en rien ceux de Fontainebleau; nos militaires s'estimèrent heureux de retrouver bientôt le calme de leur rizière et le sourire rougi de bétel de la congay à la grâce douteuse qui leur procure tant de douceurs 1 Chacun son goûtl
Et, après avoir poursuivi les bandes de cerfs et de concathans qui peuplent la forêt clairière en cet endroit nous nous dirigeâmes vers Kratié.
Dix jours, dix longs jours à travers la foret, au bruit grinçant de nos charrettes à bœufs, privés d'eau la plupart du temps, sous un soleil de plomb ; de longtemps je n'oublierai cette marche peu triomphale. Quant à la route de Thu-Dan- Mot, on en recoupait quelques rares vestiges qu'évitaient soigneusement nos charrettes; ces
tronçons de l'ancien travail sont devenus plus impraticables que la brousse elle-même.
Ce reste de civilisation ajoutait à Fironiç de la marche. Pour comble de malheur la morsure d'un scorpion détermina un abcès énorme et pendant quatre jours, je dus parcourir les étapes sur un char à bœufs. Ceux qui l'ont pratiqué connaissent ce genre de locomotion, véritable martyre par ses chocs et ses mouvements répétés.
Marsay tenait à peine debout, miné par la fièvre; il s'en prenait au soleil. Bref, notre bonne humeur ne cadrait point avec le joli poste de Kratié.
A l'accueil tout aimable de M. et de Mme L***, administrateur de la province, nous retrouvâmes un peu de cette vieille gaieté parisienne; nous en avions vraiment besoin, pour conter en riant notre déconvenue et éviter la plaisanterie à notre retour à Saigon : « Eh bien I Et le Dar-Lac? Est-ce bien? Eh les Mois de Donai? » Ah! à ceux-là, nous gardions une vieille rancune! Mais chut! J'entends dire que nous sommes gens de mauvaise composition, et cette critique est peut-être fondée. < Aussi, pourquoi vouloir entrer là où il est écrit : Défense d'entrer? fumer là où les Anglais affichent : ^0 smoking allowed? passer là où les autres tendent des pièges et accumulent les obstacles?
~ ' ement.